Prison à vie pour le meurtre du journaliste d'origine arménienne

ATS

26.3.2021 - 16:18

Un tribunal d'Istanbul a condamné vendredi quatre personnes, dont deux anciens chefs de la police, à la prison à vie pour l'assassinat du célèbre journaliste turc d'origine arménienne Hrant Dink. Ce verdict a déçu la famille de la victime.

Turquie: prison à vie pour le meurtre du journaliste d'origine arménienne Hrant Dink

Turquie: prison à vie pour le meurtre du journaliste d'origine arménienne Hrant Dink

Un tribunal d'Istanbul a condamné vendredi quatre personnes, dont deux anciens chefs de la police, à la prison à vie pour l'assassinat du célèbre journaliste turc d'origine arménienne Hrant Dink. Un verdict qui a déçu la famille de la victime.

26.03.2021

ATS

26.3.2021 - 16:18

Hrant Dink a été tué par balles en 2007 à Istanbul devant les locaux d'Agos, l'hebdomadaire bilingue turc-arménien qu'il dirigeait. Signe du choc qu'a suscité le meurtre de ce journaliste de 52 ans oeuvrant à la réconciliation entre Turcs et Arméniens, plus de 100'000 personnes ont défilé le jour de ses obsèques.

Commanditaires

L'auteur des coups de feu, Ogün Samast, mineur au moment des faits, a été condamné en juillet 2011 à 23 ans de prison. Mais la famille de Dink appelait depuis plusieurs années à retrouver les commanditaires, ne croyant pas à la thèse d'un acte solitaire.

Après plusieurs années de procédures tortueuses, un tribunal d'Istanbul a condamné vendredi les ex-chefs de la police Ali Fuat Yilmazer et Ramazan Akyürek, ainsi que deux ex-responsables de la gendarmerie, Yavuz Karakaya et Muharrem Demirkale, à la prison à vie.

Selon les médias, 24 autres prévenus ont été condamnés à diverses peines de prison à l'issue de la 131e audience de ce procès dans lequel 77 personnes étaient mises en accusation.

Hrant Dink a été tué par balles en 2007 à Istanbul devant les locaux d'Agos, l'hebdomadaire bilingue turc-arménien qu'il dirigeait (archives).
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Mais de nombreux responsables des forces de sécurité, dont d'anciens chefs de la police d'Istanbul et de Trabzon (nord-est), accusés par la famille de la victime d'être impliqués, ont été acquittés pour «prescription des faits».

«Pas convaincant»

Les avocats de la famille avaient pourtant soumis à la cour des éléments indiquant que ces chefs de la police avaient été informés du projet d'assassinat de M. Dink, mais n'avaient pris aucune mesure pour l'empêcher.

L'avocat de la famille de Dink, Hakan Bakircioglu, a annoncé qu'il ferait appel du verdict qu'il estime avoir abouti à «l'acquittement erroné de plusieurs personnes dont la responsabilité dans l'assassinat a été révélée avec des preuves».

Pour la famille de Dink, le verdict n'est pas «convaincant» et ne prend pas en compte «les mécanismes» qui ont mené à l'assassinat.

«L'assassinat s'est produit au bout de trois ans de menaces et de ciblage avec l'implication de l'état-major, de politiciens, de la justice, de médias (...) Un procès qui ne prend pas en considération tout ce mécanisme ne peut nous convaincre ni nous, ni l'opinion publique», a réagi la famille dans un communiqué.

Elle a aussi reproché à la Cour d'ignorer le rôle du racisme dans le crime. «Peut-on dire que son identité arménienne n'a joué aucun rôle dans son assassinat ?», a-t-elle demandé.

«Goût amer»

Pour des défenseurs des droits humains, le procès, en dépit de sa longueur, n'a pas permis d'élucider entièrement ce crime.

«Certains responsables ne sont toujours pas poursuivis. Cette justice partielle rendue au bout de 14 ans laisse un goût amer», a réagi le représentant de l'ONG Reporters sans frontières en Turquie, Erol Önderoglu.

«Nous ne savons toujours pas exactement par quels mécanismes le crime a été décidé et commis», a dénoncé Bulent Aydin, du groupe «Les Amis de Hrant Dink».

Les autorités turques affirment que ce meurtre a été piloté par le mouvement du prédicateur Fethullah Gülen, bête noire du président Recep Tayyip Erdogan après avoir longtemps été son allié, une version qui laisse de nombreux observateurs sceptiques.

Lors de la commémoration de l'assassinat en janvier dernier, la veuve du journaliste avait dénoncé une tentative d'occulter la responsabilité de l'Etat dans le crime.

«Dire 'je ne l'ai pas commis, mais c'est (l'organisation de Gülen) qui l'a fait', c'est comme dire 'ce n'est pas moi, mais ma main le coupable'», avait déclaré Rakel Dink.

ATS