Arts vivants

Le Théâtre populaire romand marque le coup pour ses 60 ans

bu, ats

4.9.2021 - 11:01

Tandis que la scène théâtrale romande est en pleine effervescence dans l'Arc lémanique et le canton du Jura, le Théâtre populaire romand (TPR) de la Chaux-de-Fonds fête ses 60 ans ce week-end. Au menu: concerts, risotto géant et thé dansant.

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4.9.2021 - 11:01

Anne Bisang, directrice du Théâtre populaire romand (archives).
ATS

«Cette effervescence, c'est une très bonne nouvelle», avance la directrice du TPR et metteure en scène Anne Bisang à Keystone-ATS. «Cela met un coup de projecteur sur la pratique du théâtre, un art qui est parfois considéré comme moins populaire que d'autres alors qu'il y a une vraie vitalité en Suisse romande.»

Billie Bird et Louis Jucker

Le TPR marque ce week-end ses 60 ans en toute simplicité. «Normalement 60 ans, on ne les fête pas», sourit Anne Bisang. Mais elle n'a pas résisté à ce clin d'oeil. L'occasion aussi de faire la fête: «Ces moments nous ont tout de même manqué l'année dernière.»

Est-ce qu'Yvette Théraulaz, une des comédiennes emblématiques du TPR à ses débuts, sera là? «Je l'espère vraiment», répond la directrice. Samedi, les amateurs pourront écouter les concerts de la Lausannoise Billie Bird et du Chaux-de-Fonnier Louis Jucker. Dimanche, un risotto géant leur sera servi avant un 'Thé dansant sixties'.

Quand le TPR a été créé le 1er août 1961 par Charles Joris, Bernard Liègme et Roger Jendly, le théâtre se disait politique. «Nous étions persuadés que le théâtre pouvait changer le monde», expliquait Yvette Théraulaz à la RTS.

Théâtre citoyen

Qu'en reste-il aujourd'hui? «Je dirais que l'esprit d'un théâtre citoyen est resté», poursuit la Genevoise, à la tête du TPR depuis 2013. Pour elle, le théâtre est un outil de connaissance et de questionnement: «On n'est pas exclusivement dans le divertissement.»

Elle profite de cet anniversaire pour lancer «Belle constellation»: l'idée est de créer un collectif d'artistes de la région avec qui elle va travailler à plusieurs occasions pendant la saison et sur la durée.

Pour la nouvelle saison, Anne Bisang, primée par le Prix suisse du Théâtre en 2018, visse sa casquette de metteure en scène pour deux spectacles: «Qui a peur de Virginia Woolf», qu'elle avait déjà monté la saison dernière au Théâtre de Poche à Genève et «L'Art de la comédie». «Au fond, c'est la meilleure façon d'intégrer les artistes et les artisans du spectacle de la région que de les engager directement dans mes créations.»

Un théâtre de création

Le TPR propose une trentaine de spectacles cette saison, dont la moitié sont des créations ou des co-productions. La scène neuchâteloise collabore avec des théâtres romands, mais aussi avec le centre dramatique national de Besençon sous le label «Mouvement perpétuel», auquel la Comédie de Genève – qu'Anne Bisang a dirigée pendant 12 ans – participe.

Les directrices et directeur de ces trois scènes développent des projets de co-réalisation avec des grands artistes internationaux. L'une d'entre elles est la metteure en scène brésilienne Christiane Jatahi, qui a présenté sa dernière création cet été au festival d'Avignon, «Entre chien et loup», avant de passer à Genève.

Anne Bisang pilote les trois salles du TPR à la Chaux-de-Fonds. «Beau Site» est le lieu où les créations sont montées: une salle de 200 places avec un plateau «très contemporain», des ateliers de construction de décor et une salle de répétition: «C'est vraiment une petite fabrique de théâtre.»

À l'«Heure Bleue», le TPR y fait plus volontiers des accueils de spectacles créés ailleurs. Cette salle à l'Italienne, datant de 1837, est, avec le théâtre de Bellinzone, le seul théâtre de cette époque encore actif en Suisse.

Le TRP est encore responsable de l'un des «joyaux de la ville», la «Salle de musique», que l'institution neuchâteloise gère (technique et entretien), mais n'y programme que «très, très rarement» des spectacles. «C'est une salle dévolue à la musique acoustique», dont la programmation est dans d'autres mains.

Neuchâtel n'a pas d'école de théâtre, mais le TPR tient une classe pré-professionnelle avec des élèves qui iront ensuite à la Manufacture à Lausanne, à l'Ecole Dimitri au Tessin ou encore dans des écoles en France et en Belgique.

Mue institutionnelle

Le TPR vient de vivre une grande mue institutionnelle: la direction générale du théâtre neuchâtelois n'est plus tenue par l'administration, mais a basculé à nouveau du côté de l'artistique. Anne Bisang pilote le bateau et vient d'être rejointe le 1er septembre par une nouvelle secrétaire générale Pierrine Guillaume-Gentil. Le trio ne serait pas complet sans le directeur technique, André Simon-Vermot.

«C'est au fond un retour aux sources», conclut la femme de théâtre. «Je dirais que l'on remet les choses dans un ordre qui fait sens et qui est en réalité ce qu'on voit le plus fréquemment dans les théâtres de création en Suisse romande ou en France.»

bu, ats