L'Iran «pas pressé» de voir Washington revenir à l'accord sur le nucléaire

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8.1.2021 - 18:17

"Notre demande rationnelle et logique est la levée des sanctions, et les sanctions doivent être levées" car "il s'agit du droit usurpé de la nation iranienne", a déclaré le numéro un iranien, Ali Khamenei.
ATS

L'Iran n'est pas pressé de voir les Etats-Unis revenir à l'accord international sur le nucléaire iranien. Téhéran exige avant tout la levée des sanctions américaines, a déclaré vendredi le guide suprême iranien.

La question n'est pas «que l'Amérique revienne ou non; nous ne sommes pas pressés et nous n'insistons pas pour qu'elle revienne», a déclaré l'ayatollah Ali Khamenei: «Notre demande rationnelle et logique est la levée des sanctions».

En 2015, la République islamique et le Groupe des Six (Chine, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie et Allemagne) ont conclu à Vienne un Plan d'action global commun (PAGC) censé régler la question nucléaire iranienne après douze années de tensions.

L'accord offre à l'Iran un allègement des sanctions internationales en échange d'une limitation drastique de son programme nucléaire et de garanties prouvant qu'il ne se dote pas de la bombe atomique.

Mais ce pacte menace de voler en éclats depuis que le président américain, Donald Trump, en a retiré son pays en 2018 avant de rétablir et d'intensifier des sanctions économiques punitives au nom d'une politique de «pression maximale» contre l'Iran.

Signes d'ouverture

Le retour des sanctions a privé la République islamique des bénéfices économiques qu'elle attendait de l'accord de Vienne en faisant fuir les investisseurs étrangers et en réduisant comme peau de chagrin le commerce extérieur du pays (en premier lieu ses exportations pétrolières), ce qui a plongé l'Iran dans une violente récession dont il peine encore à sortir.

En riposte, Téhéran s'est affranchi progressivement depuis 2019 de la plupart de ses engagements pris à Vienne pour forcer (jusqu'ici sans succès) les autres partenaires de l'accord à l'aider à contourner les sanctions américaines.

La victoire de Joe Biden face à M. Trump à la présidentielle américaine laisse présager un changement d'attitude de Washington vis-à-vis de Téhéran. Le président élu a signalé son intention de ramener les Etats-Unis dans le giron du PAGC, mais pose des conditions inacceptables pour l'Iran.

Si le président iranien, Hassan Rohani, a multiplié les signes d'ouverture ces dernières semaines à l'attention du futur gouvernement américain, il a aussi conditionné le retour des Etats-Unis à l'accord de Vienne à la levée des sanctions américaines réimposées ou instituées depuis 2018.

Enrichissement d'uranium

M. Khamenei, de son côté, a redit que son pays était prêt à revenir à l'application pleine et entière de l'accord sitôt que les sanctions américaines seraient levées et que la République islamique peut engranger les bénéfices qu'elle attend du PAGC.

Sous la pression des conservateurs, majoritaires au Parlement depuis février, le gouvernement modéré-réformateur de M. Rohani a relancé cette semaine les activités d'enrichissement de l'uranium iraniennes à hauteur de 20%, niveau que pratiquait le pays avant l'accord de Vienne, ce qui fait encore monter les enjeux d'une éventuelle future négociation avec les Etats-Unis.

Ennemis depuis plus de 40 ans, la République islamique et Washington se sont retrouvés par deux fois au bord de la guerre depuis juin 2019 sur fond de tensions autour du PAGC mais aussi d'escalade militaire dans le Golfe.

Anniversaire tragique

Dans ce climat toujours très tendu, les Gardiens de la Révolution ont dévoilé «une des bases de missiles stratégiques de (leur) marine», située sur «les rives du golfe Persique», en publiant des photos et une vidéo, mais sans préciser sa localisation exacte.

Cette annonce de l'armée idéologique de la République islamique survient un an jour pour jour après le drame du Boeing de la compagnie Ukraine International Airlines abattu par deux de leurs missiles peu après son décollage de Téhéran.

Les 176 personnes à bord de l'appareil, en majorité des Iraniens et des Canadiens, pour beaucoup binationaux, ont péri dans ce drame provoqué, selon les autorités iranienne par une «erreur».

La catastrophe, qui a provoqué en Iran une grave crise de confiance envers les autorités, a fait l'objet de commémorations nettement moins marquées que celles pour le premier anniversaire de la mort du général Qassem Soleimani, éliminé le 3 janvier 2020 dans une attaque de drone américaine à Bagdad.

Dans un communiqué commun, les autres pays ayant perdu des ressortissants dans le drame (Afghanistan, Canada, Royaume-Uni, Suède et Ukraine) ont appelé «instamment» vendredi Téhéran à faire toute la lumière dessus et à «rendre justice aux familles des victimes».

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