Décès d'une juge de la cour suprême

ATS

19.9.2020 - 05:11

La doyenne de la cour suprême des États-Unis, Ruth Bader Ginsburg, est morte vendredi à l'âge de 87 ans, a annoncé la haute cour. Avec ce décès, l'équilibre de la plus haute juridiction américaine risque d'être bouleversé durablement au profit des conservateurs.

Cette juge progressiste, devenue une véritable icône à gauche, est morte des suites d'un cancer du pancréas, entourée par sa famille, a annoncé la cour suprême dans un communiqué.

Fragile depuis quelques années, cette championne de la cause des femmes, des minorités ou encore de l'environnement, avait été hospitalisée à deux reprises cet été. Ses bulletins de santé étaient suivis de près par les démocrates qui craignent que le président Donald Trump ne s'empresse de nommer son successeur.

Le milliardaire républicain, en lice pour sa réélection, a été informé de son décès par des journalistes à la fin d'une réunion de campagne dans le Minnesota. Il s'est contenté de saluer une «vie exceptionnelle», sans dévoiler ses intentions avant de la qualifier quelques heures plus tard de «colosse du droit».

Présélection de juges

Son rival démocrate, Joe Biden, a lui rendu un hommage appuyé à la magistrate la plus connue des Etats-Unis. «Ruth Bader Ginsburg s'est battue pour nous tous et elle était très aimée», a-t-il souligné, en appelant à ne pas se précipiter pour la remplacer. «Les électeurs doivent choisir le président et le président doit proposer un juge au Sénat».

Selon la radio NPR, la juge «RBG», comme elle avait été surnommée, avait elle-même confié ses dernières volontés à sa petite fille, Clara Spera. «Mon voeu le plus cher est de ne pas être remplacée tant qu'un nouveau président n'aura pas prêté serment», lui a-t-elle dicté quelques jours avant sa mort.

Donald Trump avait déclaré en août qu'il n'hésiterait pas à nommer un juge à la cour suprême même très près de l'élection. «J'avancerai vite», avait-il déclaré. Soucieux de galvaniser les électeurs de la droite religieuse, il a depuis publié une présélection de candidats, des juges conservateurs, pour la plupart opposés à l'avortement et favorables au port d'armes.

Soutien pour Trump au Sénat

Selon la constitution, une fois qu'il aura arrêté son choix, il reviendra au Sénat de l'avaliser. Son chef, le républicain Mitch McConnell a déjà fait savoir qu'il organiserait un vote. Ce même McConnell avait refusé d'auditionner un juge choisi pour ce poste par le 44e président des Etats-Unis Barack Obama en 2016, sous prétexte qu'il s'agissait d'une année électorale.

Même si les républicains disposent d'une majorité de 53 sièges sur 100 à la chambre haute, certains élus républicains modérés, qui font face à des campagnes de réélection compliquées, pourraient toutefois faire défection.

«La bataille politique va être énorme», parce que si Donald Trump obtient gain de cause, «la cour suprême deviendra la plus conservatrice depuis un siècle», a prédit le professeur de droit Carl Tobias. Aujourd'hui, les cinq juges conservateurs – sur neuf – ne font en effet pas bloc.

Il est fréquent que l'un d'entre eux vote avec ses confrères progressistes. Or, la cour est l'arbitre de tous les grands sujets de société aux Etats-Unis: avortement, droit des minorités, port d'armes, peine de mort.

«Pionnière»

Nommée en 1993 à la haute cour par le président Bill Clinton, après s'être distinguée en faisant avancer les droits des femmes dans les années 1970, Ruth Bader Ginsburg était devenue extrêmement populaire malgré le sérieux de sa fonction. Grâce à son positionnement en phase avec les aspirations des plus jeunes, elle les avait conquis, au point de gagner le surnom de «Notorious RBG» en référence au rappeur Notorious BIG.

Vendredi soir, quelques centaines de personnes se sont rassemblées spontanément devant les colonnes de la cour suprême pour lui rendre hommage. Les drapeaux du congrès et de la Maison-Blanche ont été mis en berne en son honneur.

Malgré son positionnement à gauche, républicains et démocrates lui ont immédiatement rendu hommage. «Chaque femme, chaque fille, chaque famille en Amérique a bénéficié de son intelligence éclatante», a déclaré la chef des démocrates au congrès Nancy Pelosi.

Mêmes louanges à l'autre bout de l'échiquier politique. C'était «une championne du droit» pour le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, une juriste «brillante», «admirée» et «influente» selon le ministre de la justice Bill Barr.

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