Enjeux cruciaux «La Suisse a tout intérêt à se montrer solidaire avec la Grèce»

Gregoire Galley, de retour d’Athènes

20.6.2024

Ambassadeur de Suisse en Grèce depuis septembre 2022, Stefan Estermann a pris le temps de répondre aux questions de blue News à Athènes. Le diplomate originaire de Rickenbach dans le canton de Lucerne a notamment évoqué les nombreux défis qui attendent le pays hellénique. Entretien.

En raison des conflits en Ukraine et à Gaza, la Grèce a gagné en importance stratégique.
En raison des conflits en Ukraine et à Gaza, la Grèce a gagné en importance stratégique.
IMAGO/ZUMA Wire

Gregoire Galley, de retour d’Athènes

20.6.2024

A quand remontent les relations diplomatiques entre la Grèce et la Suisse ?

«Elles ont été formellement établies en 1895 avec l’ouverture d’une légation à Patras puis d’une ambassade suisse à Athènes en 1954. Cependant, ces relations sont bien antérieures à tout cela. Elles datent, plus précisément, du début du 19ème siècle quand la Grèce s’est révoltée contre l’occupation ottomane. Cette volonté d’indépendance a soulevé un grand mouvement de solidarité avec les Grecs en Europe. La Suisse est rapidement devenue un épicentre de ce courant, ce qui a favorisé l’émergence de relations diplomatiques entre les deux nations.»

Comment qualifierez-vous les relations qu’entretiennent les deux pays aujourd’hui ?

«Nos relations diplomatiques sont vraiment excellentes. Nous partageons les mêmes valeurs de liberté, de justice et de démocratie. A juste titre, la Grèce se considère d’ailleurs comme le berceau de la démocratie. De plus, les Suisses et les Grecs s’admirent mutuellement. Pour preuve, plus de 500'000 helvètes voyagent chaque année en Grèce afin d’y passer leurs vacances. Quant aux Grecs, ils n’hésitent pas à venir étudier ou travailler en Suisse. Il y a donc énormément d’échanges entre nos deux pays.»

«La Grèce se dirige réellement vers un avenir économique plus stable»

Stefan Estermann

Ambassadeur de Suisse en Grèce

Pourrait-on tout de même trouver des points à améliorer à l’avenir, notamment en matière d’aide pour accueillir les migrants ?

«Comme la Grèce est un État aux portes de l’Europe, la Suisse a tout intérêt à se montrer solidaire avec ce pays au niveau des enjeux liés à la migration. Dans ce sens, nous avons mis en place un programme sur quatre ans afin de l’aider à mieux gérer les demandes d’asile et aussi à perfectionner ses structures d’accueil, principalement en ce qui concerne les migrants mineurs non accompagnés. Cela représente un défi commun que nous avons avec la Grèce. Même si cette dernière a fait passablement de progrès dans ce domaine, il y a encore des possibilités de s’améliorer.»

«Nos deux pays pourraient aussi mieux coopérer au niveau des énergies renouvelables. Il faut savoir que la Grèce fait de très grands efforts dans ce secteur ce qui pourrait profiter à la Suisse dans la mesure où elle possède des technologies de pointe et un certain savoir-faire en la matière.»

En 2008, la Grèce a connu une grave crise financière. Seize ans plus tard, comment se porte le pays sur le plan économique ?

«Les ménages ont extrêmement souffert de cette crise. Le PIB grec a chuté de manière dramatique à tel point qu’il est difficile de s’imaginer cela depuis la Suisse. Cependant, la situation est aujourd’hui devenue bien meilleure, notamment grâce à de nombreux efforts entrepris depuis quelques années pour stabiliser les finances publiques. Ainsi, la Grèce parvient de nouveau à attirer des investisseurs. Sa croissance est également au-dessus de la moyenne en Europe. Même si le chemin à parcourir reste encore long, la Grèce se dirige réellement vers un avenir économique plus stable, ce qui est positif pour tout le monde.»

L’année passée, la Grèce a été dévastée par de terribles incendies et de violentes intempéries. Les effets du changement climatique sont-ils davantage palpables dans cette région du monde qu’ailleurs ?

«Absolument ! La Grèce est directement impactée par les conséquences du réchauffement climatique. Outre les incendies et les sécheresses, le pays doit aussi gérer la consommation d’eau qui se fait de plus en plus rare. Un défi de taille puisque la Grèce dépend grandement du tourisme qui est un domaine qui utilise beaucoup d’eau. Elle se doit donc de rendre son activité touristique plus durable en ne misant pas exclusivement sur la saison estivale.»

«Même chose pour l’agriculture qui est aussi un secteur très important pour l’économie grecque. En revanche, même si la situation est préoccupante, je crois que le gouvernement a bien pris conscience de ces enjeux. Dans ce sens, il a placé le développement des énergies renouvelables au centre de son action.»

Autre sujet important : les guerres en Ukraine et au Proche-Orient. Quels sont les effets de ces conflits sur la Grèce ?

«En raison des guerres en Ukraine et à Gaza, la Grèce est devenue un lieu encore plus stratégique. Plus globalement, elle se trouve dans une zone de turbulences entre les Balkans, le Proche-Orient et l’Afrique du Nord. En tant qu'Etat sûr, elle veut contribuer à la stabilité de cette région. En outre, la Grèce est particulièrement affectée par les événements qui se passent en Ukraine car une minorité autochtone grecque est établie depuis l’Antiquité dans le sud de ce pays.»

Membre de l’Otan, la Grèce abrite de nombreuses bases navales et militaires stratégiques de l’organisation. Y note-t-on des changements ou agitations depuis le commencement des conflits en Ukraine et à Gaza ?

«Effectivement, la Grèce a gagné en importance géopolitique. Le développement du port d’Alexandroupoli situé au Nord du pays ainsi que les bases en Crête en sont la preuve. D'autre part, le port du Pirée souffre de l'instabilité au Moyen-Orient, car il est une escale importante pour le transport maritime qui passe par le canal de Suez.»