La junte avertit les manifestants qu'ils risquent de mourir

ATS

22.2.2021 - 05:59

La junte birmane a durci le ton après un week-end de violences sanglantes. Elle a averti les manifestants qu'ils risquaient d'en mourir, ce qui n'a pas dissuadé lundi des milliers de personnes de descendre encore dans les rues.

Les habitants de Rangon ont pu constater un renforcement des dispositifs de sécurité, avec quantité de camions de la police et de l'armée dans les rues.
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Trois semaines après le putsch du 1er février, la mobilisation pro-démocratie ne faiblit pas avec des dizaines de milliers de manifestants dimanche et une campagne de désobéissance civile qui perturbe le fonctionnement de l'Etat et l'économie.

L'avertissement de la junte, dimanche, est intervenu au lendemain de la journée la plus meurtrière depuis le coup d'Etat: deux personnes sont mortes samedi à Mandalay quand la police a tiré sur la foule et une troisième à Rangoun.

«Les manifestants sont en train d'inciter les gens, notamment les adolescents et jeunes exaltés, à se lancer sur la voie de la confrontation où ils périront», a indiqué un communiqué lu sur la chaîne publique MRTV, et dont une traduction anglaise apparaissait à l'écran. Le texte mettait en garde les manifestants contre la tentation d'inciter la population à «l'émeute et à l'anarchie».

Le rapporteur spécial de l'ONU pour les droits de l'Homme en Birmanie, Tom Andrews, s'est dit profondément inquiet par ces menaces. «Avertissement à la junte: contrairement à 1988, les agissements des forces de sécurité sont enregistrés et vous devrez rendre des comptes», a-t-il dit sur Twitter.

«Tellement en colère»

La mise en garde du pouvoir n'a pas dissuadé les manifestants de descendre dans les rues de Rangoun, où des milliers de personnes étaient rassemblées lundi dans deux quartiers.

Ainsi dans le quartier de Bahan, des manifestants étaient assis sur la chaussée brandissant de nombreuses banderoles en soutien de l'ancienne cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi, qui est tenue au secret depuis son arrestation le 1er février.

«Nous sommes ici aujourd'hui pour participer à la manifestation, pour nous battre jusqu'à ce que nous gagnions», a déclaré Kyaw Kyaw, un étudiant de 23 ans. «Nous nous inquiétons de la répression mais nous continuerons. Nous sommes tellement en colère.»

Les habitants de Rangoun ont constaté un renforcement des dispositifs de sécurité, avec quantité de camions de la police et de l'armée dans les rues, alors que des rues proches du quartier avaient été barricadées par les forces de sécurité.

Marchés et magasins devraient demeurer fermés par solidarité avec le mouvement pro-démocratie. Des manifestations ont également eu lieu dans les villes de Myitkyina (nord) et Dawei (sud).

Recours à la force

Aux manifestations massives contre leur coup d'Etat, les militaires birmans ont répondu en renforçant progressivement le déploiement des forces de sécurité, et en ayant de plus en plus recours à la force pour disperser les protestataires.

Balles en caoutchouc, gaz lacrymogènes, canons à eau... les services de sécurité ont même eu parfois recours aux tirs à balles réelles. A en croire l'Association d'aide aux prisonniers politiques, 640 personnes ont été arrêtées depuis le putsch.

La junte a également restreint drastiquement l'accès à internet, pour la huitième nuit consécutive, selon l'observateoir spécialisé NetBlocks, basé au Royaume-Uni. Les connexions sont généralement rétablies à 09h00 du matin. Mais la coupure, lundi, devrait durer trois heures de plus.

Condamnations internationales

L'escalade des tensions a provoqué de nouvelles condamnations internationales, dénoncées dimanche soir par le ministère birman des Affaires étrangères comme une «ingérence flagrante» dans les affaires intérieures du pays.

«Malgré les manifestations illégales, les incitations aux troubles et à la violence, les autorités (birmanes) font preuve de la plus grande retenue en ayant recours le moins possible à la force pour faire face aux perturbations», a-t-il affirmé.

Les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne doivent se réunir lundi pour discuter d'éventuelles sanctions.

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ATS