Un héritier de Merkel se démarque de sa gestion sanitaire prudente

ATS

18.2.2021 - 07:56

Ne plus «traiter les citoyens comme des enfants»: présenté comme l'héritier d'Angela Merkel, le nouveau dirigeant de la CDU, Armin Laschet, prend ses distances avec la gestion sanitaire de la chancelière. Cette position lui vaut un procès en «populisme».

Elu il y a un mois à la tête du parti chrétien-démocrate CDU, Armin Laschet peine encore à décoller dans les sondages et à s'imposer comme candidat conservateur à la chancellerie (Archives).
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Elu il y a un mois à la tête du parti chrétien-démocrate CDU, M. Laschet peine encore à décoller dans les sondages et à s'imposer comme candidat conservateur à la chancellerie, à sept mois des élections qui marqueront la fin de l'ère Merkel. Le favori des sondages, le populaire Bavarois Markus Söder, continue lui de semer de petits cailloux vers une candidature.

La question de la candidature conservatrice devrait être tranchée entre les deux hommes après deux scrutins régionaux cruciaux mi-mars. Dans cette optique, M. Laschet, 60 ans jeudi, semble vouloir se démarquer de la prudence sanitaire prônée par la dirigeante allemande et M. Söder.

«On ne peut pas continuer à inventer de nouvelles limites pour empêcher la vie de se dérouler», a lancé M. Laschet lundi soir devant la commission économique de son parti dans le Bade-Würtemberg, un des deux Länder appelés aux urnes le 14 mars.

«Traités comme des enfants»

M. Laschet a ainsi remis en cause le seuil de 35 nouvelles infections pour 100'000 habitants, fixé par la chancelière et les dirigeants régionaux, en-deçà duquel de nouveaux assouplissements seraient possibles. «Nous ne pouvons pas mesurer toute notre vie uniquement avec des valeurs d'incidence», a-t-il lancé, fustigeant une tendance à «traiter les citoyens comme des enfants».

M. Laschet «dit tout haut ce que beaucoup pensent», a renchéri le quotidien populaire Bild, volontiers critique de la politique sanitaire du gouvernement. Lui-même dirigeant de la région la plus peuplée d'Allemagne, la Rhénanie du nord-Westphalie, M. Laschet a pourtant participé le 10 février à la séance de négociations avec Mme Merkel et a soutenu ces mesures.

Gouvernement et dirigeants régionaux étaient alors convenus de prolonger les restrictions jusqu'au 7 mars, avec de possibles assouplissements pour les commerces non essentiels et musées notamment en-deçà d'une incidence de 35. Le taux s'élevait mercredi à 57 en Allemagne, avec trois Länder sous la barre des 50, dont Berlin.

«Coup tordu»

Le pays reste toutefois sur le qui-vive, avec des contrôles à plusieurs de ses frontières pour contrer les contagieux variants. Le variant britannique représente désormais plus de 20% des contaminations recensées en Allemagne, selon le ministre de la Santé, Jens Spahn.

Cette prise de distance avec la politique sanitaire allemande est soutenue par des cadres de la CDU, pour qui une «stratégie d'ouverture» se fait attendre, en tenant compte d'autres indicateurs que le seul taux d'incidence, tels que «la performance des centres de santé et hôpitaux».

Mais dans une année électorale chargée, cette sortie d'un candidat éventuel à la succession de Mme Merkel a donné du grain à moudre à ses adversaires, en particulier des sociaux-démocrates en légère hausse dans les sondages face à une droite qui s'effrite. Le secrétaire général du SPD, Lars Klingbeil, a ainsi dénoncé un «coup tordu» et le «populisme déplacé» de M. Laschet.

«Volte-face»

Plus inquiétant dans l'optique de la formation d'une coalition avec les écologistes en septembre pour diriger l'Allemagne, les Verts se sont eux aussi démarqués du dirigeant conservateur. M. Söder y est allé aussi de sa petite pique, estimant mercredi que «les voix de Merkel ne venaient qu'avec la politique de Merkel», toujours populaire après 15 ans à la chancellerie.

M. Laschet a commis une «erreur», estime le politologue Oskar Niedermayer (université libre de Berlin). «Le mécontentement croissant des électeurs a été causé par le chaos de la vaccination plutôt que par une désaffection vis à vis du confinement», explique-t-il à l'AFP. Cette «volte-face renforce encore son image d'homme politique sans ligne de conduite claire dans la gestion des crises».

M. Laschet avait déjà plaidé contre des mesures trop strictes lors de la première vague au printemps 2020, avant de changer d'avis face à la formation de plusieurs foyers de contamination dans sa région.

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