Salah Abdeslam

La même peine que Michel Fourniret et «Pierrot le fou» ?

AFP

29.6.2022

Après 10 mois d'audience, place au verdict. Au procès du 13-Novembre, la cour doit rendre mercredi soir sa très attendue décision sur le sort de Salah Abdeslam et de ses coaccusés, jugés depuis septembre pour les pires attentats jamais commis en France.

TOPSHOT - French Gendarmes escort a convoy understood to be transporting Salah Abdeslam, the prime suspect in the November 13, 2015 Paris attacks, from the Fleury-Merogis prison in the southern suburbs of Paris, to the Palais de Justice of Paris - Paris' courthouse, on September 8, 2021, for the start of the trial of the November 2015 Paris attacks' defendants. - The biggest trial in France's modern legal history begins on September 8, 2021 over the November 2015 attacks on Paris that saw 130 people killed at bars, restaurants and the Bataclan concert hall. The suicide bombing and gun assault by three teams of jihadists, planned from Syria and later claimed by the Islamic State group, was France's worst post-war atrocity. (Photo by Thomas COEX / AFP) (Photo by THOMAS COEX/AFP via Getty Images)
Salah Abdeslam encourt la réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté incompressible, qui rend infime toute possibilité de libération (photo d'illustration).
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29.6.2022

La lecture du délibéré pourrait débuter «à partir de 17h00», a annoncé le président Jean-Louis Périès lundi en fin de matinée, avant que la cour d'assises spéciale ne se retire pour délibérer dans un lieu tenu secret après 148 jours d'audience.

Avant cela et devant une salle comble du palais de justice de Paris, elle avait donné la parole pour la dernière fois aux 14 accusés présents - six autres dont cinq hauts cadres de l'Etat islamique présumés morts sont jugés en leur absence.

«Je ne suis pas un assassin, je ne suis pas un tueur», a soutenu depuis le box le principal d'entre eux, Salah Abdeslam, réitérant ses excuses «sincères» aux victimes.

«L'opinion publique pense que j'étais sur les terrasses avec une kalachnikov, occupé à tirer sur des gens, l'opinion publique dit que j'étais au Bataclan. Vous savez que la vérité est à l'opposé», a lancé à la cour le seul membre encore en vie des commandos qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis le 13 novembre 2015.

«Si vous me condamnez pour assassinats, vous commettrez une injustice», a asséné Salah Abdeslam.

«Sang des victimes»

L'accusation a requis à son encontre la peine la plus lourde prévue par le code pénal : la réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté incompressible, qui rend infime toute possibilité de libération.

Le Français de 32 ans a adopté au cours du procès «une stratégie de minimisation constante des faits», avaient estimé les trois représentants du parquet national antiterroriste (Pnat). Mais il a «bien tenté de faire exploser sa ceinture» le soir des attentats, et a «le sang de toutes les victimes sur ses mains».

Dans une plaidoirie visant à lui éviter cette «peine de mort lente», sa défense a rappelé que la sentence n'avait été prononcée que quatre fois, contre des hommes reconnus «psychopathes» et condamnés pour des crimes commis sur des mineurs («Pierrot le fou», Michel Fourniret, Nicolas Blondiau et Yannick Luende Bothelo).

Salah Abdeslam, qui a soutenu à l'audience avoir renoncé à actionner son gilet explosif «par humanité», n'est «ni psychopathe ni sociopathe», a martelé l'une de ses avocats, Me Olivia Ronen.

Il est un «exécutant déserteur», mais la sanction demandée est digne d'un «tribunal militaire» qui juge des «ennemis» et non «des accusés», a vilipendé son confrère Me Martin Vettes.

Me Ronen a dit mercredi matin sur France info attendre avec «espoir et inquiétude» le verdict pour son client et a appelé la cour à «faire la part des choses».

Pour le «symbole»

Six ans après une nuit de terreur qui a traumatisé la France et après un procès-fleuve marqué par les récits glaçants de près de 400 rescapés ou proches à la barre - sur près de 2'600 parties civiles - les avocats de la défense ont mis la cour en garde contre la tentation d'une «justice d'exception» guidée par l'émotion.

Au premier jour le 8 septembre, le président avait souhaité que le «respect de la norme» reste le «cap» de ce «procès historique», lui ont rappelé certains, plaidant contre les peines «d'élimination», de «vengeance» ou pour le «symbole» requises selon eux par le parquet.

«Je vous demande de faire un effort, celui de ne pas vous laisser glisser», a demandé Me Orly Rezlan.

«La justice n'est pas une arme de la colère», a exhorté Me Marie Violleau, avocate de Mohamed Abrini, «prévu» pour le 13-Novembre mais qui avait renoncé, comme il le fera quelques mois plus tard à Bruxelles.

Les peines demandées contre les 20 accusés vont de cinq ans d'emprisonnement à la perpétuité, notamment requise pour les «complices» des attentats, tous membres d'une même cellule jihadiste dont les commandos étaient «interchangeables» d'après les avocats généraux.

La perpétuité incompressible a également été demandée contre Oussama Atar, «cadre supérieur de la terreur» du groupe Etat islamique et commanditaire des attaques, présumé mort en Syrie.

Trois avocats ont plaidé l'acquittement pour leurs clients «innocents». «Je ne suis pas un terroriste», a répété l'un d'eux dans ses derniers mots à la cour lundi. «J'ai très peur de votre décision», a reconnu un autre entre deux sanglots.

«Le but d'un procès, c'est aussi de comprendre pour juger au mieux et délimiter les responsabilité de chacun et faire en sorte que (ce type d'attentats) n'arrive plus. J'espère que les magistrats arriveront à comprendre ce qu'il s'est passé et à appliquer au mieux le droit pour avoir les décisions les plus justes» a déclaré Olivia Ronen mercredi.