Nutrition Des insectes dans les assiettes: premier feu vert européen

Relax

14.1.2021 - 14:15

Une autorité de régulation sanitaire de l'UE a donné mercredi son feu vert à la consommation d'aliments dérivés d'une espèce de coléoptère, première étape avant que Bruxelles n'autorise un insecte à atterrir dans les assiettes des Européens.

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a conclu que les larves du ténébrion meunier, aussi appelées «ver de farine», pouvaient être consommées sans danger «soit sous forme d'insecte entier séché, soit sous forme de poudre», après une demande de l'entreprise française d'élevage d'insectes Agronutris.

En raison de sa composition riche en protéines et en fibres, «leur consommation ne présente aucun inconvénient sur le plan nutritionnel», ont souligné les experts, mais des recherches supplémentaires devront être menées sur d'éventuelles réactions allergiques.

On estime qu'un millier d'espèces sont consommées en Afrique, Asie et Amérique latine. Mais dans l'UE, les élevages d'insectes servent essentiellement à nourrir des animaux d'élevage.
On estime qu'un millier d'espèces sont consommées en Afrique, Asie et Amérique latine. Mais dans l'UE, les élevages d'insectes servent essentiellement à nourrir des animaux d'élevage.
Fabrice COFFRINI / AFP

Sur la base de l'avis de l'EFSA, la Commission européenne doit désormais soumettre aux Etats membres un projet de proposition en vue d'autoriser la mise sur le marché des vers de farine séchés et produits dérivés, ainsi que des conditions de commercialisation. Le secteur espère un feu vert définitif d'ici mi-2021.

«Cette première évaluation des risques d'un insecte en tant que nouvel aliment peut ouvrir la voie à la première approbation de ce type à l'échelle de l'UE», observe Ermolaos Ververis, responsable scientifique de l'unité de l'EFSA en charge de l'étude.

«Notre évaluation est une étape décisive (...) pour garantir la sécurité des consommateurs», devenue obligatoire avec l'entrée en vigueur d'un règlement de l'UE sur les nouveaux aliments en janvier 2018, a-t-il précisé.

L'EFSA, basée à Parme (Italie), se penche aussi sur le cas de grillons et de sauterelles, pour déterminer s'ils sont propres à la consommation.

On estime qu'un millier d'espèces sont consommées en Afrique, Asie et Amérique latine. Mais dans l'UE, les élevages d'insectes (quelques milliers de tonnes produits par an) servent essentiellement à nourrir des animaux d'élevage, notamment les poissons -- un marché en plein essor.

Des barres énergétiques pour les sportifs

L'IPIFF, syndicat professionnel européen des producteurs d'insectes, a salué l'avis de l'EFSA, un «grand pas en avant» encourageant «pour les autres producteurs européens de vers et autres espèces d'insectes comestibles» voulant également commercialiser des aliments.

Selon l'IPIFF, les insectes peuvent être bouillis, frits, séchés ou fumés, et réduits en poudre ou en farine pour être intégrés à des pâtes, barres nutritives, biscuits, etc.

Les produits à base d'insectes (riches en protéines, minéraux, vitamines, fibres, mais aussi acides gras sains, oméga 6 et 3) peuvent aider à prévenir les carences en nutriments, et l'élevage a une empreinte écologique limitée par rapport aux autres sources de protéines, affirme l'organisation.

Ynsect, un des leaders français de la production de farine d'insectes pour l'alimentation animale, a déjà développé «un ingrédient à base de protéines d'insectes déshuilés adapté à l'alimentation humaine», a-t-elle indiqué dans un communiqué, déposant un dossier à l'Efsa, mais également auprès de la Food and Drug administration, son équivalent aux Etats-Unis.

L'entreprise, qui produit des farines d'insectes à destination des poissons d'élevage notamment, pense que l'alimentation des sportifs pourrait représenter un débouché intéressant.

Elle souhaite proposer ces ingrédients pour la fabrication de «barres énergétiques qui vont aider à la récupération, préparer à l'effort» et espère que ce débouché représentera «10% des volumes de vente dans les cinq prochaines années», avec «des marges intéressantes», a déclaré à l'AFP son PDG, Antoine Hubert, qui a déjà conclu un engagement avec un client pour ce nouveau marché.

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