Rapport accablant sur le conflit au Yémen

ATS

3.9.2019 - 13:53

Les experts mandatés par l'ONU reprochent de possibles crimes de guerre à toutes les parties au conflit au Yémen (archives).
Source: KEYSTONE/EPA/YAHYA ARHAB

Le conflit au Yémen a donné lieu en 5 ans à une «multitude» d'actes équivalant à des crimes de guerre, selon des experts mandatés par l'ONU. Dans leur rapport présenté mardi à Genève, ceux-ci ciblent toutes les parties et «une absence généralisée de responsabilité».

«Les preuves sont accablantes», a affirmé devant la presse le président du Groupe d'experts internationaux et régionaux (GEE) sur le Yémen, Kamel Jendoubi. Les parties mais aussi la communauté internationale partagent un «échec collectif».

Lancé en 2017 par le Conseil des droits de l'homme, le GEE met notamment en cause le gouvernement yéménite et la coalition, menée par l'Arabie saoudite, qui le soutient. Dans les conclusions de son second rapport qui portent jusqu'à juin dernier, il mentionne des «bonnes raisons» de penser que ces acteurs ont perpétré des attaques et des bombardements indiscriminés.

Ils auraient aussi été à l'origine de détentions arbitraires, de disparitions forcées, de viols, de torture et d'autres abus en violation du droit international. Des campagnes systématiques d'assassinats ciblés contre des opposants ont aussi été menées. De leur côté, les rebelles Houthis, qui contrôlent le nord du pays, se voient reprocher un certain nombre de ces mêmes crimes auxquels s'ajoutent aussi des enlèvements.

Les spécialistes ont fait suivre à la Haute commissaire aux droits de l'homme Michelle Bachelet une liste d'individus responsables de ces actes. Il faudra faire en sorte de préserver les preuves pour qu'elles soient utilisées par des instances criminelles, a fait remarquer un des trois membres du GGE, Charles Garraway.

Aucun territoire sûr

En revanche, le groupe ne recommande pas le type de mécanisme qui devrait être saisi. Parmi tous les scénarios, aucun «ne semble faisable actuellement», a précisé M. Garraway. Le Conseil de sécurité pourrait saisir la Cour pénale internationale (CPI), mais aucun «accord suffisant» entre ses membres n'est observé.

La population est largement affectée par les violences. «Les violations contre les civils yéménites se poursuivent sans relâche», a affirmé M. Jendoubi. Certains d'entre eux sont atteints dans des zones où les affrontements ne sont pas actifs, symbole d'un pays où aucun territoire n'est sûr, a-t-il ajouté.

Les experts dénoncent aussi les raids contre les infrastructures qui détériorent encore une situation humanitaire considérée comme la pire au monde par l'ONU. Ils sont inquiets par la probable volonté des parties de provoquer une famine. Environ 25 millions de Yéménites ont besoin d'une assistance humanitaire.

L'impunité «ne peut plus être tolérée», a insisté M. Jendoubi. «Les enquêtes impartiales et indépendantes doivent être habilitées à demander des comptes à ceux qui ne respectent pas les droits du peuple yéménite».

Les experts demandent aux acteurs de mettre un terme aux violations du droit international. Et d'appeler les pays comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou la France à ne plus vendre d'armes qui pourraient être utilisées dans le conflit. Cette situation contribue à la poursuite du conflit, déplore la membre du GEE Melissa Parke. La Suisse affirme elle ne plus exporter en Arabie saoudite du matériel qui pourrait être utilisé au Yémen.

Dizaines de milliers de victimes

Autre recommandation des trois spécialistes, le Conseil de sécurité de l'ONU devrait lui prendre en compte la question des droits humains dans le conflit au Yémen. Le rapport a été préparé avant les frappes de la coalition contre un centre de détention contrôlé par les Houthis près de la capitale Sanaa.

Ce raid a fait plus de 100 victimes, selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), dont des représentants s'étaient rendus à plusieurs reprises sur ce site. La coalition a affirmé ignorer la présence de détenus. Si son mandat est renouvelé en septembre par le Conseil, le GEE, avec lequel ni le Yémen ni l'Arabie saoudite n'a collaboré depuis un an, mènera des investigations sur ce bombardement.

Selon les trois experts, aucune donnée détaillée du nombre de victimes en 5 ans de conflit n'est crédible. Les 460'000 cas présumés de choléra sur les six premiers mois de l'année peuvent notamment être attribués aux différents acteurs. Le GEE ajoute toutefois encore que les violences ont fait au moins plusieurs dizaines de milliers de victimes, dont de nombreux civils.

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