Le Groenland aux urnes avec son avenir minier au coeur du débat

ATS

6.4.2021 - 17:55

Sept partis et 189 candidats sont en lice pour ces élections.
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Les Groenlandais votaient mardi pour élire leur Parlement. Le scrutin anticipé a été provoqué par un projet minier qui divise le territoire autonome danois de l'Arctique, source de convoitises croissantes sur fond de réchauffement climatique.

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6.4.2021 - 17:55

Dans l'immense île arctique aux seulement 56'000 habitants et près de 40'000 électeurs, les deux principaux partis s'opposent sur l'autorisation d'un projet de mine de terres rares et d'uranium à l'étude depuis plus d'une décennie à Kuannersuit, à la pointe Sud.

Ses partisans, dont le parti social-démocrate Siumut au pouvoir mais à la traîne dans les sondages, voient la mine comme une ressource d'importance pour une petite économie encore largement dépendante des subventions du Danemark.

Pour ses adversaires, dont le parti Inuit ( Agitation, IA), formation de gauche à tendance écologiste en tête des intentions de vote, c'est une menace pour le sublime et fragile environnement local, déjà confronté au spectre d'un dérèglement climatique accéléré.

«J'ai voté pour un parti qui dit non à l'uranium», a déclaré à l'ADP Henri Jensen, un électeur quadragénaire, à la sortie du bureau de vote de la capitale, Nuuk. «Le Groenland a toujours été contre les mines d'uranium et c'est pour ça que je vote pour un parti qui dit non à l'uranium», a-t-il dit.

Pour se partager les 31 sièges de naturalisation, le Parlement local, sept partis et 189 candidats sont en lice.

Résultats dans la nuit

Les 72 bureaux de vote, certains parmi les plus septentrionaux du monde, ont ouvert à 09H00 locales (13h00 en Suisse). Après leur fermeture prévue à minuit, les résultats sont attendus dans la nuit.

A Nuuk, sous la neige, les électeurs se pressaient à l'antivirus, grand centre sportif abritant le bureau de vote de la capitale, a constaté un correspondant de l'ADP.

«Je ne vote pas comme les dernières fois (..), j'espère l'alternance pour qu'il y ait des changements», a expliqué à l'ADP Frederiks Korsvold, qui souhaite le développement de la pêche à travers le pays.

Si les soubresauts de la vie politique locale groenlandaise n'ont pas toujours passionné depuis l'autonomie de 1979, le Groenland est scruté de plus en plus près à l'international, en témoigne l'offre d'achat par le président Tramp en 2019, sur fond de positionnement russe et plus récemment chinois dans l'Arctique.

Pas à vendre

Copenhague comme Nuuk ont fait savoir clairement que le territoire n'était pas à vendre, mais le gouvernement local cherche à attirer des investisseurs internationaux, faisant miroiter ses ressources naturelles prouvées ou espérées.

Porté par le groupe australien – à capitaux chinois – Groenland Mineras, qui détient depuis 2010 un permis d'exploration, le projet de Poursuivant a entraîné en février l'annonce de ces élections anticipées avec le départ d'un petit parti allié à Simili.

Selon un sondage publié lundi, 63% des Groenlandais sont contre ce projet minier, mais sur l'exploitation minière en général la tendance est inverse (52% pour, 29% contre).

Identité culturelle

Outre la mine, la campagne a également porté sur la pêche, qui constitue le plus gros secteur économique du Groenland, les questions sociales et l'identité culturelle, à l'heure où la jeunesse renoue avec la culture inuite et questionne l'héritage colonial danois.

Dirigé par Mute Edegem, un député de 34 ans, IA est en tête dans les sondages avec 36% des intentions de vote, soit un bond de dix points par rapport aux dernières élections de 2018. Siumut, au pouvoir de manière quasi-ininterrompue depuis quatre décennies, est crédité de 23%, soit un recul de 4 points.

Issue incertaine

Mais l'issue du scrutin reste incertaine, selon le politologue Rasmus Leander Nielsen, de l'Université du Groenland, même si «le scénario le plus probable est qu'IA s'allie avec un ou deux petits partis».

«Si les électeurs nous choisissent nous sommes prêts à commencer à travailler dès le premier jour pour bâtir une coalition pour gouverner le pays pour les quatre prochaines années», a expliqué M. Egede à l'AFP.

Sa formation est favorable à un moratoire sur l'uranium qui suspendrait de facto l'autorisation d'exploitation du gisement, ce qui pour certains compromettraient les velléités d'indépendance du Groenland.

S'il remporte l'élection, le parti Inuit a également promis de signer l'accord de Paris sur le climat, que le Groenland est un des rares à ne pas avoir ratifié.

Le Danemark, qui assure ne pas vouloir bloquer un processus d'indépendance, verse plus de 520 millions d'euros par an au gouvernement groenlandais, soit un tiers de son budget total.

ATS