«L’économie doit prendre ses responsabilités, car les incitations ne suffisent pas»

Meret Meier, blog durabilité

26.3.2018

Lorenz Isler, responsable du développement durable chez Ikea Suisse: «Nous accordons une importance particulière au développement durable tout au long de la chaîne de valeur. Nous souhaitons fabriquer des produits de bonne qualité et abordables pour tous».
Photo: Leandra Cherella/Swisscom

Les grands fabricants de meubles ne sont pas vraiment réputés pour leur engagement en faveur du développement durable. Ikea, le géant du secteur, souhaite changer la donne, mais comment s’y prendre? Nous avons posé la question à son responsable du développement durable pour la Suisse.

Bluewin: Monsieur Isler, en quoi consiste votre travail chez Ikea?

Lorenz Isler: Je suis responsable du développement durable chez Ikea Suisse et j’élabore avec mon équipe la stratégie globale de l’entreprise en la matière. Ikea applique un programme de développement durable global qui inclut des aspects environnementaux et sociaux. La Suisse peut y apporter une contribution importante.

Comment une entreprise parvient-elle à favoriser un mode de consommation durable?

En épargnant une longue réflexion au client et en lui proposant d’office des achats durables. Nous accordons une importance particulière au développement durable tout au long de la chaîne de valeur. Nous souhaitons fabriquer des produits de bonne qualité et abordables pour tous. En 2015 par exemple, Ikea est devenu le premier magasin à proposer exclusivement des éclairages à LED en lieu et place des halogènes, ampoules traditionnelles ou basse consommation. Concernant les piles, nous prévoyons également de prendre nos distances avec les produits dont le bilan de durabilité laisse à désirer. Le café, le poisson ainsi que de nombreux autres produits de nos restaurants sont déjà certifiés. Actuellement, 76% de notre bois, carton et papier sont dotés du label FSC ou issus du recyclage. D’ici 2020, nous atteindrons les 100% et nous prévoyons la même chose pour le plastique d’ici 2030.

Entreprise à but lucratif, Ikea cherche avant tout à ce que ses clients renouvellent chaque année l’ameublement de leur logement. Alors comment soutenir un engagement durable et crédible?

Selon moi, il s’agit de fabriquer des produits de faible empreinte écologique en utilisant des matériaux renouvelables, certifiés ou recyclables. Nous inscrivons notre modèle commercial dans une démarche d’économie circulaire afin de réutiliser nos produits et matériaux. Nous devons dissocier la croissance de l’empreinte écologique. Qu’il s’agisse d’Ikea, de l’économie ou de la société, nous avons un problème si nous n’y parvenons pas. Nous sommes sur la bonne voie, comme en témoigne l’étude du WWF sur la culture durable du coton, qui nous classe pour la deuxième fois parmi les meilleures entreprises du monde.

Cependant, après deux déménagements, la plupart de vos meubles sont bons pour la casse. Ne s’agit-il pas d’une obsolescence programmée, qui incite le client à se procurer un produit de remplacement dès que possible dans le magasin le plus proche?

Prix bas et bonne qualité ne sont pas incompatibles. Ikea offre une qualité adaptée à l’utilisation du produit. Pour preuve, une méta-étude de K-tipp et Saldo sur les tests des dix dernières années montre qu’Ikea obtient d’excellents résultats en matière de qualité. D’un point de vue environnemental, les processus optimisés et l’efficience élevée de la production de masse présentent des avantages. Nous souhaitons également améliorer le quotidien des clients dont les finances sont limitées. Depuis janvier, nous reprenons les meubles Ikea d’occasion dans notre succursale de Spreitenbach. Nous les remettons en état puis nous les mettons en vente dans notre rayon «Bonne trouvaille». En échange, les clients reçoivent un bon d’achat.

Lorenz Isler est responsable du développement durable chez Ikea. Il a étudié les relations internationales à Saint-Gall.
Photo: Leandra Cherella/Swisscom

Outre la production de meubles, le trajet des clients jusqu’à vos magasins a aussi un impact sur l’environnement. Ne serait-il pas plus judicieux d’utiliser les transports publics plutôt que la voiture pour s’y rendre et choisir ses articles sur place, puis de se les faire livrer par Ikea?

Le trajet des clients ne représente que 5% de l’empreinte écologique d’Ikea, dont la majeure partie est causée par les matières premières utilisées pour nos produits. Ikea participe au financement de lignes de bus qui desservent nos magasins. De plus, il est déjà possible de se faire livrer ses achats à domicile ou à l’un de nos points de retrait. Nous encourageons également la mobilité électrique avec des stations de recharge devant nos magasins.

Quand vous pensez à l’avenir, quelle évolution imaginez-vous?

Au vu de notre comportement actuel, la température moyenne augmentera de trois degrés. Il est donc nécessaire que tout le monde opère des changements importants dès à présent. Une évolution qui implique une gestion plus consciente des produits en général, ainsi qu’une plus grande transparence et communication de la part des fabricants. Pour ce faire, il faut que l’économie prenne ses responsabilités. Les incitations ne suffisent pas, et des mesures juridiques sont nécessaires pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de CO2 par exemple.

Vous préconisez une législation plus stricte dans le secteur de l’économie?

Le réchauffement climatique et l’épuisement des ressources sont une réalité. La société et l’économie ont un rôle à jouer. Malheureusement, l’engagement actuel n’est pas suffisant. Nous souhaitons des objectifs ambitieux en termes d’émissions de CO2 et d’énergies renouvelables, car de telles mesures favorisent la planification économique et les innovations. Ikea entend défendre cette cause publiquement. Nous devons assumer notre responsabilité sociale si nous voulons encore être là dans 50 ou 100 ans. Une transformation ne s’opère qu’avec le cadre légal requis, et Ikea comme Swisscom doivent s’engager, sans quoi nous n’atteindrons pas notre objectif. Jusqu’à présent, nous étions plutôt apolitiques, mais nous développons nos contacts avec des politiciens et des organismes car les conditions juridiques ont une influence, comme l’a démontré la protection des eaux par le passé. En conclusion, nous sommes sur la bonne voie même si l’objectif n’est pas encore atteint. Il reste beaucoup à faire.

À propos du blog durabilité

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Meret Meier fait partie de l’équipe Corporate Responsibility de Swisscom. Elle est experte en responsabilité sociale, en protection de la jeunesse dans les médias et en communication.
Photo: Swisscom
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