Du millet pour résister au changement climatique

uc, ats

2.2.2021 - 15:49

L'introduction de céréales résistantes à la sécheresse comme le millet a permis aux habitants de la Suisse occidentale de s'adapter au changement climatique survenu à l'âge du Bronze, selon une étude internationale avec participation suisse. Malgré la présence de lacs et de rivières, l'alimentation était principalement d'origine terrestre.

Les chercheurs ont observé un changement radical des habitudes alimentaires suite à l’introduction de nouvelles céréales.
KEYSTONE

L’âge du Bronze (2200 à 800 avant J.-C.) marque une étape décisive dans l’orientation technologique et économique des sociétés de l’Ancien Monde, a indiqué mardi l'Université de Genève (UNIGE) dans un communiqué. Les populations sont confrontées au changement climatique, à l’ouverture des échanges et à une certaine augmentation démographique.

Une équipe de l’UNIGE et de l’Université Pompeu Fabra (UPF/Espagne) a mené des analyses isotopiques sur des squelettes humains et animaux et des restes végétaux. Les scientifiques ont ainsi découvert que l’utilisation d’engrais s’était démocratisée au fil du temps afin d’augmenter les récoltes pour faire face à l’expansion démographique.

Les chercheurs ont également observé un changement radical des habitudes alimentaires suite à l’introduction de nouvelles céréales comme le millet, selon cette recherche publiée dans la revue Plos One.

Sur des squelettes

Jusqu’ici, les reconstitutions de l’alimentation, de l’environnement et des pratiques de l’agriculture et de l’élevage à l’âge du Bronze ont été réalisées par l’archéobotanique et l’archéozoologie, mais ces méthodes ne fournissent que des informations générales.

«Pour la première fois, nous avons décidé de répondre à cette question de manière précise en analysant directement des squelettes humains et animaux, afin d’étudier les isotopes stables issus du collagène des os et de dents qui les constituent et définir leurs conditions de vie», indique Alessandra Varalli, chercheuse au Département des Sciences Humaines de l’UPF et première auteure de l’étude, citée dans le communiqué.

Un total de 41 squelettes humains, 22 animaux et 30 échantillons de plantes provenant de sites en Suisse occidentale et en Haute-Savoie (F), qui s’échelonnent du début à la fin de l’âge du Bronze, ont été étudiés.

Nourriture principalement terrestre

L'étude démontre premièrement qu’il n’y a pas de différence entre les régimes alimentaires des hommes et des femmes, et qu’il n’y a pas de changements remarquables de l’alimentation entre l’enfance et la phase adulte de ces individus.

«Concernant l’origine des protéines consommées, il a été constaté que bien que la Suisse occidentale bénéficie d’un lac et de rivières, l’alimentation était principalement tournée vers les animaux et les plantes terrestres, au détriment des poissons ou d’autres ressources d’eau douce», précise Alessandra Varalli.

«Lors de l’âge du Bronze ancien (2200 à 1500 avant J.-C.), l’agriculture était principalement fondée sur l’orge et le blé, des céréales d’origine proche-orientale cultivées dès le Néolithique en Europe», explique Alessandra Varalli. «Mais dès le Bronze récent-final (1300 à 800 avant J.-C.), nous constatons l’introduction du millet, une plante venue d’Asie qui pousse en milieu plus aride».

Davantage d'engrais

De plus, les isotopes de l’azote ont révélé une intensification de l’utilisation d’engrais. Ces deux découvertes semblent confirmer d’une part l’aridité générale qui sévissait en Europe à cette période, nécessitant une adaptation de l’agriculture, et, d'autre part, la densification des échanges entre les diverses cultures comme celle de l’Italie du Nord ou de la région danubienne.

Ces nouvelles céréales pourraient avoir joué un rôle important dans la sécurité de l’approvisionnement et peut-être favorisé l’augmentation de la population qu’on observe au Bronze final. Elles croissent en effet plus rapidement et supportent mieux la sécheresse, à une période où le climat était relativement chaud et sec. Des chercheurs des universités de Neuchâtel et d’Aix-Marseille (F) ont également contribué à ces travaux.

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