Frénésie

Une vague de lois pro et anti-avortement déferle sur les Etats-Unis

ATS

23.3.2022 - 08:15

Restrictives ou protectrices, des propositions de loi sur l'avortement déferlent par centaines sur les parlements des Etats américains en prévision d'une décision de la cour suprême susceptible de bouleverser le cadre légal en vigueur depuis près de 50 ans aux Etats-Unis.

epa09811453 People gather for a rally to protect abortion rights timed to coincide with International Women's Day in New York, New York, USA, 08 March 2022. The rally was aimed at recent US Supreme Court cases that the current court may rule on that would overturn pieces of the 1973 legal case of Roe vs. Wade upon which a woman's legal right to an abortion is founded in the country. EPA/JUSTIN LANE
Des personnes se rassemblent pour une manifestation visant à protéger le droit à l'avortement, qui coïncide avec la Journée internationale de la femme, à New York, New York, États-Unis, le 8 mars 2022.
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ATS

23.3.2022 - 08:15

Au total, 1844 mesures liées à la contraception et à l'avortement ont été introduites dans 46 Etats entre le 1er janvier et le 15 mars, a décompté l'institut de recherche Guttmacher, qui milite pour le droit des femmes à contrôler leur corps.

Creusant des écarts géographiques déjà marqués en matière d'accès aux interruptions volontaires de grossesses (IVG), les élus du sud et du centre du pays, des régions plus conservatrices et religieuses, rivalisent de mesures restrictives, quand ceux des côtes, plus progressistes, préparent des garanties pour préserver le droit à l'avortement dans leurs Etats.

Six juges conservateurs sur neuf

Cette frénésie a débuté quand la cour suprême, remaniée par l'ancien président américain Donald Trump, a laissé entendre qu'elle pourrait revenir sur son arrêt «Roe v. Wade» de 1973, qui garantit le droit des femmes à avorter pendant les deux premiers trimestres de grossesse.

En septembre, la haute juridiction, qui compte aujourd'hui six magistrats conservateurs sur neuf, a refusé de bloquer une loi du Texas interdisant les IVG après six semaines de grossesse.

«La classe politique a pris cela comme un feu vert pour avancer avec leurs propres lois anticonstitutionnelles et décime depuis l'accès à l'avortement, Etat par Etat, région par région», estime Alexis McGill Johnson, la présidente de l'organisation Planned Parenthood, qui gère de nombreuses cliniques pratiquant des IVG dans tous les Etats-Unis.

En décembre, la cour a envoyé un nouveau signal à la droite religieuse: lors de l'examen d'une loi du Mississippi, réduisant à quinze semaines le délai légal pour avorter, certains juges ont évoqué ouvertement la possibilité d'annuler l'arrêt «Roe v. Wade».

«On espère que la cour suprême va bientôt reconnaître que chaque Etat a le droit d'adopter des lois pour protéger les enfants à naître et leurs mères», a ensuite commenté Sue Liebel, une responsable de l'association anti-avortement SBA List.

Grossesses extra-utérines visées

Prenant acte avant l'heure de ce probable revirement, les élus locaux anti-avortement ont introduit 519 mesures restrictives depuis le début de l'année, selon l'institut Guttmacher. Certaines de ces propositions ont fait les gros titres, car elles vont très loin.

Dans le Missouri, un élu a ainsi proposé d'interdire de mettre un terme aux grossesses extra-utérines, bien qu'elles ne soient pas viables et mettent la patiente en danger. Un de ses confrères a suggéré d'empêcher aux femmes de cet Etat d'aller avorter ailleurs. Leurs textes n'en sont toutefois qu'à un stade préliminaire.

En revanche, l'institut Guttmacher relève que des propositions de loi s'attaquant aux délais légaux (Floride, Arizona, Virginie-Occidentale...) ou aux avortements médicamenteux (Dakota du Sud, Wyoming, Kentucky...) avancent vite.

Plusieurs Etats ont pour leur part copié la loi du Texas, qui incite les citoyens à poursuivre les médecins ou les cliniques pratiquant des avortements au-delà de six semaines en échange de milliers de dollars de «dédommagements».

L'Idaho a adopté il y a quelques jours une loi de ce style, qui n'attend plus que la signature du gouverneur. L'Oklahoma, le Missouri et le Wisconsin ont des textes comparables sur les rails.

Référendum

Deux jours après l'adoption de la loi de l'Idaho, le gouverneur démocrate de l'Etat voisin a signé un texte qui ressemble fort à une riposte.

Celui-ci écrit noir sur blanc que médecins, infirmiers ou tout autre personnel médical pratiquant des IVG ne pourront jamais être poursuivis dans l'Etat de Washington.

Même si aucun texte local ne les menaçait, «cette loi est nécessaire, en ces temps périlleux pour la liberté de choix», a justifié le gouverneur Jay Inslee.

Dans les autres Etats démocrates, les élus anticipent aussi la fin des garanties fédérales. L'Etat du Vermont a ainsi adopté un amendement à sa constitution pour graver dans le marbre le droit à l'avortement. Il sera soumis à référendum lors des élections de novembre. Le Maryland avance dans le même sens.

Au total, selon Planned Parenthood, plus de 100 textes ont été introduits par «les champions» du droit à l'avortement.

ATS