Blatter et Platini dans de sales draps

AFP

2.11.2021

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2.11.2021

Michel Platini et l'ex-président de la Fifa Sepp Blatter devraient être jugés en Suisse pour escroquerie, parmi d'autres charges, dans l'affaire de paiement suspect qui les a placés depuis 2015 au ban du football mondial, après leur mise en accusation annoncée mardi par le parquet.

Michel Platini (à gauche) et l'ex-président de la Fifa Sepp Blatter ont été mis en accusation.
KEYSTONE

Il revient au Tribunal pénal fédéral de Bellinzone de vérifier la régularité de l'acte d'accusation et de le renvoyer éventuellement au parquet pour être complété, mais un procès est désormais quasi-certain contre les deux anciens dirigeants, également poursuivis pour «gestion déloyale», «abus de confiance» et «faux dans les titres».

Après six ans d'une enquête très médiatisée, ils sont accusés «d'avoir illicitement arrangé un paiement de 2 millions de francs suisses de la Fifa», soit 1,8 million d'euros, «en faveur de Michel Platini», écrit le parquet confédéral dans un communiqué. En Suisse, l'escroquerie est passible de cinq ans de prison ou d'une amende.

Anciens alliés devenus rivaux, les deux prévenus s'acheminent du même coup vers l'épilogue de l'affaire, qui a brisé leur carrière au sommet du football mondial, au moment même où Michel Platini paraissait idéalement placé pour prendre la présidence de la Fifa.

«Enrichissement illégitime»

«J'attends le procès devant le Tribunal pénal fédéral avec optimisme - et j'espère que cette histoire prendra fin et que tous les faits seront éclaircis», a déclaré Sepp Blatter, dans un message transmis à l'AFP. Hospitalisé en début d'année, le Suisse de 85 ans devrait bénéficier d'une durée d'audience restreinte.

Michel Platini se dit de son côté «parfaitement confiant et serein quant à l'issue de cette procédure», déplore «l'acharnement» du parquet et «conteste intégralement ces accusations infondées et injustes».

Dans le détail, défense et accusation s'accordent sur un point: le triple Ballon d'Or a bien conseillé Sepp Blatter entre 1998 et 2002, lors du premier mandat de ce dernier à la tête de la Fifa, et les deux hommes ont signé en 1999 un contrat écrit convenant d'une rémunération annuelle de 300.000 francs suisses, «facturée par M. Platini et intégralement payée par la Fifa».

Mais en 2011, «plus de huit ans après la fin de son activité de conseiller», l'ex-capitaine des Bleus «a fait valoir une créance de 2 millions de francs suisses», acquittée par l'instance du football «avec le concours» de Sepp Blatter, selon le parquet.

Pour l'accusation, il s'agit d'un paiement «sans fondement», qui «a porté atteinte au patrimoine de la Fifa et procuré à M. Platini un enrichissement illégitime».

L'ombre d'Infantino

Les deux hommes martèlent de leur côté, depuis le début de l'enquête, qu'ils avaient oralement décidé d'un salaire annuel d'un million de francs suisses, sans que les finances de la Fifa n'en permettent à l'époque le règlement à M. Platini, et ont simplement réglé le solde avec retard.

Balayant l'idée d'un arrangement discret pour masquer cette somme, Sepp Blatter a rappelé mardi que tous les organes compétents de la Fifa avaient validé le paiement, que l'instance avait acquitté les cotisations retraite correspondantes et que Michel Platini avait «payé des impôts sur ce montant à son lieu de résidence suisse».

L'audience devrait également éclairer les circonstances dans lesquelles cette affaire a éclaté en 2015, quatre ans après le règlement des deux millions, dans un contexte marqué par la course à la succession de Sepp Blatter, après une série de scandales touchant des responsables sud-américains du football.

Les deux prévenus soupçonnent depuis longtemps l'actuel patron de la Fifa, Gianni Infantino, ou son entourage d'avoir alerté le parquet sur cette transaction vieille de quatre ans: alors bras droit de Michel Platini à la tête de l'UEFA, l'Italo-Suisse avait déjoué tous les pronostics en prenant les commandes du football mondial après la mise à l'écart de son patron.

Or la justice suisse enquête parallèlement sur la «collusion» de son ancien chef du parquet avec Gianni Infantino, après trois rencontres secrètes entre les deux hommes, a rappelé mardi M. Platini, dénonçant «des dérives judiciaires indignes d'un Etat de droit».