Expérimentation animale

Une nouvelle initiative qui devrait faire chou blanc

ats

17.1.2022 - 09:46

Malgré des mentalités qui évoluent, les fronts restent figés sur la question des expérimentations animales. L'initiative populaire pour les interdire en Suisse devrait échouer dans les urnes le 13 février. Le texte, jugé trop radical et rejeté par tous les partis, divise même les activistes de la cause animale.

Un technicien montre une souris de laboratoire dans une animalerie d'un centre de recherche sur le cancer ce mardi 9 mars 2021 a Lausanne. Durant la session parlementaire du printemps 2021, l'initiative
Selon les sondages, l'initiative «Oui à l'interdiction de l'expérimentation animale et humaine» ne devrait pas atteindre la majorité des voix. Il reste peu d'indécis. (image d'illustration)
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17.1.2022 - 09:46

À quelques semaines de la votation, les opinions et les jeux semblent déjà faits. Selon les sondages, l'initiative «Oui à l'interdiction de l'expérimentation animale et humaine» ne devrait pas atteindre la majorité des voix. Il reste peu d'indécis.

Crimes

Le texte veut interdire les expérimentations sur les animaux et les humains, ainsi que l'importation de nouveaux médicaments développés par ce biais. Quatrième initiative du genre depuis 1983, elle a été lancée par un groupe de citoyennes et citoyens saint-gallois soutenus par des organisations actives dans la cause animale et des médecins alternatifs.

Pour les initiants, les raisons éthiques sont évidentes. Le rapport aux animaux a beaucoup évolué ces dernières décennies. Les expériences sur des êtres vivants, «pratiques cruelles», doivent être considérées comme des crimes.

Ils font aussi valoir des arguments scientifiques. Selon eux, 95% des substances médicales qui semblaient prometteuses dans des expériences sur des animaux échouent dans les essais sur l'être humain, car jugées trop dangereuses ou inefficaces. Des analyses publiées dans des revues scientifiques reconnues comme Nature ou Science pointent d'ailleurs du doigt le manque de pertinence du recours aux modèles animaux.

Bonne conscience

Les initiants critiquent aussi le principe des «3R» (pour «replace, reduce, refine"). Ce concept promeut le remplacement, la réduction et l'affinement des expérimentations animales dans la mesure du possible.

Connu depuis plus de 50 ans, il est accusé par les initiants de donner bonne conscience sans faire avancer la cause animale. Près de 600'000 animaux sont encore victimes chaque année d'expériences en laboratoire, et 30% de ces travaux impliquent des contraintes jugées trop fortes pour les animaux, un chiffre en hausse depuis 2013.

Et les alternatives à l'expérimentation animale existent désormais: culture cellulaire in vitro, recours à des organes humains issus de dons par exemple. Il suffit d'avoir la volonté politique de les financer, plaident les partisans de l'initiative.

Pas une seule voix

Au Parlement justement, l'initiative n'a pas récolté une seule voix. Quelques députés ont évoqué un contre-projet, en vain. Le texte a été jugé trop extrême, même par la gauche, habituellement sensible à ce thème.

Et le comité interpartis, allant de l'UDC aux Verts, a dégainé l'artillerie lourde durant la campagne: l'initiative serait dangereuse pour la santé de la population. Car les nouveaux médicaments développés en recourant à l'expérimentation animale, par exemple contre le cancer ou pour des vaccins comme celui contre le Covid-19, ne pourraient non seulement plus être fabriqués en Suisse, mais aussi importés de l'étranger.

Recherche entravée

Le Conseil fédéral a brandi l'argument économique. En cas d'acceptation, l'initiative entraverait fortement la recherche médicale et le développement de produits médicaux. La compétitivité de toute la place pharmaceutique suisse s'en trouverait affaiblie.

La Suisse a déjà une des législations les plus strictes au monde dans le domaine, a asséné le ministre de la santé Alain Berset. Les expériences sur animaux ne sont autorisées que s'il n'est pas possible de procéder autrement. La Confédération soutient en outre financièrement la recherche ne recourant pas à l'expérimentation animale.

Divisions

Au final, le sujet divise jusque dans le camp des activistes de la cause animale. La Ligue suisse contre la vivisection soutient l'initiative «par principe abolitionniste», malgré quelques points qu'elle juge problématiques comme l'interdiction d'importer de nouveaux médicaments et des imprécisions dans le texte de l'initiative.

Mais une des plus grandes organisations, la Protection suisse des animaux, reproche au texte de manquer sa cible. Il n'apporterait rien de constructif pour progresser sur la voie d'une réduction massive des expériences sur les animaux.

ats