Maillefer: "Je vais vraiment me demander si je continue"

Teleclub NL

30.3.2020 - 05:00

Augustin Maillefer voguait avec le quatre sans barreur suisse vers ses troisièmes Jeux olympiques à Tokyo, après avoir disputé ceux de 2012 à Londres et de 2016 à Rio avec le quatre de couple. Mais depuis le report des JO à 2021, le sociétaire du Lausanne Sports Aviron navigue dans l'incertitude. Il revient pour Bluewin.ch sur sa saison chamboulée et aborde son avenir dans sa discipline. Interview. 

Augustin Maillefer: "On a clairement notre coup à jouer et de grands espoirs pour Tokyo."
Keystone

Augustin Maillefer, on sait depuis mardi que les JO de Tokyo se dérouleront en 2021. Quelle a été votre réaction? Étiez-vous favorable à un renvoi?

"J'étais favorable à ce renvoi. Ça me semblait logique au vu de tout ce qu'il se passe dans le monde. Il ne fallait pas se mettre des oeillères et vouloir maintenir les JO coûte que coûte. Même si cette décision n'était pas de mon ressort, elle était logique et souhaitable. Et même si personnellement ça chamboule tout, je n'ai rien à redire contre ce choix, bien au contraire!"

On a appris jeudi que le CIO avait décidé que les athlètes déjà qualifiés pour 2020 l’étaient aussi pour 2021. On imagine que c'est un soulagement pour votre équipe, qui avait obtenu son billet grâce à sa 8e place aux Mondiaux de Linz-Ottensheim en août 2019.

"J'avoue que, de ce point vue-là, je ne me faisais pas trop de soucis. En tout cas pour l'aviron, ça me paraissait logique. Je ne voyais pas trop comment ils pouvaient enlever le crédit des résultats obtenus. Et même s'ils l'avaient fait, ce qui me paraissait infaisable, je ne sais pas comment ils auraient pu réorganiser les qualifications pour tout le monde. Les Jeux sont reportés, mais ils ne le sont pas à dans quatre ans. Je suis peut-être un petit peu naïf, mais ça me semblait aller de soi."

Vous avez aussi reçu vendredi des informations de la Fédération suisse des sociétés d’aviron (FSSA) vis-à-vis de la suite de la saison. Expliquez-nous.

"La FSSA a relayé les informations de la Fédération Internationale des Sociétés d’Aviron (FISA) et s'est prononcée sur comment elle envisageait la suite. Du coup, la saison 2020 d'aviron va être extrêmement pauvre. Pour l'instant, la seule 'vraie' compétition qu'il reste peut-être au programme, ce sont les championnats d'Europe à Poznan (Pologne) qui se dérouleraient en automne, alors qu'au départ, ils étaient prévus en juin. C'est la seule course internationale de haut niveau qui serait potentiellement maintenue. Tout le reste est annulé. C'est clair et net. Est-ce que d'autres régates internationales vont se créer durant cette année spéciale? Peut-être, mais sans garantie."

Pour le moment, vous n'avez donc aucune idée quand se déroulera votre prochaine régate?

"Oui. Pour le moment, il n'y a que des incertitudes. La seule certitude, c'est que toutes les autres compétitions internationales sont annulées, après c'est l'incertitude..."

Justement, en ne connaissant pas sa prochaine échéance, comment fait-on pour rester focus sur la compétition et motivé?

"Alors déjà jusqu'au 19 avril prochain, date à laquelle les mesures édictées par la Confédération devraient prendre fin, on (les rameurs) a carte blanche. Ça veut dire que ceux qui veulent faire du sport en font, mais il n'y a aucune obligation. Histoire que chacun puisse encaisser le coup et réfléchir à la suite. Pour beaucoup, on mise tout sur l'aviron et on orchestre nos vies autour de notre discipline. Dès que l'aviron se serait terminé après les JO en août 2020, tout le monde aurait eu des plans professionnels ou personnels. Avec ce report, tous les athlètes vont se demander: 'Est-ce que je suis prêt à remettre à plus tard tout ce que j'avais déjà remis à plus tard?' Pour certains, ça semble logique, mais pour d'autres, c'est plus compliqué."

Et dans votre cas?

"Si je suis convaincu que je peux m'entraîner dans un bon environnement au sein de la Fédération suisse jusqu'à Tokyo 2021, je peux m'imaginer à réaménager ma vie encore une fois et encore une année. Mais pour cela, il faut que je regarde comment la FSSA compte concrètement s'y prendre pour arriver jusqu'aux Jeux."

Etant donné que vous avez "carte blanche", comment vous êtes-vous adapté concernant votre préparation?

"Alors jusqu'au 19 avril prochain, je vais me préparer 'au feeling'. Je vais me mettre aucune pression et y aller au plaisir. Ça sera déjà pas mal. Ensuite et si on veut continuer notre aventure avec l'équipe suisse d'aviron, on est tenté de recommencer les entraînements dès mi-avril. Et si possible de les centraliser à Sarnen (où se situe le centre national de l'aviron). Mais c'est très peu probable. Dès le 19 avril, on est quand même censé à nouveau avoir une certaine structure et à mi-mai être à 200%."

Si on en revient à Tokyo, on imagine que vous vous étiez fixé des objectifs avec le quatre sans barreur helvétique (une seule rame par concurrent). Seront-ils les mêmes en 2021? 

"C'est compliqué à dire. Après les Mondiaux de Linz-Ottensheim en août 2019 où on avait terminé au 8e rang, on sentait encore tout le potentiel qu'on avait et qu'on pouvait aller chercher plus. Mais depuis l'automne 2019, on a presque jamais sorti notre bateau. On s'est presque entraîné qu'à deux au lieu de quatre. On était censé se remettre maintenant à quatre pour faire des références et des compétitions internationales. Mais ce n'est absolument pas le cas. Ça fait depuis longtemps qu'on a plus retouché à notre quatre sans barreur, donc on aura encore moins de repères. On a clairement notre coup à jouer et de grands espoirs pour Tokyo. Mais on n'a rien pour le prouver depuis 6 mois. L'objectif va donc déjà être de l'entraînement avant de parler de compétition."

Une saison qui s'annonce donc peu remplie...

"Au contraire. C'est ça qui est dur, car la saison va être remplie mais uniquement d'entraînement. Et on a déjà fait ça tout l'hiver. Je vais vraiment me poser la question si je continue et dans quelle condition. Savoir si je continue ou pas l'aviron en direction de Paris 2024. J'avais de toute façon prévu qu'en 2021 j'allais prendre une petite pause. Je n'allais pas directement enchaîner. Mais maintenant, avec le report des JO, ça me ralentit sans vraiment faire de 'break'."

Pour quelles raisons comptiez-vous mettre en pause l'aviron en 2021? 

"Je comptais finir mon Master en sciences du sport à l'université de Lausanne l'an prochain. Ça repousse le tout à une année, même si ce n'est pas dramatique en soi. Ça demande beaucoup d'organisation et puis il faut quand même être au clair avec ses priorités." 

Pour finir, avez-vous des craintes vis-à-vis de la pandémie du coronavirus?

"J'espère que cette pandémie va bientôt se terminer, car nous, les rameurs, sommes complètement à l'arrêt. Pour l'instant, le monde ne met pas le sport au premier plan. Et c'est totalement normal, je ne suis pas en train de me plaindre (rires). Mais j'espère que tout va rentrer dans l'ordre et que chacun pourra retourner à ses occupations."

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