Ceuta: les migrants immédiatement refoulés, Bruxelles durcit le ton

ATS

19.5.2021 - 19:26

Des migrants tentaient encore mercredi en vain d'atteindre l'enclave espagnole de Ceuta, à l'instar des milliers d'autres entrés illégalement depuis lundi en provenance du Maroc. L'Union européenne a durci le ton envers Rabat, assurant qu'elle ne se laisserait pas «intimider» sur la question migratoire.

Unaccompanied minors who crossed into Spain are gathered outside a warehouse used as temporary shelter as they wait to be tested for COVID-19 at the Spanish enclave of Ceuta, near the border of Morocco and Spain, Wednesday, May 19, 2021. Social services for the small city perched on an outcropping in the Mediterranean buckled under the strain after more than 8,000 people crossed into Spanish territory during the previous two days. (AP Photo/Bernat Armangue)
Ceuta, 19 mai 2021. 
KEYSTONE/AP Photo/Bernat Armangue

ATS

19.5.2021 - 19:26

Depuis lundi, autour de 8000 personnes, un chiffre sans précédent, ont rejoint Ceuta, profitant d'un relâchement des contrôles frontaliers côté marocain. Parmi eux, 5600 ont déjà été expulsés vers le Maroc, selon un chiffre actualisé en début d'après-midi par la préfecture de Ceuta qui n'a comptabilisé mercredi aucune «nouvelle entrée», assurant que les personnes tentant d'accéder à la plage étaient immédiatement reconduites au Maroc.

Cette vague migratoire inédite a pour toile de fond la crise diplomatique majeure entre Madrid et Rabat, qui ne décolère pas depuis l'arrivée le mois dernier en Espagne, pour y être soigné, du chef des indépendantistes sahraouis du Front Polisario, ennemi juré du Maroc.

Se mettant à l'eau du côté marocain de la frontière, délimitée par une haute clôture sur une digue, des migrants, essentiellement des Marocains, continuaient depuis l'aube au compte-gouttes à rejoindre Ceuta à la nage. Mais interceptés dès leur arrivée sur la rive par des soldats espagnols, dans une ambiance parfois tendue, ils étaient ramenés de force vers la frontière, a constaté une journaliste de l'AFP. La plupart sont de jeunes hommes, entièrement habillés ou parfois en maillot de bain.

Manque de contrôle

«L'Espagne est actuellement défiée par un pays tiers, le Maroc», a déclaré mercredi le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, fustigeant «le manque de contrôle des autorités marocaines». Il ne s'agit «pas seulement d'un manque de respect envers l'Espagne, mais envers toute l'Union européenne», a poursuivi le dirigeant, qui a envoyé des renforts policiers et avait promis mardi de «rétablir l'ordre» dans l'enclave.

Côté marocain, la police a bloqué dans la nuit de mardi à mercredi des dizaines de jeunes candidats à l'émigration, qui ont riposté en jetant des pierres, a constaté l'AFP sur place.

Front Polisario

Durcissant le ton, Bruxelles a assuré mercredi, par la voix du vice-président de la Commission européenne Margaritis Schinas, que «personne ne peut intimider ou faire chanter l'Union européenne (...) sur le thème migratoire», dans une allusion claire au Maroc. «Ceuta, c'est l'Europe, cette frontière est une frontière européenne et ce qui se passe là-bas n'est pas le problème de Madrid, c'est le problème de tous» les Européens, a ajouté M. Schinas.

Le gouvernement espagnol avait convoqué mardi, pour lui signifier son «mécontentement», l'ambassadrice marocaine en Espagne qui a été rappelée par Rabat «pour consultation». Les autorités marocaines ont jugé mardi soir qu'il était «clair que l'Espagne a privilégié sa relation avec le Polisario et l'Algérie» qui soutient les indépendantistes sahraouis, «plutôt que sa relation avec le Maroc».

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