La recherche en paléontologie reflète un déséquilibre Nord-Sud

ATS

30.12.2021 - 22:29

La recherche en paléontologie, qui sonde la biodiversité passée, souffre d'un fort déséquilibre entre pays du Nord et du Sud, découlant en partie du colonialisme, selon une étude parue jeudi dans la revue scientifique Nature Ecology & Evolution.

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30.12.2021 - 22:29

Lionel Cavin, Conservateur Specialiste des Poissons Fossiles aux Museum d'histoire naturelle de la ville de Geneve, montre l'importante decouverte paleontologique d'un fossile d'une nouvelle espece de poisson Coelacanthe, ce vendredi 20 octobre 2017 a Geneve. Les fossiles de Coelacanthe decouverts par Christian Obrist, amateur eclaire qui travaillant depuis 20 ans avec une equipe de paleontologues suisses a decouvert des fossiles d'une nouvelle espece de poisson Coelacanthe remarquablement conserves dans les montagnes du Ducan, pres de Davos, a 2740 metres d'altitude. Ce sont des fossiles tres particuliers, vieux de 240 millions d'annees. (KEYSTONE/Martial Trezzini)
Image d'illustration 
KEYSTONE/Martial Trezzini

Au cours des trente dernières années, 97% des données fossiles mondiales ont été fournies par des chercheurs de pays à revenus élevés, principalement d'Amérique du Nord et d'Europe de l'Ouest.

Leurs travaux sont souvent menés dans les pays du Sud, sans impliquer les chercheurs locaux, une pratique de «parachutage» pouvant biaiser la compréhension de la biodiversité, selon cette étude statistique.

Cibles privilégiées de ce «parachutage»: des pays comme la République dominicaine et la Birmanie, prisés pour leurs fossiles préservés dans l'ambre, ou encore le Maroc, la Mongolie et le Kazakhstan, riches en vertébrés. Et de nombreux pays d'Afrique sub-saharienne.

Problème d'échantillonnage

«La paléontologie connaît un problème d'échantillonnage, avec trop de données dans certains endroits, pas assez dans d'autres», explique à l'AFP Nussaïbah Raja Schoob, de l'Université d'Erlangen-Nuremberg (Allemagne), co-autrice.

Elle s'est demandée si ces «biais» géographiques pouvaient avoir des explications socio-économiques et historiques. «Lorsque j'étais étudiante, un professeur nous avait présenté un graphique montrant qu'on pouvait déduire la quantité de fossiles d'un pays en fonction de son PIB. Cette image m'a marquée, j'ai voulu creuser», confie cette doctorante en paléobiologie.

Avec son équipe, elle a passé au crible la base de données «Paleobiology Database», référentiel mondial de plus de 220'000 collections fossiles d'espèces disparues (dinosaures, mollusques...). Résultat de cette étude: plus d'un tiers des contributions proviennent de chercheurs basés aux Etats-Unis, première puissance économique mondiale.

Suivent les scientifiques d'Allemagne, du Royaume-Uni et de France, chacun contribuant à hauteur de 10%. Et bien que majoritairement menés à l'étranger, leurs travaux ne sont que très peu, voire pas du tout, co-signés par des chercheurs des pays explorés.

Lien avec l'héritage colonial

L'étude établit un lien clair avec l'héritage colonial: un quart des recherches menées au Maroc, en Tunisie et en Algérie sont par exemple conduites par des Français.

Les sciences naturelles se sont beaucoup développées au XIXe siècle, à la faveur du colonialisme européen, analyse l'étude. «Les spécimens zoologiques et botaniques découverts durant les expéditions coloniales ont été renvoyés vers les musées des capitales impériales», écrivent les auteurs.

Ces pratiques ont laissé des séquelles, notamment parce que ces spécimens continuent d'être étudiés dans les pays du Nord, comme ces échantillons de plancton collectés par l'expédition océanographique du HMS Challenger de la Royal Navy (1858). Ou les fossiles que Charles Darwin ramena d'Afrique du Sud.

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