Nicolas Sarkozy à nouveau devant les juges

ATS

16.3.2021 - 07:50

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16.3.2021 - 07:50

Quinze jours après avoir été condamné dans l'affaire dite «des écoutes», Nicolas Sarkozy est jugé à nouveau à partir de mercredi à Paris, cette fois pour les dépenses excessives de sa campagne présidentielle de 2012, dans le dossier Bygmalion.

L'ancien chef de l'Etat à son arrivée au tribunal à Paris. Nicolas Sarkozy a écopé de trois ans de prison, dont un ferme, pour corruption et trafic d'influence.
 Nicolas Sarkozy 
KEYSTONE/AP/Michel Euler

Le 1er mars, Nicolas Sarkozy a été le premier ancien président de la Ve République condamné à de la prison ferme: trois ans dont deux avec sursis, pour corruption et trafic d'influence.



Dans l'affaire Bygmalion, l'ancien président encourt un an d'emprisonnement et 3750 euros (4148 francs) d'amende pour «financement illégal de campagne électorale». Il est soupçonné d'avoir laissé filer ses comptes de campagne au-delà de leur plafond légal malgré les avertissements des experts-comptables.

Probable renvoi

Même s'il «ne se dérobera pas», M. Sarkozy a fait savoir qu'il n'assisterait qu'aux audiences le concernant. Mais le procès, prévu jusqu'au 15 avril, a de fortes probabilités d'être renvoyé en raison de l'hospitalisation de l'avocat de Jérôme Lavrilleux, ex-directeur adjoint de la campagne 2012 de Nicolas Sarkozy.

C'est Jérôme Lavrilleux qui avait révélé en 2014 le système de double comptabilité et de fausses factures mis en place pour dissimuler les dépassements de plafonds du compte du candidat.

Le tribunal examinera, dès l'ouverture de l'audience mercredi à 13h30, la demande de renvoi de M. Lavrilleux, à laquelle s'associent tous les avocats de la défense. Le parquet ne devrait pas s'y opposer.

Guerre fratricide

Le procès risque de rallumer une guerre fratricide au sein de la droite française, le camp sarkozyste et les proches de Jean-François Copé se rejetant mutuellement la responsabilité de la fraude.

Au total, 14 personnes doivent être jugées. Il s'agit d'anciens cadres de l'Union pour un mouvement populaire (UMP, devenue Les Républicains, partie civile au procès), des responsables de la campagne de 2012 et des dirigeants de Bygmalion, la société d'événementiel chargée d'organiser les meetings du candidat Sarkozy via sa filiale Event & Cie.

Ils comparaissent pour faux et usage de faux, abus de confiance, escroquerie et financement illégal de campagne électorale et complicité ou recel de ces délits.

Selon l'accusation, l'ancien président «a incontestablement bénéficié» du système de fausses factures, qui lui a permis de disposer pour la campagne de moyens «bien supérieurs à ce que la loi autorisait».

L'enquête n'a toutefois pas établi que le chef de l'Etat avait décidé de la mise en place du système, ni qu'il y avait participé ou même en avait été informé. Il est reproché au candidat Sarkozy de ne pas avoir tenu compte de deux alertes alarmantes des experts-comptables pendant sa campagne, en mars et avril 2012.

Jean-François Copé, ancien patron de l'UMP et actuel maire de Meaux, a bénéficié d'un non-lieu dans cette affaire. Il sera entendu comme témoin pendant le procès et «répondra à l'ensemble des questions», a-t-il fait savoir par la voix de son avocat, Hervé Temime. «Je poursuivrai immédiatement en diffamation quiconque au sein du parti me mettra en cause», a averti M. Copé dans «L'Opinion».

«Faire des économies»

Les proches de Jean-François Copé n'ont toujours pas digéré un long article du «Point», publié en février 2014, qui accusait l'ex-secrétaire général de l'UMP d'"avoir organisé un détournement de fonds à son profit» au détriment du parti, grâce à la «puissante machine de guerre» qu'était Bygmalion. M. Copé a obtenu la condamnation du magazine pour cet article et ses partisans voient toujours la main des sarkozystes dans les «révélations» du journal.

Toujours proche de M. Copé, Jérôme Lavrilleux est aujourd'hui retiré de la politique – il gère des gîtes en Dordogne.

Également sur le banc des prévenus, Guillaume Lambert, ancien directeur de campagne de Nicolas Sarkozy, a assuré dans l'émission «Complément d'enquête» sur France 2 avoir directement prévenu l'ex-candidat sur les dépassements des frais. «Je lui ai indiqué la nécessité de faire des économies dans la campagne, de réduire un certain nombre de postes de dépense», a-t-il dit.

Au total, selon l'accusation, les dépenses de la campagne du candidat Sarkozy se sont élevées à «au moins 42,8 millions d'euros» (47,3 millions de francs), bien au-delà du plafond légal autorisé. En 2012, ce plafond était de 16,8 millions d'euros (18,5 millions de francs) pour le premier tour et de 22,5 millions d'euros (24,8 millions de francs) pour le second.

En juillet 2013, le Conseil constitutionnel, présidé alors par Jean-Louis Debré, avait rejeté les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy, en estimant qu'ils avaient dépassé le plafond autorisé de plus de 300 000 euros.

ATS