L'Asie peine à se défaire de son addiction au charbon

ATS

25.10.2021 - 08:28

La grande centrale à charbon de Suralaya en Indonésie et ses épaisses fumées toxiques illustrent les difficultés auxquelles font face les pays d'Asie. Leurs économies sont encore fortement dépendantes des énergies fossiles pour réaliser une transition énergétique indispensable pour sauver le climat.

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25.10.2021 - 08:28

In this Wednesday, Nov. 4, 2015 photo, a worker watches as a conveyor loads coal onto a trailer truck at a coal mine near Ordos in northern China's Inner Mongolia Autonomous Region. Demand for coal is leveling off, but it will remain a key energy source for decades, and its future is closely tied to China, the world's biggest coal user, producer and importer. It burns 4 billion tons of coal a year, four times as much as the United States. (AP Photo/Mark Schiefelbein)
Cinq pays d'Asie, la Chine, l'Inde, le Japon, l'Indonésie et le Vietnam, représentent 80% des projets de nouvelles centrales à charbon dans le monde, selon un rapport de Carbon Tracker. (archives)
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L'Asie-Pacifique compte pour les trois quarts de la consommation globale de charbon, alors même que la région est particulièrement exposée à l'impact du changement climatique avec des niveaux de pollution mortels en Inde, ou des vagues de chaleur extrêmes et feux de forêt en Australie.

Les promesses de la Chine et d'autres pays de parvenir à la neutralité carbone suscitent l'espoir d'un futur plus propre, mais la région est engagée dans une transition vers les énergies renouvelables bien trop lente, selon les observateurs. «Nous avançons beaucoup plus lentement que l'impact du changement climatique. Nous manquons de temps», note Tata Mustasya de Greenpeace Indonésie.

Bastion du charbon

Le changement est particulièrement ardu dans la région, l'un des derniers bastions du charbon, l'énergie la plus polluante. Cinq pays d'Asie, la Chine, l'Inde, le Japon, l'Indonésie et le Vietnam, représentent 80% des projets de nouvelles centrales à charbon dans le monde, selon un rapport de Carbon Tracker.

Or, les promesses récentes d'arrêter la construction et le financement de nouvelles centrales ne devraient pas affecter les nombreux projets déjà en cours. La centrale à charbon géante de Suralaya, sur l'île indonésienne de Java, l'une des plus grandes d'Asie du Sud-Est, illustre ce défi.

L'Indonésie vise la neutralité carbone en 2060 et veut cesser de construire de nouvelles centrales au charbon dès 2023. Mais le projet d'extension pour 3,5 milliards de dollars de cette centrale n'est pas remis en cause.

Le charbon contribue à une grande part des émissions de carbone dans le monde, ce qui en fait une menace majeure pour la limitation de la hausse des températures autour de 1,5 degrés, objectif des accords de Paris de 2015.

Difficultés respiratoires

Et il a aussi un lourd impact sur la santé publique. Dans un village à l'ombre de la centrale de Suralaya, la poussière de charbon s'accumule souvent sur les maisons et les habitants se plaignent de maux divers.

«La toux et des difficultés à respirer sont des problèmes signalés dans la région», explique Misnan Arullah, membre d'une association locale qui mène campagne contre la pollution. «Les gens se plaignent d'irritations aux yeux quand ils travaillent dans les champs».

Edi Suriana a perdu sa belle-soeur en 2010 d'une maladie des poumons. «Elle a été exposée à la poussière de charbon quand elle travaillait à son étal», dit-il à l'AFP. «Son magasin était 20 à 50 mètres de l'endroit où on déversait les cendres» de la centrale.

Sans avoir de confirmation formelle des médecins, la famille pense qu'elle a été victime de la pollution.

Eaux toxiques

Suwiro, un pêcheur de la région, accuse, lui, la centrale d'avoir provoqué une baisse du nombre et de la qualité des poissons ces dernières années. «Je pouvais attraper 100 kilogrammes de poisson chaque fois que je sortais en mer».

«Mais depuis que la zone est devenue si polluée, nous sommes contents quand nous prenons 10 kg», dit le soixantenaire, qui comme de nombreux Indonésiens ne porte qu'un nom.

L'extension de la centrale de Suralaya bénéficie de 1,9 milliard de dollars de financements publics sud-coréens et du soutien du géant de l'électricité KEPCO, selon l'ONG Solutions pour notre climat (SFOC) et, cela, malgré l'engagement de Séoul de ne plus financer de centrales à charbon à l'étranger.

Un porte-parole de KEPCO a précisé à l'AFP que le projet, prévu pour 2024 et qui devrait fonctionner pendant des décennies, n'était pas concerné par l'interdiction puisqu'en cours. Les gouvernements «se sont engagés à ne plus creuser le trou, mais n'ont pas vraiment de plan pour savoir comment en sortir», remarque Sejong Youn, de l'ONG sud-coréenne SFOC.

«Offrir des solutions»

La Chine, plus gros producteur d'émissions au monde, vise la neutralité carbone en 2060. Elle a annoncé le mois dernier qu'elle cesserait de financer des centrales au charbon à l'étranger, sans précisions sur le sort des projets en cours.

Mais près de 60% de son économie est alimentée par les énergies fossiles et les autorités viennent de demander aux mines de renforcer leur production face à une crise énergétique.

Le Japon a aussi promis de renforcer les contrôles sur les financements des centrales à l'étranger, mais sans y renoncer complètement.

Les pays en développement réclament plus d'aide pour baisser leurs émissions alors que les pays riches n'ont pas tenu un engagement d'apporter 100 milliards de dollars par an à la transition énergétique.

Pour avancer, les pays développés doivent adopter une approche constructive avec les pays plus pauvres, estime Carlos Fernández Alvarez, analyste senior pour l'agence internationale de l'énergie (AIE).

«Il ne s'agit pas juste de dire: 'Fermez vos centrales à charbon'. Il faut offrir des solutions. Il faut des politiques, des financements, des technologies», dit-il à l'AFP.

ATS