Un regard peut nous faire perdre la notion du temps

uc, ats

20.4.2021 - 11:28

Lorsque nous entrons en contact visuel avec une autre personne, notre attention est directement sollicitée, et le temps paraît plus court qu’il ne l’est en réalité. Cette sous-estimation du temps ne se produit pas lorsque notre regard capte un objet non-social, selon une étude genevoise.

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20.4.2021 - 11:28

Focalisés sur un stimulus très important pour notre attention, nous sous-estimons le temps qui s’écoule et nous regardons l’objet plus longtemps que ce que nous imaginons. (image d'illustration)
KEYSTONE

Des chercheurs de l’Université de Genève (UNIGE) se sont intéressés à la manière dont nous percevons le temps, qui varie en fonction du traitement émotionnel ou attentionnel apporté au stimulus visuel.

«Il a été démontré que lorsque nos capacités émotionnelles doivent traiter un stimulus visuel déplaisant, par exemple si l’on nous demande d’évaluer le temps d’apparition d’une grosse araignée, nous allons surestimer le temps qui passe, en ayant l’impression qu’il s’écoule plus vite qu’en réalité», explique Nicolas Burra, chercheur à la Faculté de psychologie et des sciences de l’éducation et premier auteur de l’étude.

Notre capacité d’évaluation du temps est perturbée par la charge émotionnelle et s’accélère. Au contraire, lorsque le stimulus visuel est traité par l’attention, l’effet inverse se produit: focalisés sur un stimulus très important pour notre attention, nous sous-estimons le temps qui s’écoule et nous regardons l’objet plus longtemps que ce que nous imaginons.

«En analysant combien de temps une personne estime avoir croisé un regard, nous pouvons ainsi définir si le contact visuel établi entre deux personnes sollicite plutôt l’attention ou l’émotion», en déduit le chercheur genevois, cité mardi dans un communiqué de l'UNIGE.

Regards déviés contre contacts visuels

Pour cette étude, 22 participants ont vu défiler près de 300 visages représentant des interactions par le regard: soit des regards établissant un contact visuel direct – des yeux regardent dans le vide puis viennent accrocher le regard du participant –, soit des regards déviés – le même mouvement oculaire est effectué, mais les regards du visage et du participant ne se croisent jamais.

Durant 20 minutes, les participants ont évalué subjectivement les différentes durées de ces interactions sociales, sachant que dans la vie de tous les jours, les contacts visuels durent en moyenne une à deux secondes. «Alors que les regards déviés ne provoquent aucune distorsion de la perception du temps, nous avons constaté qu’au contraire, lorsque les regards se croisent, les participants sous-estiment systématiquement la durée de ces contacts visuels», relève Nicolas Burra.

Ceci démontre que le contact visuel n’impacte pas préférentiellement le système émotionnel, mais bel et bien le système attentionnel qui nous distrait de notre capacité à évaluer le temps.

Afin de vérifier ces résultats, les chercheurs de l’UNIGE ont effectué la même expérience avec d’autres participants, en utilisant cette fois-ci des objets non-sociaux qui effectuent les mêmes mouvements que les regards: aucune déformation de la perception du temps n’a été constatée. Idem lorsqu’un visage est statique. «Il semble donc qu’il faille non seulement un regard, mais ce regard en mouvement», souligne le neuroscientifique.

L’effet de distorsion du temps est par contre retrouvé en ne montrant aux participants que des mouvements d'yeux schématiques, ou encore des parties de regards en mouvement, sans le reste du visage, une situation qui se rapproche des interactions sociales avec un masque.

Mieux traiter certains troubles

Ce travail, publié dans la revue Cognition, devrait permettre d’évaluer puis d’intervenir plus précisément sur les processus attentionnels ou émotionnels chez les patients souffrant de troubles du traitement des stimuli sociaux, comme les personnes autistes, schizophrènes ou souffrant d’anxiété sociale.

L’équipe de recherche effectue actuellement cette expérience avec des enfants et des personnes âgées, afin d’observer l’évolution de ce traitement préférentiel du contact visuel par l’attention au travers de la vie.

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