Harcèlement par les pairs: la lutte s'organise 

Valérie Passello

16.6.2021

La Haute école pédagogique du Valais (HEP-VS), en collaboration avec le Centre interfacultaire en Droits de l’enfant (CIDE) de l’Université de Genève, propose un Certificat de formation continue en «études interdisciplinaires du harcèlement entre pairs» destiné aux enseignants romands et aux professionnels potentiellement concernés par cette problématique.

Une élève de CE1 travaille en classe, le 05 décembre 2011 à l'école privée Immaculée Conception de Seclin. AFP PHOTO PHILIPPE HUGUEN (Photo credit should read PHILIPPE HUGUEN/AFP via Getty Images)
L'observation du comportement des élèves peut donner des pistes aux enseignants quant à un éventuel cas de harcèlement par les pairs. (image d'illustration)
AFP via Getty Images

Valérie Passello

16.6.2021

Un surnom peu flatteur lancé au détour d'un corridor, un enfant qui s'isole des autres dans la cour ou qui oublie systématiquement ses affaires, une ambiance de classe qui se détériore: ce sont quelques-uns des signes qui peuvent alerter un enseignant sur un possible cas de harcèlement parmi ses élèves. Mais le phénomène n'est jamais simple et rarement facile à détecter ou à gérer.  

Afin de donner des outils aux enseignants romands, mais aussi aux professionnels pouvant être confrontés à la problématique de la violence entre pairs, une nouvelle formation voit le jour dès la prochaine rentrée, qui débouche sur un «Certificate of Advanced Studies» (CAS). 

Codirectrice du programme et professeure à la HEP-VS, Zoe Moody explique sur quelles bases s'appuie le projet: «Cela fait un moment que nous effectuons des travaux de recherche sur cette question. De nombreuses données scientifiques attestent de la prévalence du phénomène et de ses conséquences sur la scolarité et le développement individuel des élèves.» Ainsi, la nécessité d'agir s'impose. «Lors de la dernière recherche que nous avons menée, ajoute-t-elle, nous avons aussi constaté à quel point les enseignants étaient démunis face à cette thématique.»  

Détecter, puis intervenir judicieusement

Parmi les outils pratiques proposés lors de la formation, il est par exemple suggéré d'avoir recours à une grille d'observation. S'il repère un dysfonctionnement en classe, l'enseignant peut partir de l'hypothèse qu'un cas de harcèlement existe et noter dans une grille les signes qu'il identifie chez un ou plusieurs de ses élèves. S'il est important, le nombre de cases cochées lui donnera alors une bonne indication pour vérifier son hypothèse. Il conviendra alors d'agir, notamment en commençant par un entretien avec les parents.

Mais Zoe Moody prévient: «La thématique est très complexe et demande un traitement sur la durée. Le phénomène est marqué par la répétition et l'asymétrie entre la cible et le groupe -parfois nombreux- d'agresseurs. Une intervention peut présenter le risque d'empirer la situation en entraînant des représailles.»

Si une situation de violence -physique ou psychologique- est avérée, il faudra donc l'aborder de manière appropriée. Là encore, des méthodes existent, comme celle dite de «la préoccupation partagée». Plutôt que d'affronter l'auteur en l'incriminant directement, des questions ouvertes peuvent lui être posées.

Ce type de conversation permet de cerner les éléments sur lesquels il est possible de travailler, sans cibler l'élève, mais en s'attaquant à des perceptions ou des idées reçues, note la codirectrice du programme: «Si, par exemple, un élève dit qu'il considère un camarade comme un 'loser', on peut lui demander pourquoi et essayer de déconstruire cette conception. Il vaut mieux éviter une approche moralisante, jamais très constructive.»  

Une surcharge pour les enseignants?

Qui dit nouvelle formation dit bagage supplémentaire, mais également ajout de matière dans un programme déjà chargé pour les enseignants. Zoe Moody tempère toutefois: «En effet, lorsque nous avons mené des études auprès d'enseignants, cet élément est intervenu. Beaucoup craignaient d'avoir encore une chose de plus qui les empêche d'enseigner. Mais nos données indiquent que le harcèlement est vraiment lié au climat scolaire. Il entraîne des décrochages et des échecs chez les élèves, mais parfois aussi des cas de burn-out au sein du corps enseignant. Ainsi, une fois que ce type de problème est réglé, il y a davantage de place pour l'enseignement.»

À noter également que la problématique n'est pas uniquement l'affaire des enseignants, même s'ils sont souvent en première ligne. Elle nécessite une approche à plusieurs niveaux, l'action devant être coordonnée entre les différents acteurs, comme la direction de l'établissement, les personnes-ressource ou encore les parents.

Pour autant, viendra-t-on à bout du harcèlement, ou, tout du moins, parviendra-t-on à maîtriser le phénomène? «Le terme de 'maîtrise' est le bon, répond Zoe Moody. Identifier rapidement le harcèlement permet de le rendre plus éphémère. Les conflits font partie de la socialisation et peuvent avoir des effets positifs, il ne s'agit pas de les éliminer. L'objectif est plutôt d'éviter les répétitions: moins cela dure longtemps, moins graves sont les conséquences.» C'est donc bien une «boîte à outils» qui est fournie aux intéressés, afin que chacun puisse évoluer avec les autres de la manière la plus harmonieuse possible.

Pluridisciplinaire, la formation poursuit trois objectifs généraux: acquérir des connaissances et des compétences dans le domaine du harcèlement entre pairs, mettre en lien cette problématique avec les enjeux plus larges des droits de l’enfant et du «vivre ensemble» et développer une approche réflexive sur les pratiques professionnelles visant à favoriser un cadre propice aux apprentissages et au développement des élèves, à leur bien-être et à celui des professionnels qui les accompagnent.