Cessez-le-feu en Afghanistan

ATS

24.5.2020 - 13:27

Le président afghan Ashraf Ghani s'est engagé dimanche à accélérer la libération de prisonniers talibans et se dit prêt à débuter des discussions de paix avec les insurgés. Il a accepté leur offre d'un cessez-le-feu de trois jours à l'occasion de l'Aïd el-Fitr.

Ces progrès soudains interviennent après des mois d'intensification des violences qui semblaient avoir poussé le processus de paix entre les deux camps au bord du gouffre.

«En tant que gouvernement responsable, nous faisons un pas de plus en avant, j'annonce que je vais accélérer les libérations de prisonniers talibans», a déclaré M. Ghani lors de son adresse à la Nation à l'occasion des célébrations de l'Aïd el-Fitr, fin du mois de jeûne de ramadan.

Demandes de libération

Le président a aussi demandé aux insurgés de continuer à libérer les membres des forces de sécurité afghanes qu'ils détiennent. Ces libérations réciproques de prisonniers sont prévues par un accord signé le 29 février à Doha entre Washington et les talibans, mais non ratifié par Kaboul.

Ce vaste échange de prisonniers – jusqu'à 5000 talibans contre 1000 membres des forces afghanes – aurait dû être achevé le 10 mars, mais a été émaillé d'obstacles. Kaboul a relâché environ 1000 détenus alors que les insurgés en ont libéré environ 300.

L'accord organise également le retrait des forces étrangères d'Afghanistan sous 14 mois, à condition que les insurgés respectent des engagements en matière de sécurité et entament des négociations avec les autorités afghanes sur l'avenir du pays.

Cessez-le-feu unilatéral

Les talibans, qui ont cessé d'attaquer les troupes étrangères mais multiplient ces dernières semaines les assauts meurtriers contre les forces afghanes, ont surpris samedi soir en décrétant unilatéralement un arrêt des combats pour que leurs concitoyens «puissent célébrer dans la paix et le confort» l'Aïd el-Fitr.

La direction des insurgés ordonne à ses combattants de «prendre des mesures spéciales pour la sécurité de leurs compatriotes, et ne pas lancer d'opérations offensives contre l'ennemi». Mais ceux-ci pourront se défendre s'ils sont attaqués.

«Mettre fin au carnage»

Dans une mosquée de Kaboul dimanche matin, des habitants de la capitale se sont réjouis de l'annonce des talibans.

«Je suis heureux (...) depuis ma naissance je n'ai connu que la guerre», a dit à l'AFP Nasimi Abidullah, 18 ans et employé dans un salon de coiffure, «mais cela n'est pas assez, nous voulons un cessez-le-feu et mettre fin au carnage afin d'obtenir une paix durable dans le pays».

Depuis qu'une coalition internationale menée par les Etats-Unis les a chassés du pouvoir fin 2001, c'est la première fois que les talibans appellent d'eux-mêmes à poser temporairement les armes. Il n'y avait eu, depuis, qu'un seul cessez-le-feu, initié par M. Ghani, durant l'Aïd el-Fitr de 2018.

«Tout ce que nous connaissons dans notre pays est la guerre et le sang. Nous avons assez souffert et il est temps pour les talibans d'arrêter de tuer les Afghans», a déclaré Ahmad Farid, chauffeur de 27 ans, disant espérer «que tous les camps respecteront le cessez-le-feu».

Négociations interafghanes

Prochaine étape du le processus de paix, l'ouverture de négociations «interafghanes» sur le futur du pays, qui accuse déjà plus de deux mois de retard.

«Maintenant, nous voulons avoir des discussions directes avec les talibans dès que possible afin de stopper le massacre d'Afghans et nous sommes absolument prêts pour ces négociations», a assuré M. Ghani dimanche.

Abdullah Abdullah, rival politique de M. Ghani depuis des années, mènera ces négociations de paix, conformément à l'accord de partage du pouvoir signé entre les deux hommes le 17 mai pour clore plusieurs mois de crise née de la contestation par le premier des résultats de la présidentielle donnant le second vaingueur.

Quelques jours avant l'annonce du cessez-le-feu pour l'Aïd el-Fitr, le chef des talibans avait confirmé leur engagement à respecter l'accord avec Washington.

Zalmay Khalilzad, l'émissaire des Etats-Unis, s'est félicité de ce cessez-le-feu, y voyant «une opportunité qui ne doit pas être manquée».

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