Ligue 1 Un but gag et une relégation : la lente agonie d’Angers

AFP

1.5.2023

C'était écrit et c'est désormais officiel, après une 25e défaite dimanche à Rennes (4-2): un temps anachronique îlot de stabilité de l'élite, Angers n'a pas survécu à l'explosion de son trio magique Chabane-Pickeu-Moulin et va entamer un parcours très incertain en Ligue 2 la saison prochaine.

Rennes - Angers : un but gag à la clé

Rennes - Angers : un but gag à la clé

Cédric Hountondji a marqué un but contre son camp et a précipité la défaite d’Angers face à Rennes dimanche lors de la 33e journée du championnat de Ligue 1.

01.05.2023

AFP

1.5.2023

Instaurée en 2011, l'association entre Saïd Chabane, industriel dans la charcuterie, Olivier Pickeu, directeur sportif découvreur de talents, et Stéphane Moulin, tacticien capable de relancer chaque saison un assemblage de novices et de grognards, a fait des merveilles.

Ensemble, ils ont fait grandir tranquillement le club, en s'appuyant sur des joueurs piochés en L2, une défense solide et quelques réussites offensives vite et souvent bien revendues: Nicolas Pépé, Jeff Reine-Adélaïde, Karl Toko Ekambi et plus récemment Mohamed-Ali Cho ou Azzedine Ounahi.

Une montée en L1 en 2015, une finale de Coupe de France perdue de peu face au PSG (1-0) en 2017, une équipe qui s'installait parfois sur le podium en phase aller avant de souffrir pendant l'hiver puis de se maintenir: bon an mal an, avec l'un des plus petits budgets du championnat et loin des paillettes et des scandales, Angers est devenu un visage familier de l'élite.

Mais début février 2020, coup de tonnerre: Chabane est mis en examen pour agressions sexuelles aggravées. Il dément toute mauvaise conduite mais six jeunes femmes ont porté plainte.

Parti en vrille

Depuis tout est parti en vrille: Chabane ne s'est pas résolu à se mettre en retrait, il a limogé Pickeu au printemps 2020, puis une série d'autres collaborateurs au fil des ans, qui valent au club un abonnement aux prud'hommes. Et ses efforts pour trouver un repreneur restent vains, alors que les finances sont dans le rouge.

Après dix ans à la tête de l'équipe, Moulin a choisi de partir avec son staff à l'été 2021 et de rejoindre Pickeu, désormais président de Caen (L2).

Appelé à prendre le relais, Gérald Baticle a pu s'appuyer sur les anciens piliers du vestiaire, présents depuis 2015, pour assurer l'essentiel l'an dernier. Mais cette année, tout est allé de travers. En fin de contrat, les cadres sont quasiment tous partis et l'effectif bricolé avec les moyens du bord n'a pas fait le poids.

Plombée par son irrégularité et les erreurs individuelles, l'équipe est lanterne rouge depuis la 12e journée et a subi une série record de 13 défaites d'affilée cet hiver. Face au désastre, Chabane a viré Baticle et lancé Abdel Bouhazama, responsable du centre de formation. Echec sur le terrain et nouvelle opprobre publique en mars après la révélation de propos sexistes de l'entraîneur en soutien à Ilyes Chetti, un défenseur latéral ayant reconnu une agression sexuelle.

«Chabane en prison»

Mais quelques semaines plus tard, nouveau coup de tonnerre: Chabane est mis en examen pour blanchiment en bande organisée dans le cadre d'une enquête sur des malversations lors de transferts de joueurs. L'industriel avait cédé quelques jours auparavant son poste de président à son fils Romain, mais reste propriétaire de 99% des parts du club.

Paradoxalement, l'équipe va mieux, sous la houlette d'Alexandre Dujeux, ancien adjoint de Baticle puis Bouhamaza. Elle s'est même offert début avril sa première victoire en L1 depuis septembre (1-0 face à Lille), pendant que les Ultras scandaient «Chabane en prison».

«On reste une équipe de Ligue 1 jusqu'au 14 juin mais, après, il faudra travailler sur autre chose et ça démarre dès maintenant», a expliqué le gardien Paul Bernardoni. Deux jeunes de 17 ans, Justin Kalumba et Jean-Mattéo Bahoya, tout juste lancés dans le grand bain, illustrent le potentiel à venir.

Mais l'interdiction de recrutement pour deux ans que la Fifa vient de prononcer à la suite d'un litige sur le transfert de Chetti vient plomber les espoirs, alors que tout l'effectif sera à reconstruire cet été. Frappé d'une sanction similaire en 2021 pour une autre affaire, le club s'en était sorti en appel. Par le passé, Angers a déjà chuté cinq fois de l'élite. Les trois premières, il est remonté l'année suivante. Les deux suivantes, il lui a fallu 12 ans puis 21 ans.