Après-Covid douloureux à la Ferme-Asile (VS)

ATS

17.6.2020 - 08:57

L'historienne de l'art Véronique Mauron a été curatrice à la Ferme-Asile durant onze ans.
Source: Robert Hofer

La curatrice de la Ferme-Asile a été remerciée par la nouvelle direction. Un licenciement «d'une violence inouïe», en plein confinement. Véronique Mauron l'évoque avec retenue et retrace ces 11 ans «passionnants» au sein du centre culturel de Sion.

17 août 2009. Véronique Mauron s'en souvient comme si c'était hier. Nommée curatrice à la Ferme-Asile, elle descend du train qui l'amène de Lausanne et se rend dans le vaste espace culturel sédunois accompagnée de son prédécesseur et de la directrice d'alors.

«Il y avait eu des dégâts d'eau dus à de gros orages. Le mobilier était entassé dans un coin. La directrice Isabelle Pannatier m'a montré le petit bureau vert qui servait à toute l'équipe et m'a dit: 'on ne peut pas t'accueillir comme ça, nous allons le repeindre en blanc'«, raconte l'historienne de l'art à Keystone-ATS.

Cette première journée fut à l'image de l'aventure qui débutait: fraîche, joyeuse, ouverte sur tous les possibles. Pour illustrer sa relation avec le lieu, Véronique Mauron dit que son «cerveau s'est moulé Ferme-Asile. J'y pense tous les jours, même si je vis et travaille aussi à Lausanne. C'est pour cela que ce qui s'est passé est si dur...«.

«Aucune discussion»

Ce vendredi 22 mai 2020, le téléphone sonne vers 08h00. «Le président de l'association de la Ferme Asile Pierre-Christian de Roten m'annonce que l'organigramme va changer et que je suis licenciée. Que la directrice, tout récemment nommée pour reprendre la gestion et l'administration, va finalement reprendre le curatoriat et qu'un nouveau poste sera créé pour l'administration.»

«J'ai proposé de terminer fin 2021, en même temps que ma programmation d'expositions, mais il n'y a eu aucune discussion. Lors d'une brève rencontre, le président et la directrice Anne Jean-Richard Largey m'ont dit 'notre décision est prise'. La violence de l'éviction et l'usurpation de mon cahier des charges ont été d'une brutalité inouïe.»

«Donner un nouvel élan»

Pierre-Christian de Roten explique: «En tant que président, je devais permettre à la nouvelle directrice, désignée à l'unanimité par une commission, de donner un nouvel élan et une empreinte personnelle à la Ferme-Asile. A son arrivée, elle s’est rendu compte de l'ampleur du travail administratif et j'ai trouvé logique d'appuyer sa demande d’engager quelqu'un pour cela et d’assumer elle-même le curatoriat dans lequel elle excelle».

«Le comité de la Ferme-Asile était partagé quant à la décision, certes brutale, de ne pas renouveler le contrat de Véronique Mauron qui a fait un magnifique travail. Elle était selon moi nécessaire, même si humainement difficile», poursuit-il.

Pierre-Alain Zuber, cofondateur de la Ferme-Asile, membre du comité et artiste résident comprend «qu'une nouvelle directrice souhaite amener de nouvelles perspectives». Mais il «regrette que ce départ, qui a provoqué surprise et incompréhension, n'ait pas été négocié avec plus de sérénité et de reconnaissance, eu égard à l'engagement intense de Véronique Mauron et à la qualité de son activité de curatrice à la Ferme-Asile, reconnue maintenant comme un des lieux qui comptent au niveau suisse dans le domaine de l'art contemporain».

«J'aime les artistes peu maîtrisables»

Véronique Mauron, qui a roulé sa bosse dans le monde de l'art et a participé notamment à Expo.02 au côté de Nelly Wenger, connaît ses droits: «ils ont été bafoués, et bien au-delà de ce que je relate. Mais j'ai besoin de positiver pour avancer».

Elle l'assure, cet épisode «ne ternit pas ces années passionnantes, ces 40 expositions et tant d'artistes rencontrés»: Emmanuelle Antille, Omar Ba, Delphine Reist, Carmen Perrin, Pierre-Alain Zuber, Rudy Decelière, Berclaz de Sierre, Augustin Rebetez, Luzia Hürzeler, Pauline Julier, Alban Allegro, Camille Scherrer, ...

Il y a ceux qu'il faut couver de loin, ceux qu'il faut coacher de près, les solitaires, les débordants, les eaux dormantes qui cachent bien leur jeu. «Souvent je choisis des artistes peu maîtrisables, car j'aime être surprise. Je ne veux pas qu'ils remplissent la Ferme-Asile mais qu'ils l'habitent».

Pierre Rombaldi, ancien président de la Ferme-Asile, loue «l'excellente connaissance du milieu artistique suisse et l'impressionnant carnet d'adresses de Véronique Mauron. Je suis peiné par son licenciement».

Désormais, Véronique Mauron se concentrera sur ses recherches, ses projets artistiques et son enseignement universitaire. Et elle s'ouvrira à nouveau à tous les possibles.

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