L'opposition demande une «transition civile»

ATS

2.11.2020 - 01:34

Pascal Affi N'Guessan, membre de l'opposition, appelle à une «transition civile» après une présidentielle émaillée de violences en Côte d'Ivoire.
Source: KEYSTONE/EPA/LEGNAN KOULA

Au lendemain d'une présidentielle émaillée d'incidents mortels, l'opposition ivoirienne a appelé dimanche à une «transition civile». Les premiers résultats donnent sans surprise une avance écrasante au président sortant Alassane Ouattara.

«Les partis et groupements politiques de l'opposition constatent la fin du mandat» du président Ouattara et «appellent à l'ouverture d'une transition civile afin de créer les conditions d'une élection présidentielle juste, transparente et inclusive», a affirmé l'ancien Premier ministre Pascal Affi N'Guessan, qui faisait partie des candidats inscrits.

L'opposition, qui a boycotté le scrutin, «appelle à la mobilisation générale des Ivoiriens pour faire barrage à la dictature et à la forfaiture du président sortant Alassane Ouattara», a poursuivi M. Affi N'Guessan. Il s'exprimait à la résidence de l'ancien président Henri Konan Bédié, 86 ans, aperçu dans les couloirs.

En réponse, le parti au pouvoir a averti l'opposition. «Le RHDP met en garde M. Affi N'Guessan et consorts contre toute tentative de déstabilisation», a déclaré le directeur exécutif du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix, Adama Bictogo, lors d'une conférence de presse.

M. Bictogo a aussi accusé nommément les responsables de l'opposition d'être les «commanditaires» des violences qui ont émaillé le scrutin samedi, faisant au moins deux morts. «Nous voulons déplorer les morts nés des agresseurs de l'opposition ayant pour commanditaires les différents responsables de l'opposition qui sont les sieurs Affi N'Guessan, Guikahue, Mabri et consorts», a affirmé. M. Bictogo.

Il s'est toutefois abstenu de citer l'ex-président Henri Konan Bédié, leader de l'opposition en tant que chef de son principal mouvement, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI). «Le RHDP en appelle à la fermeté des autorités de notre pays. Nul n'est au-dessus de la loi», a insisté M. Bictogo, sans plus de précision.

Ouattara probablement vainqueur

Protégée par un important dispositif policier, la Commission électorale a commencé dimanche à annoncer au compte-gouttes des résultats partiels de l'élection en direct à la télévision. Sans réel adversaire en raison du boycott de l'opposition, le président Ouattara, en quête d'un troisième mandat controversé, devrait s'imposer par un score fleuve, notamment dans le nord du pays qui lui est traditionnellement acquis.

Ainsi, selon ces premiers résultats, Ouattara a obtenu 98% des voix à Korhogo, la capitale du Nord, avec 88% de participation. Le résultat final devrait être annoncé dans la nuit. Le résultat final devrait être annoncé lundi soir, les opérations de décompte ayant pris du retard.

Outre Alassane Ouattara, seul le candidat indépendant Kouadio Konan Bertin dit KKB, crédité de moins de 4% des voix en 2015 a fait campagne. Les deux autres candidats inscrits, MM. Affi N'Guessan et Bédié, ont prôné le boycott.

Des morts et des blessés

Le bilan exact des violences qui ont été nombreuses dans la moitié sud du pays était difficile à établir, mais l'opposition comme le pouvoir ont évoqué des «morts». Au moins cinq personnes ont perdu la vie samedi, selon des sources locales interrogées par l'AFP.

Selon des sources concordantes dont deux médicales, au moins trois personnes sont mortes à Téhiri, un village situé près de Gagnoa (270 km au nord-ouest d'Abidjan), fief de l'ancien président Laurent Gbagbo, lors d'affrontements entre ethnies locales et Dioulas originaires du Nord, réputés pro-Ouattara.

De source sécuritaire, il y a aussi eu au moins deux morts, «un à Oumé (260 km au nord-ouest d'Abidjan, près de Gagnoa aussi) et au moins un à Tiebissou (centre)» samedi. Le maire de Tiebissou, Germain N'Dri Koffi, a quant à lui fait état d'un bilan de «quatre morts et 27 blessés» dans sa commune.

Selon le Programme Indigo, une ONG qui avait déployé des observateurs dans tout le pays, «23% des bureaux de vote sont restés fermés toute la journée».

«Un nombre important de villes et de villages ont été le théâtre de confrontations violentes, entre populations d'une part et entre populations et forces de l'ordre d'autre part. Ce basculement de la violence sur le terrain communautaire reste sans conteste l'un des principaux facteurs à considérer», a estimé Arsène Konan, coordinateur du programme.

Quelque 35'000 membres des forces de l'ordre avaient été déployés dans le pays. Avant le scrutin, une trentaine de personnes sont mortes dans des violences depuis l'annonce en août de la candidature du président Ouattara à un troisième mandat que l'opposition juge «anticonstitutionnel».

Alassane Ouattara, 78 ans a appelé au calme samedi: «J'en appelle à ceux qui ont lancé un mot d'ordre de désobéissance civile qui a conduit à des morts d'hommes: qu'ils arrêtent! Je dis aux jeunes de ne pas se laisser manipuler».

«Une première victoire»

Avant l'annonce de l'opposition, un des responsables du parti au pouvoir, Adama Bictogo, avait estimé que «le 31 octobre n'a pas été une journée de déluge, comme l'avait prédit l'opposition». «La volonté populaire s'est exprimée alors que l'opposition a fait pendant des mois l'apologie de la non-tenue des élections. C'est une première victoire», avait-il dit.

Cette tension chez le premier producteur mondial de cacao, fait craindre une nouvelle crise dans une région éprouvée par des attaques djihadistes au Sahel, par un putsch au Mali, une élection contestée en Guinée et une contestation politique chez le géant voisin nigérian. «Le grand défi de l'après-élection pour le parti au pouvoir va être de recréer un dialogue avec l'opposition, sinon les tensions seront récurrentes», a estimé Rodrigue Koné, analyste politique.

Des milliers d'Ivoiriens avaient quitté les grandes villes pour «aller au village», anticipant des troubles, dix ans après la crise qui avait suivi la présidentielle de 2010, faisant 3000 morts. Le président Laurent Gbagbo, qui était au pouvoir depuis 2000, avait alors refusé de reconnaître sa défaite face à M. Ouattara.

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