Bélarus: migrants à la frontière, l'UE prépare d'autres sanctions

ATS

15.11.2021 - 20:12

L'UE a annoncé lundi préparer de nouvelles sanctions contre le régime bélarusse. Elle est peu convaincue par les assurances de Minsk de faire rentrer «chez eux» les migrants campant à la frontière polonaise après avoir, selon Bruxelles, orchestré leur afflux.

ATS

15.11.2021 - 20:12

epa09583602 A handout photo made available by Belta news agency shows asylum-seekers, refugees and migrants gathered at the Bruzgi-Kuznica Bialostocka border crossing, Belarus, 15 November 2021. Asylum-seekers, refugees and migrants, from the Middle East who began to leave the spontaneous camp set up near the border, arrived at the Belarusian-Polish checkpoint of Bruzgi-Kuznica Bialostocka. It was noted that a large convoy of migrants, accompanied by Belarusian security officials, went out towards the frontier checkpoint Bruzgi. Since 08 November, several thousand migrants have been trying to enter the EU and have set up camp in a forest belt adjacent to the border. EPA/OKSANA MANCHUK / BELTA / HANDOUT HANDOUT EDITORIAL USE ONLY/NO SALES
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KEYSTONE/EPA/OKSANA MANCHUK / BELTA

«Attention! Tout franchissement illégal de la frontière est interdit. Vous risquez des poursuites pénales», répétaient lundi par hauts-parleurs les gardes-frontières polonais aux centaines de migrants massés lundi au poste-frontière de Brousgui (Bélarus), face à la ville polonaise de Kuznica.

Des images diffusées par les médias bélarusses les montraient autour de feux de camp, s'allongeant dans des sacs de couchage à l'ombre de barbelés ou faisant face aux forces polonaises casquées qui gardent la zone frontalière.

Prises en étau le long de la frontière entre les deux pays, deux à trois mille personnes au total, souvent originaires du Kurdistan irakien, dont de nombreux enfants, se préparaient lundi soir à passer une nouvelle nuit dehors par des températures négatives.

«Fatigués et à bout»

«On attend ici, entre soldats polonais et bélarusses. Ils ne nous laissent aller nulle part», a dit par téléphone à l'AFP, Aryan Wali Zellmi, un Kurde d'Irak âgé de 25 ans.

«Je veux aller dans n'importe quel pays. Nous sommes tous fatigués et à bout», a abondé, également par téléphone, un ex-chauffeur routier irakien, bloqué avec sa femme et leurs trois enfants, dont un nourrisson et un garçon de huit ans amputé des quatre membres.

Les Européens accusent Minsk d'avoir organisé depuis l'été des mouvements migratoires depuis le Moyen-Orient vers les frontières polonaise et lituanienne pour se venger de sanctions occidentales prises après la répression de l'opposition dans ce pays suite à un scrutin contesté.

Nouvelles sanctions prévues

L'UE va adopter «dans les prochains jours» de nouvelles sanctions contre des personnes et organisations contribuant à l'afflux des migrants, a annoncé lundi le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell, à l'issue d'une réunion des ministres des Affaires étrangères des Vingt-Sept à Bruxelles. Ces sanctions toucheront «un nombre important» de personnes et entités, a-t-il souligné.

Dans le même temps, la pression sur les dirigeants russe et bélarusse s'est accrue, avec des entretiens entre le président français Emmanuel Macron et son homologue russe Vladimir Poutine, ainsi qu'entre la chancelière allemande Angela Merkel et le président bélarusse Alexandre Loukachenko.

Selon l'Elysée, M. Poutine, interpellé sur la crise des migrants à la frontière bélarusse, a promis d'"en parler» à Alexandre Loukachenko.

Loukachenko nie toute responsabilité

Le président bélarusse Alexandre Loukachenko, dont la réélection en août 2020 n'a pas été reconnue par l'UE, a de nouveau nié lundi toute responsabilité.

Il a même assuré vouloir le retour des migrants «chez eux»: «Nous sommes prêts (...) à les mettre tous dans des avions qui les ramènent à la maison. Un travail actif est en cours pour convaincre ces gens», a-t-il déclaré, selon l'agence d'Etat Belta.

Mais, a-t-il insisté, «ils ne veulent pas rentrer. Il est clair qu'ils n'ont plus où rentrer, plus de domicile, et n'ont rien pour y nourrir leurs enfants».

Varsovie prévoit un mur

Ses propos n'ont pas semblé convaincre les ministres européens des Affaires étrangères. «Je n'ai aucune raison de croire que ce que (M. Loukachenko) dit est vrai», a insisté le chef de la diplomatie lituanienne Gabrielius Landsbergis.

De son côté, la Pologne a annoncé lundi qu'elle commencerait en décembre la construction d'un mur le long de la frontière avec le Bélarus, en vue de l'achever au premier semestre 2022, selon un communiqué du ministère de l'Intérieur.

Alexandre Loukachenko s'est dit prêt lundi à se «défendre» en cas de mesures de rétorsion européennes. Il s'était précédemment dit prêt à couper le transit du gaz russe vers l'Europe, mais Moscou a rapidement minimisé la portée de la menace. Le président Vladimir Poutine a appelé les Européens à renouer le dialogue.

La Russie a également rejeté les accusations de Varsovie, qui considère Moscou comme le véritable commanditaire de la crise migratoire, sur fond de tensions russo-occidentales.

Interdits de vol

Varsovie refuse de laisser passer ces milliers de personnes, alors que l'UE a été déstabilisée à partir de 2015 par l'afflux de centaines de milliers de malheureux fuyant les guerres et la misère au Moyen-Orient ou en Afghanistan.

Si certains groupes ont franchi les barbelés ces derniers jours, ils ont souvent été interpellés et renvoyés au Bélarus.

La compagnie aérienne bélarusse Belavia a annoncé que Syriens, Irakiens, Afghans et Yéménites étaient désormais interdits de vol depuis Dubaï vers le Bélarus, sur «décision des autorités compétentes des Emirats arabes unis». La Turquie a imposé les mêmes restrictions la semaine passée.

Enfin, le gouvernement irakien a annoncé l'organisation jeudi d'un premier vol de rapatriement de migrants irakiens «sur la base du volontariat».

ATS