L'effet covid pourrait donner des ailes aux soins infirmiers

bl, ats

31.10.2021 - 09:52

Poussés par le coronavirus, les citoyens pourraient bien apporter leur soutien à l'initiative «pour des soins infirmiers forts» lors de la votation du 28 novembre. Plus qu'une offensive sur la formation, le texte demande une amélioration des conditions de travail.

«Un 'oui' à l'initiative sur les soins infirmiers est impératif pour garantir la qualité des soins», estime le comité d'initiative (archives).
«Un 'oui' à l'initiative sur les soins infirmiers est impératif pour garantir la qualité des soins», estime le comité d'initiative (archives).
KEYSTONE/TI-PRESS

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31.10.2021 - 09:52

Même si un «non» sort des urnes, la profession sera revalorisée. Le Parlement a concocté un contre-projet indirect qui reprend les demandes essentielles des initiants et entrerait en vigueur en cas de rejet de l'initiative. A quelques semaines de la votation, plus de trois quarts de la population soutient cette dernière.

Soignants indispensables

La pénurie de personnel hospitalier n'est pas nouvelle. Les initiants ont déposé leur texte pour renforcer les soins infirmiers en 2017 déjà. Depuis, la pandémie a braqué les projecteurs sur la situation difficile du personnel soignant que toute la Suisse a applaudi pour le travail fourni.

Les soignants, toutes catégories confondues, représentent un maillon indispensable du système de santé. Or ce secteur fait face à une pénurie de main-d'oeuvre toujours plus importante. Il affiche près de 12'000 postes vacants, dont 6300 concerne le personnel infirmier.

Le manque de personnel influence négativement la qualité des soins alors même que les besoins sont croissants. La population vieillit, nécessitant toujours davantage de soins, les maladies chroniques sont en constante augmentation.

Meilleures conditions

Cette situation inquiète les initiants, soutenus par la gauche. Une revalorisation des conditions de travail des soignants est indispensable pour inverser la tendance, selon eux. Il faut aussi veiller à ce que le personnel formé reste dans la profession.

Selon les chiffres avancés par le comité «oui aux soins infirmiers», 40% des infirmiers quittent leur emploi prématurément, un tiers peu après la fin de leur formation, soit entre 20 et 24 ans. Depuis le début de la pandémie, 15% du personnel a démissionné, selon la présidente de l'Association suisse des infirmiers Sophie Ley.

Le Covid-19 a mis en lumière le mal-être des soignants, les problèmes d'horaire, ainsi que de conciliation vie privée et professionnelle. Les initiants demandent des horaires fiables, des structures favorables aux familles et des possibilités de faire carrière.

Une meilleure rémunération rendrait aussi la profession plus attrayante. Le personnel pourrait travailler à temps partiel. Les infirmières seraient moins épuisées.

Rôle des cantons

C'est là que le bât blesse pour les opposants. Il n'appartient pas à la Confédération de fixer des salaires, arguent-ils. La politique salariale est du ressort des cantons, des entreprises et des partenaires sociaux. Et ils ont montré qu'ils pouvaient gérer le système de santé.

L'initiative est un «poison pour notre système» et ouvre la boîte de pandore, avance le comité d'opposants regroupant le PLR, l'UDC et le Centre. «Si on accepte la revendication des infirmiers, pourquoi pas pour toutes les professions qui s'estiment insuffisamment payées?» Ce combat doit être mené au niveau des cantons.

Qualité des soins

Tout comme l'initiative, le contre-projet indirect propose une offensive sur la formation. Seul un nombre suffisant de soignants pourra assurer de bons soins. Des erreurs se produisent alors qu'elles peuvent être évitées. Les risques de complication et de décès sont réduits grâce à une dotation suffisante.

«Qui dit non à l'initiative, ne dit pas non au renforcement des infirmiers», soulignent les opposants. Le contre-projet oblige les institutions de santé à former du personnel. Les étudiants en formation obtiendront des subsides plus importants.

La Confédération et les cantons devraient injecter près d'un milliard de francs sur huit ans. Ce projet «constitue une véritable offensive en matière de formation», a déclaré le ministre de la santé Alain Berset.

Pour répondre au besoin urgent, le contre-projet est la meilleure voie, estiment les opposants. Il pourrait être mis en oeuvre plus rapidement que l'initiative. Les deux textes prévoient également plus d'autonomie pour les infirmières. Elles pourront fournir certains soins et les facturer à l'assurance maladie sans ordonnance médicale.

bl, ats