Les vaccins entraînent un flot ininterrompu de désinformation

ATS

5.12.2021 - 08:26

Phénomène mondial, la désinformation anti-vaccinale sur Internet alimente la méfiance des citoyens, contribuant ainsi à peser sur les campagnes de vaccination. L'axe principal des infox: exagérer ou inventer les effets indésirables pour faire croire que les vaccins sont plus dangereux que le Covid.

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5.12.2021 - 08:26

Secretary of State Colin Powell looks on as President Bush addresses State Department employees, Thursday, February 15, 2001 at the State Department in Washington. (KEYSTONE/AP Photo/Kenneth Lambert) === ELECTRONIC IMAGE ===
À la mort, à 84 ans, de l'ex-secrétaire d'Etat américain Colin Powell en octobre, doublement vacciné et décédé de complications dues au Covid-19, des publications assuraient que ce décès prouvait l'inefficacité des vaccins. Mais omettaient systématiquement de préciser qu'il souffrait de deux maladies graves.
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Chiffres mal interprétés

Les chiffres de pharmacovigilance servent de terreau inépuisable à la désinformation. Ces registres – publics en général – recensent des effets indésirables survenus chez des personnes vaccinées, mais sans qu'un lien de cause à effet ne soit établi.

Dans la plupart des pays, simples citoyens ou personnels de santé peuvent les signaler: à charge aux autorités de santé de déterminer si les vaccins sont en cause. Ainsi, le décès d'une personne vaccinée peut être signalé sans qu'il n'y ait de lien autre que chronologique.

De fait, seulement dans de très rares cas – sur des milliards de doses injectées – les autorités sanitaires ont estimé possible un lien de cause à effet (myocardites et péricardites, thromboses atypiques par exemple), mais le bénéfice/risque reste très largement favorable aux vaccins.

Malgré cela, d'innombrables publications très partagées sur les réseaux sociaux affirment régulièrement que les vaccins ont fait «des milliers de morts», captures d'écran de registres de pharmacovigilance à l'appui. Pour arriver même à la conclusion que le vaccin fait plus de morts que la maladie, comme le prétendaient des publications virales au début novembre à propos de Taïwan ou de l'Australie.

Spéculations sans fondement

«J'ai lu sur Internet et appris aussi dans la rue que ce vaccin rend stérile», affirmait récemment une Camerounaise à l'AFP. Une rumeur récurrente à laquelle l'AFP a consacré plusieurs articles de vérification.

Des experts du monde entier ont pourtant expliqué que cette idée ne repose sur aucune donnée scientifique et qu'il n'y a rien dans le vaccin qui rende stérile.

Autre danger faussement attribué aux vaccins anti-Covid-19: la maladie d'Alzheimer. Une spéculation là encore sans fondement scientifique, basée sur une pseudo-étude écrite par un militant anti-vaccin.

Apparue avant même la mise au point des vaccins, la théorie selon laquelle les vaccins à ARN messager modifierait notre génome a, elle aussi, connu un grand succès. Ce qui n'est pas possible, car l'ARN messager du vaccin ne va pas jusqu'au noyau de la cellule, où se trouve notre ADN.

Entre canulars et pseudo-sciences

Difficile de manquer en 2021 les innombrables vidéos TikTok de personnes se «collant» un aimant ou une cuillère sur le bras pour «prouver» que les vaccins à ARN messager rendent magnétique.

Cette rumeur repose sur deux théories fausses: d'une part que les vaccins contiendraient des puces magnétiques ou des substances métalliques et d'autre part qu'ils utiliseraient une technique appelée «magnétofection» utilisant des champs magnétiques pour transférer de l'ADN dans une cellule.

Mais de très nombreux scientifiques indépendants dans le monde entier ont expliqué que les vaccins ne contenaient rien de métallique. Qui plus est, pour qu'un aimant adhère à travers la peau, il faudrait un morceau de métal tellement gros qu'il passerait difficilement inaperçu...

Quant à la «magnétofection», c'est une piste expérimentée dans la recherche, qui n'a rien à voir avec les vaccins actuellement sur le marché.

Enfin, entre scotch double-face et sueur qui permet à une cuillère de coller quelques instants sur la peau, il est facile de confectionner une vidéo au succès assuré. Dans certaines publications, cette rumeur s'appuie sur une autre théorie, selon laquelle les vaccins contiendraient du graphène, elle aussi infondée.

Les décès de vaccinés célèbres

À la mort, à 84 ans, de l'ex-secrétaire d'Etat américain Colin Powell en octobre, doublement vacciné et décédé de complications dues au Covid-19, des publications (en anglais, en français, en espagnol, en portugais, en coréen...) assuraient que ce décès prouvait l'inefficacité des vaccins.

En omettant systématiquement de préciser qu'il souffrait de deux maladies graves: le myélome multiple, forme de cancer du sang qui affecte le système immunitaire, et la maladie de Parkinson.

Comme expliqué par les fabricants comme par les scientifiques, l'efficacité des vaccins est réduite chez les plus âgés et les personnes présentant d'autres pathologies, a fortiori lorsque le système immunitaire est affaibli.

En Guadeloupe, où l'opposition aux vaccins est virulente et le taux de vaccinés bien plus faible qu'en métropole française, le décès du musicien Jacob Desvarieux, du groupe Kassav, mort à 65 ans à la fin juillet du Covid-19, alors qu'il était vacciné a, lui aussi, alimenté la suspicion.

Une pétition diffusée sur Facebook affirmait que «le vaccin que vous souhaitez nous imposer par tous les moyens ne protège pas [...] et pourrait même dans certains cas aggraver la santé», sans préciser que le musicien présentait une fragilité depuis une greffe rénale.

ATS