Un cocktail explosif pour les Jeux olympiques

ATS

12.7.2021 - 08:52

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12.7.2021 - 08:52

Chaleur de plomb, humidité et port du masque obligatoire: les Jeux olympiques de Tokyo s'annoncent torrides, et bien que les mesures contre le coronavirus soient la priorité, des experts mettent aussi en garde contre les dangers de la canicule.

Les JO de Tokyo devront faire face aux dangers de la canicule.
Keystone

La touffeur de l'été japonais, qui combine chaleur et humidité en un cocktail inconfortable et parfois mortel, a commencé à préoccuper les organisateurs bien avant que la pandémie ne force le report d'un an des JO 2020.

La délocalisation des marathons et des épreuves de marche sur l'île septentrionale d'Hokkaido avait été décidée dès 2019 pour tenter d'échapper aux températures pouvant atteindre 37°C et aux 80% d'humidité de la capitale nippone.

Les organisateurs avaient aussi imaginé soulager athlètes et spectateurs avec de la neige artificielle ou la distribution de glaces.

Mais les mesures sanitaires liées à la pandémie compliquent leur tâche, même si l'interdiction des spectateurs sur la quasi-totalité des sites limitera les risques de coups de chaleur.

Le port du masque sera en effet obligatoire pour tous, et les sportifs arrivant au Japon juste avant les épreuves à cause des mesures anti-Covid-19 auront peu de temps pour s'acclimater.

«Menace pour les sportifs»

Organiser les Jeux en juillet-août «était déjà un problème épineux avant la pandémie de coronavirus», a récemment déclaré à la presse le président de l'Association médicale de Tokyo, Haruo Ozaki.

Même en «exfiltrant» certaine épreuves, «il y a toujours de gros risques de coups de chaleur aux épreuves de marche, de triathlon et de beachvolley», a-t-il mis en garde.

Lors d'épreuves tests en 2019, l'organisation a expérimenté diverses mesures de lutte contre la chaleur: 1360 tonnes de glace pour rafraîchir les sportifs, tentes pour faire de l'ombre, distribution de crèmes glacées, utilisation de brumisateurs...

Malgré cela, plusieurs personnes, y compris des sportifs, ont été victimes de malaises lors d'épreuves de beachvolley et d'aviron.

Non sans ironie, la candidature de Tokyo à l'organisation de l'événement s'était imposée face à des rivaux comme Doha en vantant les «températures douces» de la capitale nippone.

Urbanisation croissante

Les conditions estivales torrides de la ville sont pourtant connues, et les JO qu'elle a déjà accueillis en 1964 s'étaient alors déroulés en octobre pour éviter la chaleur.

Le problème s'est encore aggravé ces dernières années à cause du réchauffement climatique et de l'urbanisation croissante, d'après des experts.

Un rapport publié en mai par l'Association britannique pour un sport durable (Basis) prévenait que «la chaleur intense et l'important taux d'humidité sont une menace pour les sportifs» aux Jeux de Tokyo.

Coups de chaleur mortels

La rameuse britannique Melissa Wilson, citée dans ce rapport, estime que les températures à la hausse dans le monde entier sont un danger pour l'aviron.

«C'est un moment horrible, quand vous voyez les sportifs franchir la ligne d'arrivée, leurs corps s'élancer en arrière dans un état d'épuisement total, et ne pas se relever», a-t-elle déclaré.

En 2019, 7'000 personnes ont appelé les secours pour des coups de chaleur au Japon, où 118 décès ont été recensés entre juin et septembre. Même en 2020, lorsque la population était appelée à rester chez elle à cause de la pandémie, 65'000 personnes ont eu besoin de soins et 112 sont mortes.

Les médecins ont prévenu les organisateurs que les interventions liées à la chaleur pendant les Jeux pourraient détourner les ressources médicales de la lutte contre le coronavirus.

Les règles sanitaires, demandant aux athlètes de porter le masque en permanence, sauf pour s'entraîner, concourir, manger, boire, dormir ou pendant les interviews, devraient encore compliquer la situation.

Un responsable du comité d'organisation Tokyo-2020 a assuré à l'afp que le comité «discutait de la situation avec des experts» et que les règles seraient «flexibles» en tenant compte des risques liés à la chaleur.

Le masque peut ainsi être retiré «si vous êtes à l'extérieur et à deux mètres au moins des autres», a-t-il précisé.

ATS