Football

Football : l’Amérique du Sud toujours rongée par la violence

ATS

14.3.2022 - 13:57

Le football latino-américain continue d'être rongé par la violence, comme l'ont montré les bagarres entre supporters qui ont fait 26 blessés il y huit jours au stade de Queretaro, au Mexique, et dont les images ont fait le tour du monde.

Des rixes se sont produites au stade de Queretaro, au Mexique, il y a une semaine.
Keystone

ATS

14.3.2022 - 13:57

Ces affrontements entre des partisans du club local et ceux d'Atlas, le champion en titre, à la suite desquels une vingtaine de suspects ont été arrêtés et une batterie de sanctions contre les deux clubs décidées, ont été suivis d'autres violences dans d'autres stades du continent.

Dimanche il y a une semaine, à Belo Horizonte au Brésil, un homme a été tué par balle lors d'affrontements entre supporters de l'Atlético Mineiro et de Cruzeiro avant le derby de l'État du Minas Gerais. Le même soir, en Colombie, des rixes se sont produites à Cali en marge d'un autre derby entre América et le Deportivo. Selon des spécialistes, le problème n'a pas été traité par les autorités alors qu'il empoisonne le football depuis des décennies.

«Pas de remède miracle»

Des pays comme l'Argentine, le Brésil, la Colombie, l'Equateur et le Pérou ont bien décidé de sanctionner les violences par des peines de prison et des interdictions de stade. Des mesures inspirées de la lutte anti-hooligans en Europe, comme l'identification biométrique ou la vidéo-surveillance dans les stades, ont bien été instaurées.

Mais les violences se sont poursuivies: 157 morts au Brésil entre 2009 et 2019, 136 en Argentine depuis vingt ans et au moins 170 en Colombie entre 2001 et 2019, selon différents études académiques ou associatives.

En 2018, il a fallu déplacer à Madrid la finale retour de la Copa Libertadores entre les deux clubs de Buenos Aires, River Plate et Boca Juniors, après l'attaque du bus des joueurs de Boca par des supporteurs de River.

«Il n'y a pas de remède miracle pour arrêter la violence dans le football mais elle peut être diminuée. Pour cela, on a besoin d'une politique publique plus complète», déclare à l'AFP l'universitaire brésilienne Heloisa Reis, auteure du livre «Le football et la violence».

«Besoin de se défouler»

Après les émeutes de Queretaro, le Mexique a interdit les déplacements de supporteurs visiteurs, un moyen déjà utilisé en Argentine, au Brésil et en Colombie, mais dont certains experts pensent qu'il ne fait que déplacer la violence vers la rue.

«Le grand échec de ces politiques est lié au fait qu'elles se concentrent exclusivement sur l'aspect sécuritaire», estime le sociologue German Gomez, de l'Association colombienne des études de sport.

Souvent, les mesures choc ne sont pas appliquées et le travail pédagogique avec les supporters, issus de milieux où sévissent le chômage, les inégalités, la drogue et l'alcool, est négligé, disent les experts. Reis souligne également le rôle des «valeurs masculines de domination, de force et de courage» en vigueur dans les sociétés touchées.

La pandémie de Covid et les confinements, «le besoin de se défouler après un enfermement si prolongé», ont pu aussi avoir un effet, explique Gomez.

Au Brésil par exemple, depuis le 12 février, au moins neuf faits de violence ont été rapportés, dont la mort d'un supporter de Palmeiras par balle et des caillassages de bus d'équipes, dans lesquels plusieurs joueurs ont été blessés.

ATS