Les Prévôtois fixés sur leur sort le 28 mars lors d'un second vote

ATS

26.1.2021 - 09:28

Dans deux mois, le 28 mars, les citoyens de Moutier (BE) diront pour la seconde fois lors d'un scrutin présenté comme le plus surveillé de l'histoire suisse s'ils veulent rejoindre le canton du Jura ou s'ils préfèrent rester Bernois. Le vote du 18 juin 2017, qui avait débouché sur une majorité de 137 voix en faveur du transfert dans le Jura, avait été invalidé par la justice bernoise en raison d'irrégularités.

Les citoyens de Moutier (BE) voteront une nouvelle fois sur leur appartenance cantonale le 28 mars 2021. La conférence tripartite, qui siège sous l'égide de la Confédération, a retenu cette date (photo symbolique).
Les citoyens de Moutier (BE) voteront une nouvelle fois sur leur appartenance cantonale le 28 mars 2021. La conférence tripartite, qui siège sous l'égide de la Confédération, a retenu cette date (photo symbolique).
KEYSTONE/ANTHONY ANEX

Près de quatre ans après ce premier vote, les Prévôtois s'apprêtent à répéter cet exercice démocratique dans un contexte différent. La crise du Covid-19 n'autorise plus les grands rassemblements. La ferveur qui avait accompagné le scrutin du 18 juin 2017 a cédé la place à une campagne qui se déroule, pour le moment, dans une certaine lassitude.

Les arguments avancés par les partisans du maintien dans le canton de Berne et par les tenants du transfert dans le canton du Jura sont pour l'essentiel les mêmes. A ceci près que le sort de l'hôpital de Moutier n'est plus vraiment un thème de la campagne alors qu'il était considéré comme l'un des enjeux il y a quatre ans. Sa pérennité est assurée quel que soit le choix des Prévôtois.

Le ton de la campagne s'est toutefois durci avec la querelle sur le nombre d'emplois liés au canton de Berne en Ville de Moutier. Alors que la Chancellerie bernoise annonce une augmentation de 6,6 équivalents plein temps (EPT) depuis les chiffres 2016 diffusés dans le message du premier vote en 2017, la cité prévôtoise et les militants autonomistes parlent eux d'un recul. Cette controverse sera abordée lors de la prochaine conférence tripartite.

Convaincre les nouveaux votants

Les comités de campagne des deux camps, «Moutier ville jurassienne» et «MoutierPLUS» s'emploient essentiellement à convaincre les indécis et à séduire les nouveaux votants, que ce soient des jeunes ayant atteint l'âge de voter ou de nouveaux arrivants. C'est qu'il paraît acquis que le scrutin du 28 mars s'annonce tout aussi serré que le premier.

Le comité non séparatiste «MoutierPLUS» estime qu'il n'y a aucun avantage au changement d'appartenance cantonale. Il souligne que la cité prévôtoise avec ses quelque 7500 habitants bénéficie de plus d'opportunités dans le canton de Berne qu'en rejoignant le voisin jurassien.

Pour «Moutier ville jurassienne», un oui le 28 mars serait synonyme d'avenir meilleur et de paix retrouvée pour les Prévôtois. Aux yeux des autonomistes, un transfert dans le canton du Jura permettrait à Moutier d'exister et de rayonner alors qu'un maintien dans le canton de Berne se traduirait au mieux selon eux par un statu quo.

Clore la Question jurassienne

Les cantons de Berne et du Jura assurent vouloir clore une fois pour toutes la Question jurassienne sitôt le cas de Moutier réglé dans les urnes. Pour cette raison, ils pèsent de tout leur poids pour que le processus se déroule d'une manière irréprochable afin d'éviter des recours qui prolongeraient l'incertitude tout en ravivant les tensions.

Un appel entendu par la Confédération qui a encore renforcé les mesures de surveillance afin que le résultat soit accepté par tous les Prévôtois. Le vote du 18 juin 2017 était déjà censé être le plus surveillé de l'histoire suisse mais il avait été annulé par la justice bernoise en raison d'irrégularités.

L'autorité judiciaire avait constaté des problèmes en lien avec la tenue du registre électoral et avec la communication des autorités municipales. Accusé d'être trop impliqué, le maire de Moutier Marcel Winistoerfer est en retrait dans la campagne pour la répétition du vote. C'est le conseiller municipal Valentin Zuber qui préside la délégation aux affaires jurassiennes.

Implication de la Confédération

Jamais encore un vote communal n'a été organisé en Suisse avec des règles aussi pointues, qui plus est sous l'égide et avec le soutien de la Confédération. Ce dispositif mis en place pour encadrer la votation est fixé dans un arrêté du gouvernement bernois en concertation avec la Conférence tripartite et la Ville de Moutier.

Le contrôle systématique du registre électoral par la Chancellerie bernoise et la commune de Moutier doit permettre de prévenir les domiciliations fictives. C'est sur la base de son registre électoral que la cité prévôtoise va établir, préparer et imprimer le matériel de vote.

L'Office fédéral de la justice (OFJ) se chargera d'envoyer les documents aux électeurs le 6 mars afin qu'ils leur parviennent après les votations fédérales du 7 mars. Un container scellé par l'OFJ sera placé dans le hall d'entrée de l'Hôtel de la Ville pour recueillir le vote anticipé.

Comme en 2017, les votes par correspondance par voie postale seront adressés à l'OFJ qui les acheminera à la Sociét'Halle à Moutier, lieu du dépouillement. Le vote aux urnes se tiendra dans ce même local vendredi, samedi et dimanche. Il sera à nouveau contrôlé par les observateurs fédéraux.

Des mesures seront aussi prises pour s'assurer que les personnes hospitalisées et les pensionnaires de homes reçoivent bien leur matériel de vote en mains propres. Pour éviter que certains citoyens ne jettent leur matériel de vote glissé dans les cases postales, les poubelles devraient être supprimées dans les locaux de la Poste.

Tourisme électoral

Ces mesures doivent permettre d'éviter que le scénario de la votation du 18 juin 2017 ne se répète. Seize instructions avaient été ouvertes pour soupçons de fraude électorale. Il s'agissait de déterminer si des personnes avaient voté alors qu'elles n'étaient pas domiciliées dans la commune.

Six procédures ont été classées, notamment parce que les prévenus ont pu établir qu'ils étaient bien domiciliés dans la cité prévôtoise. Dans quatre cas, la condamnation a été acceptée par les prévenus. Les trois premiers procès ont débouché sur deux acquittements et sur une condamnation.

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