RDC

Exploitation de la forêt congolaise: «catastrophe» imminente

ATS

2.9.2021 - 17:06

ATS

2.9.2021 - 17:06

Des ONG ont alerté jeudi les bailleurs de fonds pour le climat sur une «catastrophe» imminente si Kinshasa lève comme prévu un moratoire sur les nouveaux titres d'exploitation forestière. Mise en cause, Pékin assure condamner l'exploitation illégale des ressources

La forêt congolaise abrite "des milliers de communautés locales et de peuples autochtones", ainsi que "des espèces menacées telles que les gorilles de montagne (photo), les éléphants de forêt et l'okapi endémique".
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Ces ONG (dont Greenpeace, Rainforest Foundation UK...) avaient déjà protesté en juillet contre ce projet du gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) de «lever le moratoire en cours (depuis 2002) en matière d'octroi des titres d'exploitation forestière».

La RDC «abrite la deuxième plus grande forêt tropicale du monde après le Brésil», représentant «un réservoir de carbone et une réserve de biodiversité d'importance mondiale», rappellent-elles, en demandant cette fois à la communauté internationale de ne pas «rester silencieuse».

Espèces menacées

Si le moratoire est levé, mettent en garde ces ONG dans un communiqué, «la superficie de la forêt tropicale de la RDC remise aux entreprises forestières pourrait augmenter de 20 millions d'hectares, potentiellement jusqu'à 60-70 millions d'hectares».

Une surface abritant «des milliers de communautés locales et de peuples autochtones», ainsi que «des espèces menacées telles que les gorilles de montagne, les éléphants de forêt et l'okapi endémique».

Tourbières, sources potentielles de CO2

Parmi ces zones susceptibles d'être cédées aux forestiers, «il y aurait plus d'un million d'hectares dans des tourbières», dont l'exploitation pourrait, selon elles, libérer une quantité de dioxyde de carbone estimée à plus de 10 milliards de tonnes.

«A Bruxelles, Londres ou Washington, les bailleurs parlent d'une économie verte tout en continuant à financer des pays dont les politiques (...) accélèrent les extinctions massives et réchauffent la planète», déplore dans le communiqué Irène Wabiwa Betoko, cheffe de projet international pour la forêt du bassin du Congo. Pour elle, «le peuple congolais et la communauté internationale méritent mieux».

Entreprises chinoises mises en cause

De son côté, la Chine «condamne toute exploitation illégale des ressources naturelles» en RDC, a affirmé sur Twitter l'ambassadeur de Pékin à Kinshasa, sur fond d'accusations d'activités opaques d'entreprises chinoises en RDC.

L'ambassadeur, Zhu Jing, dit avoir réitéré cette position dans un entretien téléphonique» avec la ministre des Mines Antoinette N'Samba Kalambayi. Le diplomate ajoute avoir assuré la ministre de «la disponibilité du gouvernement chinois à collaborer avec les autorités congolaises pour sanctionner les responsables».

Juste avant, l'ambassade de Chine a également tweeté, après une sévère mise en cause des activités chinoises en RDC dans un documentaire du journaliste camerounais Alain Foka, titré «En finir avec la traite négrière en Afrique», diffusé mercredi sur YouTube et très largement commenté à Kinshasa.

L'ambassade précise avoir «saisi les autorités congolaises pour vérifier la réalité» des accusations portées. Le gouvernement chinois, assure l'ambassade, «demande toujours aux entreprises et ressortissants chinois de respecter strictement les lois et réglementations congolaises».

Suspension d'entreprises critiquée

Dans ce contexte, une lettre de la ministre des Mines diffusée jeudi sur les réseaux sociaux a ajouté à la confusion. Alors que les autorités du Sud-Kivu, région minière du sud-est du pays, avaient décidé le 20 août de suspendre les activités d'entreprises chinoises soupçonnées «d'abus» manifestes et «multiples» dans l'exploitation de sites aurifères dans le territoire de Mwenga, la ministre fait savoir qu'elle s'oppose à cette décision.

Cette mesure viole la loi sur les pouvoirs des gouverneurs, «le pouvoir de suspendre me revenant», écrit-elle, en demandant au ministre de l'Intérieur de faire savoir au gouverneur qu'il doit revenir sur cette suspension.

«Avec cette décision, que nous regrettons, on peut donc dire que la ministre des Mines tolère les abus commis par les sociétés chinoises à Mwenga», a déploré à Bukavu Raoul Kitungano, responsable de l'ONG Justice pour tous spécialisée dans la gouvernance minière au Sud-Kivu.

ATS