Polémique : L’upcycling, avenir ou talon d’Achille de la mode ?

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24.4.2020 - 13:10

Source: Covermedia

Le recyclage est à la mode, et la mode n’en fait pas l’économie. Mais des voix s’élèvent pour dénoncer certaines pratiques présentées comme vertueuses en pointant du doigt qu’il s’agit, en fait, d’un cercle vicieux.

L’upcycling, ou le recyclage, est devenu un argument marketing jusque dans la mode depuis que l’industrie est dramatiquement confrontée à la problématique environnementale à travers les différentes formes de pollution qu’elle génère.

De grands noms de la mode mettent en avant ce recyclage pour témoigner de leur respect de l’environnement et de leur attitude écoresponsable. Pourtant, derrière le terme, et même le concept, se cachent des actions différentes aux implications parfois opposées.

Ainsi la maison Alexander McQueen peut-elle être considérée comme engagée dans une démarche écoresponsable quand elle offre, en février 2020, à des diplômés d'école de mode des tissus (en grande quantité) inutilisés de ses archives pour bâtir leurs collections de fin d’études ? Et tout autant quand la directrice artistique de la maison Sarah Burton base des pièces de sa collection printemps-été 2020 sur des tissus et dentelles eux aussi extraits des archives maison. « Nous avons pris conscience que nos précieuses ressources devaient être utilisées intelligemment », dit-elle sobrement.

Martine Serre a aussi intégré la pratique du recyclage pour composer les matières de base et des détails des pièces de ses défilés. D’abord sous-section de son travail, la « ligne verte » s’est fondue dans les trois autres lignes de la créatrice. Elle a réussi à obtenir pour ce printemps une collection recyclée à 50 %. Ce recyclage est artisanal, fait à partir de matériaux sourcés, choisis, nettoyés, souvent des invendus ou de vieux vêtements, préparés par de nombreux employés : du jean des années 90, des nappes en crochet, du tissu d’ameublement, des chutes de cuir, des serviettes de bain, des rideaux à fleurs, etc. : « Évidemment, il faut beaucoup de temps pour trouver les matériaux, puis nous les nettoyons, les séparons et les concevons dans la limite des disponibles. C’est un processus artisanal, pas aussi simple que de trouver un rouleau de tissu ou de travailler avec une impression que vous avez conçue vous-même », explique la créatrice qui sait même d’où provient le bois flotté de certains bijoux ou les écharpes utilisées pour composer une djellaba. Jusqu’au fil des tops en jersey qui sont en fil recyclé.

Mais c’est là qu’intervient la polémique : le fil recyclé est-il issu de produits en plastique ? Car la mode a jeté son dévolu sur ce processus qui permet de transformer des déchets en plastique, notamment les vieilles bouteilles et ce qui est ramassé dans les mers pour obtenir un matériau comme l’E.V.A. En Italie, des entreprises en ont fait leur credo et ces matière servent aussi bien pour la confection de maillots de bain, tenues de plongée, chaussures ou sacs de luxe, quand ils prennent l’identité de « cuir végane », comme ceux de la marque JP Wei ou Longchamp et son fameux pliage, polyester recyclé.

À ce recyclage-là, les écologistes reprochent d’être un pacte avec le diable de la pollution. Si le plastique est recyclable à l’envi, alors il toujours possible d’en produire sans se préoccuper des conséquences terribles sur l’environnement et la flore. Car il ne sera jamais possible de recycler tout ce qui est produit et se retrouve à flotter, immense continent mortifère, à la dérive dans l’océan.

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