Macron prône la désescalade, Johnson reste ferme

ATS

31.10.2021 - 21:05

Après des semaines de tension croissante, Emmanuel Macron a proposé dimanche à Boris Johnson de travailler à «la désescalade» dans la crise de la pêche entre la France et le Royaume-Uni, qui affirment tous deux être dans leur bon droit dans cette dispute post-Brexit.

Le rapport établi par deux commissions parlementaires pointe du doigt des erreurs commises non seulement par le gouvernement de Boris Johnson mais aussi par les scientifiques qui le conseillaient (archives).
Boris Johnson est resté ferme et n'a pas confirmé s'être entendu avec Emmanuel Macron sur la voie d'une solution.
KEYSTONE/EPA/NEIL HALL

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31.10.2021 - 21:05

«La balle est dans le camp des Britanniques», a affirmé le président français devant la presse quelques heures après s'être entretenu en tête à tête avec le Premier ministre britannique en marge du sommet du G20 à Rome.

«J'espère qu'il y aura demain une réponse britannique», a-t-il ajouté. Sinon, a-t-il averti, les premières mesures de rétorsion préparées par la France seront mises en place dès mardi.

Les discussions s'annoncent donc très serrées alors que les deux dirigeants se retrouvent lundi à Glasgow (Royaume-Uni) pour le début de la COP26 sur le climat.

De son côté, Boris Johnson est resté ferme et n'a pas confirmé s'être entendu avec Emmanuel Macron sur la voie d'une solution.

«Sur le poisson, je dois vous dire que la position n'a pas changé», a-t-il déclaré lors de sa conférence de presse finale, en soulignant que la discussion avait été «franche».

Son porte-parole a toutefois précisé: «si le gouvernement français vient avec des propositions pour atténuer les menaces qu'il a faites, nous les accueillerons favorablement».

L'accord du Brexit, conclu in extremis fin 2020 entre Londres et Bruxelles, prévoit que les pêcheurs européens puissent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques à condition de pouvoir prouver qu'ils y pêchaient auparavant. Mais Français et Britanniques se disputent sur la nature et l'ampleur des justificatifs à fournir.

Pour faire baisser la tension, Emmanuel Macron a proposé que les deux pays s'entendent sur «une méthode» pour que «des mesures pratiques et opérationnelles soient prises le plus vite possible», selon l'un de ses conseillers. Elles passent, selon lui, par une «évolution progressive» sur le nombre et la clarification des licences accordées aux pêcheurs français pour frayer dans les eaux britanniques, notamment des îles anglo-normandes.

«Une solution» est possible car le différend ne porte que sur «quelques dizaines de bateaux» français, a souligné la présidence française.

«Un pays que j'aime»

Si aucune avancée n'est constatée d'ici mardi, Paris menace d'appliquer l'interdiction aux navires de pêche britanniques de débarquer leur cargaison dans les ports français et le renforcement des contrôles douaniers de camions.

Ces décisions ont été jugées «disproportionnées» par Londres qui, fait rare, a convoqué l'ambassadeur de France et menacé, en représailles, de renforcer le contrôle de navires européens dans ses eaux.

Boris Johnson a déclaré avoir été «perplexe» de lire une lettre du Premier ministre Jean Castex, révélée par Politico, où le chef du gouvernement français estime qu'il est «indispensable de montrer clairement aux opinions publiques européennes que le respect des engagements souscrits n'est pas négociable et qu'il y a davantage de dommages à quitter l'Union européenne qu'à y demeurer».

«Je ne crois pas que ce soit compatible avec l'esprit ou la lettre» de l'accord de Brexit, a réagi le Britannique.

La présidence française a de nouveau insisté sur le fait que de telles affaires n'étaient pas des «sujets franco-britanniques» mais des «affaires post-Brexit qui se traitent entre l'UE et le Royaume-Uni». Emmanuel Macron a affirmé avoir le soutien de la Commission et des autres pays de l'UE sur ce dossier, même si certains d'entre eux, comme l'Allemagne, ont exprimé leur inquiétude que la crise ne dégénère davantage.

Malgré l'actuel climat de tensions bilatérales, liées essentiellement à la mise en oeuvre du Brexit mais aussi aux traversées illégales de migrants de la Manche et à l'affaire des sous-marins australiens, tant Boris Johnson qu'Emmanuel Macron ont insisté sur l'importance des liens entre leurs deux pays. Le Royaume-Uni «est un pays que je connais bien et que j'aime comme, je crois, Boris Johnson aime la France», a souligné le Français.

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