Petite révolution

Le numérique prend le chemin de l'école 

Valérie Passello

9.9.2021

Préparer les enfants à faire partie d'une société où l'informatique est partout: c'est le but de l'éducation numérique. De l'apprentissage «en débranché» à l'utilisation d'ordinateurs, une révolution est en marche dans les salles de classes. Le point dans différents cantons romands.

A case with iPads is seen during a summer project at the primary school 'Sonnenschule' in Beckum, western Germany, on July 6, 2021. - North-Rhine Westphalia's Minister of Education and Schools visits projects that have received funding from the state programme
À terme, l'équipement ira des robots pour les petites classes, aux PC et autres laptops pour les grandes, en passant par les tablettes numériques. (image d'illustration)
AFP via Getty Images

Valérie Passello

9.9.2021

Le Plan d'Etudes Romand (PER) a été complété en ce sens en mars dernier: il intègre désormais dans la scolarité obligatoire les nouveaux apprentissages de l'éducation numérique. C'est ainsi un véritable tournant que sont en train de prendre les établissements scolaires, tant en termes d'enseignement qu'en matière d'équipement. 

L'éducation numérique, qui repose sur les trois piliers: «usage, science informatique et médias», vise à ce que les élèves «comprennent cet environnement et y évoluent à leur aise», indique la Conférence intercantonale de l'instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP).

Les trois piliers de l'éducation numérique selon le PER

  • Usage approprié des outils
  • Initiation à la science informatique
  • Education aux nouveaux médias

En suivant ces différents axes, «les élèves construiront leur culture numérique, fondement indispensable au développement d'une citoyenneté numérique essentielle pour s'inscrire dans notre société actuelle et future», ajoute la CIIP. Il s'agit désormais, par étapes, de généraliser les équipements nécessaires dans les classes, en fonction des âges et des besoins, tant des élèves que du corps enseignant.

La balle est dans le camp des cantons et communes

C'est maintenant sur le terrain que cette révolution doit être mise en oeuvre. Les cantons ont déjà commencé à mettre l'ouvrage sur le métier, certains confiant cette tâche aux communes. À Fribourg, par exemple,  tant l'équipement informatique que les infrastructures -installation du wifi dans les établissements, gestion de la consommation d'énergie induite- sont sous responsabilité communale et varient donc, relève la Direction de l'instruction publique, de la culture et du sport (DICS). 

Concernant l'équipement, «il y a des tablettes pour les plus jeunes et des PC pour les plus grands. Le Grand Conseil fribourgeois vient d’accepter une motion qui demande que tous les 12 -15 ans soient équipés d’ordinateurs», détaille le DCIS.

Au niveau du post-obligatoire, soit dans les gymnases, écoles de commerce et écoles de culture générale, Fribourg a opté pour le projet BYOD/AVEC (Bring your own device/Apportez votre équipement personnel de communication). Dès la rentrée 2022/2023, il s'agira pour les élèves, en substance, de venir en classe avec leur propre ordinateur. Le canton fournit un compte Office 365 à tous et, si les appareils sont à la charge des étudiants, Fribourg a néanmoins émis des recommandations à leur intention pour l'achat de matériel idoine, le cas échéant.

Analyse des besoins

À Genève,  le Département de l'instruction publique, de la formation et de la jeunesse (DIP) prévoit l'installation du wifi dans toutes les classes du Cycle d'orientation et du secondaire II -pas en primaire-, ainsi que l'acquisition d'équipements numériques, si ceux-ci représentent une plus-value pédagogique. 

«La réflexion s'est appuyée sur une analyse des besoins d'équipement spécifiquement associés aux objectifs d'apprentissage et aux activités pédagogiques associées, présents dans les plans d'étude. Avec l'objectif de minimiser l'intervention d'outils numériques dans les petits degrés, l'éventail d'équipements retenus va des robots pédagogiques aux ordinateurs fixes – en passant par des ordinateurs portables, des tablettes, des cartes programmables entre autres», énumère le DIP.

Concernant le BYOD/AVEC dès le secondaire II (ESII), la réflexion est encore en cours à Genève, comme l'indique le Conseil d'Etat, préoccupé par le coût d'un tel dispositif pour les étudiants: «la fermeture des écoles au printemps 2020 a révélé une fracture numérique au sein des élèves de l'ESII, certains d'entre eux ne disposant d'aucun outil numérique. Dans le cadre du travail d'analyse en cours, le département est particulièrement attentif à cette question et le BYOD ne pourra être introduit sans qu'elle n'ait été résolue», note-t-il.

La formation des enseignants avant tout

Dans le canton de Vaud aussi, le développement de l'éducation numérique avance, en collaboration avec la HEP, l'EPFL et L'UNIL. Une enveloppe de 30 millions a été allouée au projet par le Grand Conseil à la fin 2019 pour les trois premières années de sa mise en oeuvre, après une année de tests via des projets-pilotes. Avant de parler d'équipement proprement dit, le canton mise sur la formation continue des enseignants. 

«En tout, 2000 enseignants seront actifs dans le projet d’éducation numérique dès la rentrée prochaine», annonce le Département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC). Parallèlement, si cette tâche était auparavant dévolue aux communes, le canton vient de reprendre la main sur l'installation du wifi dans ses établissements scolaires. 

Pour ce qui est du matériel, Vaud mise sur un enseignement numérique «en débranché» pour les plus petits (livres, tapis d'activités), puis arrivent des robots dès la 2P, ensuite chaque classe de la 3P à la 8P reçoit une valise contenant cinq tablettes numériques.

La question de l'équipement des classes du troisièmes cycle est plus complexe. Le canton se refuse à équiper chaque élève d'un appareil -tablette ou laptop- mais doit trouver une solution pour introduire des cours d'éducation numérique, dans un emploi du temps déjà chargé, où les élèves n'ont plus un professeur généraliste, mais des enseignants différents pour chaque branche.

Si tout n'est pas ficelé au niveau organisationnel, «nous avons des chariots mobiles comportant des laptops et des tablettes. On privilégie ainsi l'équipement mobile permettant de travailler en classe, détaille tout de même Jérémie Leuthold, Secrétaire général du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture et Chef de projet de l’éducation numérique.

Près de 25 millions à Neuchâtel

Pour la prochaine rentrée scolaire, Neuchâtel  annonce la poursuite de son programme d'éducation numérique, adopté par le Grand conseil en juin 2020 et doté d'une enveloppe de 24,7 millions. «L’année scolaire 2021-2022 est notamment consacrée à la préparation de l'introduction effective de l'éducation numérique dans les classes neuchâteloises de 3e et 7e années à la rentrée d’août 2022», peut-on lire dans le dossier de presse du Service de l'enseignement obligatoire (SEO).

«Le canton de Neuchâtel proposera au final un enseignement intégré de l’éducation numérique dans les niveaux 1 à 6, l’ajout d’une période spécialisée de la 7ème à la 10ème année, tout en renforçant les compétences numériques dans les options professionnelles et académiques», indique Jean-Claude Marguet, chef du Service de l'enseignement obligatoire .

Après l'installation d'un débit performant dans les établissements où cela s'avère nécessaire, de nouveaux postes seront installés, afin notamment de satisfaire aux nouvelles exigences. «Les solutions proposées s’adaptent aux réalités locales, avec création de salles d’informatique ou postes supplémentaires installés en fond de classe, en fonction des souhaits exprimés par les directions d’école», souligne le SEO. 

Si chaque canton a ses spécificités en matière d'éducation numérique, les échanges intercantonaux sont nombreux, souligne encore Jérémie Leuthold: «Ces partages sont précieux, car il n'existe pas une manière correcte de procéder, mais une multitude d'expériences dont on peut tirer des leçons. »