Gelson Fernandes: "La journée la plus difficile de ma vie"

Chris Geiger

29.6.2020

Gelson Fernandes (33 ans) a officiellement pris sa retraite samedi à l'issue du match opposant l'Eintracht Francfort au SC Paderborn comptant pour la 34e et dernière journée de Bundesliga. Un moment difficile sur lequel le Valaisan est notamment revenu. Interview exclusive.

Gelson Fernandes, vous avez vécu samedi le dernier match de votre carrière à l'occasion de Francfort - Padeborn. Avec deux jours de recul, comment vous portez-vous?

"J'ai vécu samedi une journée très émotionnelle, très dure même. C'était d'ailleurs la journée la plus difficile de ma vie. Au lieu de repenser à toute ma carrière, j'ai programmé des rendez-vous dès lundi matin afin de faire en quelque sorte le deuil. Après avoir connu ce degré d'émotion, ce n'est vraiment pas facile lorsque tout s'arrête."

Vous êtes malheureusement resté assis sur le banc et les tribunes étaient vides. Avez-vous quelques regrets de terminer dans ces conditions?

"De l'extérieur, on peut penser que c'était compliqué de finir comme cela. Sincèrement, je pense toutefois que c'était une chance. S'il y avait eu un stade plein et ma famille, je ne pense pas que j'aurais pu faire mes adieux. Je n'aurais tout simplement pas été capable de les faire. Le fait d'être remplaçant? J'avais repris les entraînements collectifs vendredi, mais le match était important au niveau du 'ranking' pour les droits TV. J'aurais pu entrer à 3-0, mais Padeborn est revenu à 3-2 et l'entraîneur s'est retrouvé dans une situation compliquée."

Vous avez disputé vos dernières minutes le 30 mai face à Wolfsburg. Une blessure au mollet puis le scénario du match de samedi vous ont ensuite empêché de jouer. Y a-t-il de la frustration de terminer votre carrière ainsi?

"Non, pas du tout. Ce sont des choses qui arrivent. Mon corps m'a tout simplement montré ses limites." 

Ce sont justement ces blessures à répétition durant ces six derniers mois qui vous ont poussé à raccrocher vos crampons?

"J'y pensais déjà avant. Il y a ensuite eu ces indisponibilités, la crise du coronavirus et enfin ces nombreux matches à huis clos. Tous ces éléments m'ont permis de peser le pour et le contre, ce qui m'a permis de constater que c'était le bon moment, à bientôt 34 ans (ndlr: le 2 septembre prochain). Ma façon de jouer est hyper contraignante étant donné que je m'engage beaucoup sur le terrain. Il y a donc évidemment une partie physique, mais il faut également avoir le mental qui suit par rapport aux jambes. De toute manière, je voulais arrêter au plus haut niveau." 

La possibilité de terminer votre carrière en Suisse ne vous a-t-elle donc jamais traversé l'esprit?

"Non, je ne voulais pas. Je ne suis d'ailleurs pas sûr que les trop nombreux terrains synthétiques auraient convenu à mon genou."

Outre votre poste de consultant chez Teleclub, comment allez-vous désormais remplir vos journées?

"J'ai d'autres projets qui seront bientôt annoncés. Je travaille sur ma reconversion professionnelle depuis déjà quelques mois. Je serai actif dans le monde du football, à voir encore sous quelle forme. Mais je serai bel et bien là. Je n'aurai certainement pas le même degré de satisfaction que lorsque je jouais au foot, mais mes attentes sont de prendre du plaisir. Cette notion me paraît importante voire fondamentale."

Interview de Gelson Fernandes, nouveau consultant à Teleclub

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"’C'est une occasion fabuleuse qui m’est offerte, je devrai engranger de l’expérience dans ce nouveau rôle, mais je ferai les efforts nécessaires comme j’ai pu le faire durant ma carrière !"

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N'avez-vous pas peur de ressentir un certain vide?

"Non, je ne l'aurai pas. Je serai dans un premier temps en vacances avec ma famille, mais ensuite ça va directement repartir. Je suis quelqu'un qui enchaîne, qui ne laisse pas la place au vide. C'est quelque chose que je ne voulais pas. La période de confinement liée à la crise sanitaire m'a d'ailleurs préparé car j'avais davantage de temps pour moi."

Depuis votre départ de Sion en juillet 2007, et hormis une pige de six mois en Valais en 2013, vous avez vécu exclusivement à l'étranger. La Suisse vous a-t-elle manqué?

"Oui oui, quand même. Ça me fait très plaisir de revenir m'installer en Suisse. Dès dimanche après-midi, je suis d'ailleurs rentré en Valais."

Que retiendrez-vous de toutes vos expériences en Angleterre, en France, en Italie, au Portugal et donc en Allemagne?

"Footballistiquement, j'ai vécu des émotions énormes. J'ai eu la chance d'évoluer dans de bons championnats, dans des stades pleins et face à de grands joueurs. C'est donc certain que j'ai réalisé mon rêve. Humainement, j'ai rencontré des gens fantastiques et j'ai pris du plaisir partout où je suis allé."

Vous dites avoir réalisé votre rêve. Petit, pensiez-vous réussir un tel parcours?

"C'était un rêve, mais aussi un objectif. Par contre, je ne suis pas sûr que beaucoup de monde autour de moi me croyait capable de réussir une telle carrière, aussi longtemps. Il faut être honnête, je n'étais pas le plus talentueux des joueurs, mais j'avais un grand coeur."

En 2015, vous étiez devenu le premier joueur du siècle à avoir marqué dans quatre championnats majeurs. Est-ce à travers ce type d'anecdotes que vous aimeriez qu'on se souvienne de vous?

"Non! Ce serait top qu'on se rappelle plutôt de moi comme d'un bon mec, qui a un bon fond et qui a toujours tout donné."

Avez-vous conscience d'avoir marqué l’histoire récente du football suisse et de l’équipe nationale (67 sélections)?

"Je ne sais pas si j'ai ouvert des portes en m'imposant de manière durable à l'étranger. Si je peux être une forme d'exemple et de motivation pour les petits gars grâce à mon parcours, alors tant mieux. Mais j'espère évidemment qu'ils fassent encore des plus belles carrières que moi."

Plus globalement, avez-vous des regrets en regardant votre carrière?

"Le fait d'avoir beaucoup changé de club ne constitue pas une grande déception. Je dirais plutôt que j'ai parfois été impatient. Si je devais refaire certaines choses, je les ferais de façon différente. Mais on est toujours plus intelligent après. Une autre chose que je changerais? Je ferais en sorte que Blerim Dzemaili ne fasse pas une tête sur le poteau, mais plutôt que le ballon aille au fond (ndlr: Suisse - Argentine 0-1 ap lors du 8e de finale du Mondial 2014). C'était une grande déception pour les joueurs et les supporters, mais je suis persuadé que c'était également une grande fierté. Je ne crois pas que la Suisse du football avait déjà vécu un tel match face à un tel cador lors d'une Coupe du monde. On avait alors joué au même niveau que l'Argentine."

Si ce souvenir est plutôt contrasté, quel passage de votre carrière vous a le plus marqué?

"Je dirais ma dernière expérience à l'Eintracht Francfort. C'est le moment de ma carrière où j'avais le plus de maturité. Je me rendais également compte de la chance que j'avais. C'est d'ailleurs en fin de carrière, en Allemagne et à Rennes, où je suis resté le plus longtemps dans mes clubs. Le championnat qui me correspondait le mieux? J'ai préféré la Premier League et la Bundesliga, notamment pour leur style de jeu."

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