Invitation à la rêverie avec Raphael Ritz au Pénitencier de Sion

zd, ats

24.10.2021 - 14:01

Peintre majeur pour le Valais du XIXe siècle, Raphael Ritz (1829-1894) est à l'honneur jusqu'au 5 juin au Pénitencier de Sion. Le temps pour le public de découvrir une exposition qui invite à l'introspection.

Celine Eidenbenz, directrice du Musee d?art du Valais, presente la peinture
Tableaux de Raphael Ritz 
KEYSTONE/Jean-Christophe Bott

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24.10.2021 - 14:01

Premiers tableaux: A côté d'une Saviézanne qui attend, rêveuse, accolée à une barrière, un bouquet en main, il y a la photo de Julie, la chair de poule apparente, les bras croisés qui serrent son pull à fleurs, devant ce qu'on devine être la plaine du Rhône. Elles sont chacune au seuil de leur monde. Le casque audio se met en marche: «Pour voir, il suffit de se tenir au bord...», souffle entre ces deux portraits la voix de l'artiste Sabine Zaalene, rythmée par des bruits de patins à glace.

«Comment entrer dans une oeuvre du XIXe siècle? Comment se rapprocher de ce quotidien qui y est dépeint? Comment montrer la modernité du peintre? C'est en voulant répondre à ces questions que la structure de l'exposition 'Raphael Ritz. Aujourd'hui' est née», raconte la directrice du musée d'art du Valais Céline Eidenbenz.

Une vingtaine de photographies contemporaines, dont la «Julie» de Corinne Vionnet, fonctionnent comme «la colonne vertébrale» de l'exposition», ajoute-t-elle. Elles sont «le point d'entrée» des 150 tableaux de Raphael Ritz présentés. Trouver des oeuvres qui se répondent et travaillent ensemble a été «un véritable défi», complète la commissaire de l’exposition, satisfaite de constater que si plus d'un siècle et demi sépare parfois les sujets qui y figurent, ils «se ressemblent étonnamment».

Le parcours sonore de Sabine Zaalene vient appuyer cette démarche en brisant la glace qui sépare visiteuses et visiteurs de l'univers de Raphael Ritz. Poétique et contemplative, son oeuvre, intitulée Raphaelle, «un alter ego féminin» du peintre, invite à ressentir autant les scènes des tableaux que les états d'âme de l'artiste haut-valaisan puisés dans la riche correspondance familiale.

L'exotisme valaisan

Né à Brigue en 1829 dans une famille d'artistes, Raphael Ritz se détourne assez tôt dans sa carrière des scènes religieuses. Dans les années 1850, il entre à l'Académie des Beaux-Arts de Düsseldorf grâce au soutien financier de son père, lui-même peintre. Il reste en Allemagne vingt ans puis revient habiter à Sion. Sa soeur, moins chanceuse, est envoyée au couvent, sans doute faute de dot convenable, commente Céline Eidenbenz.

A Düsseldorf, Raphael Ritz se met à composer des scènes de genre qui figurent la vie quotidienne d'anonymes. Il puise son inspiration dans la «vie folklorique nationale, qui est en Valais comme en Suisse si intéressante, si belle et riche à représenter» avec ses personnages, ses costumes et accessoires, écrit-il à son père dans une lettre de 1854, conservée aux archives cantonales et présentée, comme beaucoup d'autres, dans l'une des petites cellules de l'ancien pénitencier.

Ces scènes, placées dans un décor vertigineux, sont encore «méconnues, et jamais traitées jusqu'ici», selon ses mots. Elles lui permettent de déployer sa spécificité et d'entrer sur le marché de l'art naissant. Si l'homme souhaite peindre ce qu'il aime, il veut aussi vivre de son art. «C'est aux Alpes et au petit peuple des montagnes que mon pinceau doit se consacrer exclusivement!», conclut-il trois ans plus tard.

«Raphael Ritz a dû s'extraire du Valais pour se rendre compte de son exotisme», souligne la directrice. Il participe ainsi à la construction du motif valaisan repris plus tard par l'Ecole de Savièse. En Allemagne, son succès va grandissant: le roi de Prusse lui achète même «Petite Cavalerie», un tableau peint en 1862.

Riche vie intérieure

L'exposition aborde de manière non chronologique de nombreuses facettes de l'artiste, féru de botanique, de géologie et qui a beaucoup contribué à la sauvegarde du patrimoine valaisan. «C'était un petit bonhomme à la connaissance infinie qui aimait raconter plusieurs histoires dans un tableau», raconte Céline Eidenbenz.

Dans 'Prière sur le Sanetsch', par exemple, on assiste au recueillement d'une quinzaine de personnes. «En y regardant de plus près, on observe leur vie intérieure déborder sur leur visage. Ce sont de vrais individus avec de vrais problèmes, qui succombent parfois à la rêverie. Comme nous». Leurs préoccupations sont universelles, résume-t-elle.

Pour renforcer ce lien, les panneaux d'explication qui jalonnent l'exposition invitent, eux aussi, à trouver une perspective contemporaine à cet accrochage, fruit d'un travail de trois ans. «Pour voir, il suffit de se tenir au bord...», confie une dernière fois Raphaelle avant de laisser le bruit intimiste des lames s'intensifier pour mieux s'évanouir.

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