Didier Deschamps : "Contre la Suisse, tout a été remis en cause"

AFP

17.12.2021

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17.12.2021

«En 2022, mon téléphone est sur silencieux», prévient Didier Deschamps, sélectionneur «épanoui» et prêt à rempiler «dix ans de plus» avec l'équipe de France malgré un contrat expirant après le Mondial 2022, comme il l'assure dans un entretien à plusieurs médias dont l'AFP, jeudi à Nice.

Didier Deschamps a tiré le bilan 2021 de l'équipe de France et évoqué l'avenir en Bleu.
Getty

Que gardez-vous de l'année 2021 ?

«On avait trois objectifs, on en a atteint deux qui sont importants (ndlr : qualification pour le Qatar et sacre en Ligue des nations). L'élimination prématurée de l'Euro a fait mal, mais il faut l'accepter aussi. Tout allait très bien jusqu'à la 81e minute (contre la Suisse en huitièmes). Derrière, ça part dans tous les sens, tout est remis en cause, des détails qui n'ont aucune importance prennent des proportions démesurées. Pouvoir repartir n'est pas évident car c'était un coup dur, mais j'avais la conviction au fond de moi qu'il y avait encore de belles choses à faire. Pour moi, 2021 reste une année positive.»

Qu'est-ce qui vous fait penser que les «dix minutes d'égarement» de l'Euro ne se reproduiront pas au Qatar ?

«Rien, c'est ça le haut niveau. Parfois, ça peut se dérégler. Quand on en fait moins, il n'y a plus de garanties. Quand le résultat n'est pas là et qu'il y a une élimination au bout, tout ressort de manière négative, à l'excès. On était ric-rac sur le plan athlétique. On a dû faire face à une canicule terrible, qui nous a massacrés physiquement. C'est cette accumulation de choses qui nous fait perdre de la lucidité. On est devenu fragile.»

Avez-vous pensé à dire stop après l'Euro ?

«Non. Jamais. Même pas une demi-seconde. J'ai pris le temps de souffler, de m'isoler totalement. C'était trois, quatre jours. A partir du moment où ma détermination et mon envie sont toujours au maximum, je suis prêt à relever le défi.»



Un titre au Qatar sonnerait-il comme le moment idéal pour partir ?

«Je ne me pose pas la question. Je ne me projette pas. Si je dois avoir une autre vie, elle sera aussi très bien. Mais je ne sais pas laquelle. Il n'y a pas de limite d'âge (rires). Quand j'ai débuté comme entraîneur, je disais à ma femme que j'aurais fait le tour à 40 ans. Et regardez aujourd'hui.»

Avez-vous été contacté par des clubs jusqu’à maintenant ?

«Cela a pu arriver qu'on me sollicite, après le titre de champion du monde par exemple, mais je ne suis pas disponible. Je n'ai pas à ouvrir la porte. Je suis épanoui. Je ne ressens pas d'usure comme sélectionneur. Si je pouvais avoir dix ans de plus de ce que je vis aujourd'hui, ce serait l'idéal. Parce que c'est le très, très haut niveau, c'est tout ce que j'aime. Je sais très bien que ça va s'arrêter un jour, mais en tout cas en 2022, mon téléphone est sur silencieux.»

Cette Coupe du monde, vous l'abordez en tenant du titre ou en nation en reconquête ?

«En tenant du titre. L'attente a toujours été très importante autour des Bleus, mais elle l'est encore plus depuis ce titre de champion du monde. L'Euro, c'est très bien, mais il n'y a rien au-dessus d'une Coupe du monde. On ne peut pas aller plus haut. Y arriver c'est très dur, mais se maintenir c'est encore plus dur.»

Donc une Coupe du monde réussie, c'est une Coupe du monde gagnée pour la France ?

«Je sais déjà ce qu'est une Coupe du monde ratée. Tout dépend où on place le curseur, mais oui, l'ambition est celle-là : aller tout au bout. Après, quand on dit ça, l'ambition devient de la suffisance et quand on ne le dit pas, c'est de la langue de bois. C'était le cas pour le dernier Euro. Mais on se doit d'avoir cette ambition, même s'il n'y a aucune garantie.»