Le candidat de gauche Boric l'emporte

beko

19.12.2021 - 23:49

Le candidat de gauche Gabriel Boric a remporté dimanche le second tour de l'élection présidentielle au Chili, une victoire écrasante sur son adversaire d'extrême droite, José Antonio Kast. Ce dernier a officiellement reconnu sa défaite.

Gabriel Boric, député depuis 2014, dirige une coalition de gauche avec le parti communiste. Il se présente comme le candidat du changement (archives).
ATS

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19.12.2021 - 23:49

C'est un triomphe qu'enregistre la coalition de gauche dans ce duel inédit depuis le retour à la démocratie en 1990 entre deux candidats aux projets de société diamétralement opposés. Selon les résultats officiels définitifs, M. Boric, qui, à 35 ans, avait tout juste l'âge pour se présenter, l'emporte avec près de 56% des voix contre 44% à M. Kast.

La participation approche les 55%, un plus haut historique depuis que le vote n'est plus obligatoire en 2012. Au premier tour, elle était de 47%, lorsque José Antonio Kast, soutenu par l'ensemble de la droite chilienne, était arrivé en tête (27,9% contre 25,8%)

Cet admirateur de la dictature d'Augusto Pinochet avait séduit dans les quartiers huppés de Santiago du Chili et parmi les classes populaires à l'extérieur de la capitale, en répétant qu'il était le candidat de «l'ordre, de la justice et de la sécurité».

Grande réforme fiscale annoncée

Mais c'est avec son projet d'Etat-providence, un changement d'ampleur dans le pays considéré comme le laboratoire du libéralisme en Amérique latine, que Gabriel Boric l'emporte en ralliant autour de lui la classe moyenne à moyenne supérieure, essentiellement à Santiago.

Gabriel Boric entend promouvoir une grande réforme fiscale pour faire participer les plus riches – les 1% des Chiliens détiennent 26,5% des richesses, selon une agence de l'ONU – à son programme de meilleur accès à la santé, à l'éducation et à la création d'un nouveau système de retraite, aujourd'hui entièrement privé.

José Antonio Kast a tenu à féliciter Gabriel Boric: «Il mérite tout notre respect. Beaucoup de Chiliens lui ont fait confiance», a-t-il déclaré après avoir reconnu sa défaite sur son compte officiel Twitter.

«Dans la mesure de nos possibilités, avec nos différences légitimes, nous voulons être une contribution pour notre pays. Nous devons unir les Chiliens [...] retrouver la foi en notre extraordinaire pays», a-t-il ajouté.

Concert d'avertisseurs

Un concert de klaxons a résonné dans les rues de la capitale aussitôt après que M. Kast a reconnu sa défaite. Une grande fête s'apprête à durer toute la nuit tant le retour d'une certaine forme de la politique de Pinochet était crainte parmi la population.

Le président sortant Sebastián Piñera, qui a dû affronter un mouvement social d'ampleur à la fin 2019, a félicité dans une discussion vidéo le nouveau chef de l'Etat élu, qui prendra officiellement ses fonctions le 11 mars.

«Je veux que vous et le peuple sachent que je ferai de mon mieux pour relever ce formidable défi et que notre pays est à son meilleur lorsque nous sommes unis», a dit M. Boric, assurant vouloir être «le président de tous les Chiliens et Chiliennes».

M. Piñera a répondu au président élu que «l'histoire nous a appris que lorsque nous nous divisons en guerres fratricides, les choses finissent toujours mal. Tout le Chili espère [...] qu'il y aura un très bon gouvernement pour le Chili et les Chiliens». Dans les rues, une foule en liesse laissait exploser sa joie.

Beaucoup de changements attendus

«Je suis heureux, parce qu'il va y avoir beaucoup de changements qui vont aider le peuple et la classe ouvrière, les oubliés, qui sont les plus importants dans le pays», a déclaré Luis Astorga, 58 ans, ouvrier du bâtiment descendu dans les rues fêter la victoire.

«C'est une lutte qui dure depuis de nombreuses années, depuis nos parents et nos grands-parents et nous continuons à lutter contre tout ce que Kast signifie au Chili», dit Daniela, une serveuse de 27 ans. «Nous, les jeunes, devons faire avancer les choses. J'ai foi en lui. Je crois en ce qu'il dit».

«Je pleure de joie. Nous avons battu le fascisme. C'était comme une naissance. Je vais rentrer à la maison, je vais serrer mes enfants dans mes bras et boire une bière», a lancé Jennie Enriquez, 45 ans, employée de pharmacie.

«Les jeunes ont compris qu'il fallait changer les choses et qu'un candidat comme José Kast était très dangereux. Les jeunes sont descendus dans la rue et ont montré qu'il y a des demandes qui doivent être satisfaites», estime Pedro Carballeda, 19 ans, étudiant en droit.

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