Vous soupçonnez votre enfant d'être surdoué ? Il est peut-être juste «chiant»

Relax

21.5.2021 - 13:04

Turbulent, parfois mauvais en cours… Et si mon enfant était surdoué ? Possible, mais il est aussi peut-être juste... chiant. Pour le neuropsychologue Gabriel Rafi, spécialiste de la douance chez les enfants et les adolescents, ce sont parfois les parents qui ont un problème… Interview.  

Et si mon enfant était surdoué ? Possible, mais il est aussi peut-être juste... chiant.
LSOphoto / Getty Images

Relax

21.5.2021 - 13:04

Les surdoués suscitent de nombreux fantasmes. Gabriel Rafi est neuropsychologue, spécialiste des enfants et adolescents. Il reçoit dans ses deux cabinets (parisien et dubaïote) des enfants en souffrance. Soit parce qu'ils sont surdoués et qu'ils ont du mal à s'adapter, soit parce qu'ils ne le sont pas, et souffrent d'attentes démesurées de la part de leurs parents. L'occasion de faire le point sur cette neuroatypicité.  

Petits génies, atypiques, turbulents… On entend beaucoup de fantasmes au sujet des enfants surdoués. Est-ce qu'on peut enfin se mettre d'accord sur une définition ?  

On ne devient pas haut potentiel (HP), on naît haut potentiel. Lorsque l'enfant présente des capacités atypiques, nettement supérieures à la moyenne dans plusieurs domaines, et qu'il a un QI au-delà de 130, alors il est surdoué. En France, on parle aussi de douance, de précocité intellectuelle, ou d'enfants zèbres. C'est à peu près la même chose. Il existe aujourd'hui un effet de mode, mais j'observe une profonde méconnaissance et de nombreuses fausses croyances sur le sujet. 

Mon enfant est nul en cours, est-il un surdoué qui s'ignore ? 

Beaucoup de parents et d'enseignants pensent que parce qu'un enfant HP doit être bon partout, obtenir 20 à tous les examens, qu'il doit réaliser de grandes études. Il doit aussi être capable de s'adapter à tout le monde. C'est totalement faux ! La plupart des HP ont autour de 10 ou 11 de moyenne. Ils se disent qu'en ayant le minimum, on les laissera tranquilles. Ou alors, beaucoup sont en échec scolaire parce qu'ils ne respectent pas les règles. 

D'après votre définition de la précocité, certains parents seraient tentés de croire à la douance de leur progéniture... 

Les attentes des parents sont extrêmement élevées envers les enfants, qui, de ce fait, disjonctent complètement lorsqu'ils ne peuvent plus y répondre. Un enfant de 5 ans qui n'a pas envie de rester à table 1h n'est pas surdoué, il a juste 5 ans ! Ou alors, il ne respecte pas le cadre imposé par les parents et défie l'autorité parentale. Il est, dans ce cas, juste chiant ! Ou il présente des besoins spécifiques. Alors, c'est l'adulte qui ne parvient pas à imposer correctement un modèle éducatif avec son enfant. 

Quels sont les indices qui peuvent alerter sur l'atypicité de mon enfant ? 

Il existe de nombreux indices : des intérêts spécifiques, comme les dinosaures, les étoiles ou la vie des présidents ; une appétence pour la lecture ; une soif de stimulation intellectuelle, sous peine d'avoir l'impression de perdre son temps ; de très bonnes capacités de mémoire et de raisonnement. Le plus souvent, on voit également un bon niveau verbal et une très bonne vitesse d'exécution pour trouver le bon raisonnement. 

Et sur le plan émotionnel ? 

L'enfant présente, la plupart du temps, une forte anxiété généralisée, notamment dans le domaine de la performance. Et ça peut lui poser problème. Il aura des comportements extrêmement expressifs ou extravertis, et provoquera l'adulte pour le tester. Ou, à l'inverse, il sera extrêmement inhibé. Cette anxiété restera à l'intérieur et il adoptera un comportement plutôt immature. 

A partir de quel âge peut-on observer ces signes ? 

Très tôt, à partir de 3 ou 4 ans. Mais le diagnostic s'établit plus facilement à partir de 4 ans, car l'enfant est scolarisé. On peut observer ses interactions avec d'autres adultes et enfants de son âge, et s'il respecte ou non un cadre imposé par la maîtresse. 

On a tendance à dire que ce sont des enfants hypersensibles. Est-ce le cas ? 

Sur le plan psychologique, les enfants surdoués ont une tendance à la dévalorisation et au manque de confiance en eux. Ajoutée à leur hypersensibilité, la moindre petite remarque est très violente. C'est comme si on allumait tous les projecteurs d'un stade sur quelque chose qui n'allait pas. Pour eux, c'est très violent et très dur à vivre. 

Aux parents qui veulent que leur enfant devienne haut potentiel, vous leur dites quoi ? 

Qu'ils ont un problème ! Être haut potentiel n'est pas un cadeau, mais plutôt un handicap. J'ose le dire. Surtout lorsque l'enfant ou l'ado est encore à l'école. Il faut avoir en tête l'image d'un saumon qui remonte, à contre-courant, la scolarité. Vouloir ça pour un enfant, c'est clairement être à côté de la plaque. 

Et si les parents n'en démordent pas : Chouchou est un petit génie ? 

Ce que l'on doit retenir, c'est que le seul moyen d'identifier un enfant à haut potentiel est de lui faire passer le test. Il confirmera ses capacités, indépendamment des attentes ou des observations des parents.