Justin Murisier : "Je n'ai pas fait la noce pendant une semaine"

Chris Geiger, à Adelboden

7.1.2021

Trois semaines après être monté sur son premier podium de Coupe du monde à Alta Badia, Justin Murisier espère briller ce week-end du côté d'Adelboden. Le Bagnard s'est longuement confié jeudi en conférence de presse. Interview.

Justin Murisier espère briller ce week-end en géant à Adelboden.
Keystone

Justin Murisier, vous avez fêté le 20 décembre dernier à Alta Badia votre premier podium en Coupe du monde (troisième du géant). Est-ce que vous vous y attendiez ?

"Pas forcément car je revenais de blessure (ndlr : déchirure du ligament croisé du genou). J'ai toujours voulu faire un podium et il n'est jamais trop tôt pour monter sur la boîte. J'étais davantage surpris que ça arrive si vite avec 'Head' car c'était seulement ma quatrième course avec ces skis. Je ne m'attendais donc pas à être si vite tout devant."

Justement, quelle est la part de réussite de votre changement de matériel dans votre podium ?

"La matériel est très, très important pour un skieur et c'est une chose qui n'est pas assez mise en avant. Depuis que je suis chez "Head", j'ai beaucoup plus d'assurance dans mon ski. Je ne sors jamais, même à l'entraînement. J'ai l'impression d'avoir une certaine légèreté que je n'avais pas avant. On ne va pas se voiler la face : lorsqu'il y a trois skieurs sur 'Head' sur le podium à Alta Badia, cela prouve que le matériel est très important."

Avez-vous accueilli ce podium comme une délivrance ?

"Complètement ! Dans un coin de ma tête, faire un podium en Coupe du monde et battre les meilleurs étaient mes rêves d'enfant. Le fait d'avoir pu réaliser cette performance me permet d'être désormais plus tranquille et d'avoir moins de pression. Ce podium me permet également de me focaliser sur d'autres choses et, surtout, me dit que monter sur la boîte est quelque chose de possible."

Vous avez subi quatre opérations aux genoux suite à des déchirures des ligaments croisés. Certaines personnes vous voyaient perdu pour le ski. Avec ce podium, avez-vous ainsi le sentiment d'avoir pris votre revanche ?

"Je dirais plutôt que ma revanche a été prise contre mon corps et toutes les étapes endurées. Mon corps a toujours voulu me rabaisser et me dire 'tu n'y arriveras pas'. J'ai réussi à me battre contre cela plutôt que contre des personnes externes. Ces dernières ne m'affectent pas. Je fais simplement mon bonhomme de chemin avec l'objectif d'être 'vite' sur mes skis. Mon but n'est pas d'être le meilleur ami de tout le monde."

Lorsqu'on subit de telles blessures à répétition, est-ce une chance de représenter Swiss-Ski plutôt qu'un autre pays ?

"Il n'y a pas vraiment un programme de remise sur pied à Swiss-Ski. J'ai toujours dû me débrouiller par moi-même, j'ai pris mes propres décisions en fonction des thérapies que j'allais suivre pour revenir de mes blessures. Si je suis resté dans l'équipe, c'est parce que chaque année je revenais et je faisais des résultats. Si je n'avais pas fait de résultats, je n'aurais plus été accepté par Swiss-Ski. Je ne pense donc pas que représenter la Suisse plutôt qu'une autre nation aide à revenir après des blessures. Plus globalement, si j'ai pu retrouver ma technique, c'est surtout grâce à mes entraîneurs et à mon encadrement. A l'image des récents succès slovènes et américains, chaque nation possède de bons coaches. L'important est de savoir en profiter."



Pour revenir à votre podium, avez-vous pu récupérer sur le plan émotionnel ?

"J'ai récupéré assez rapidement, il faut vite retomber sur terre afin de se préparer rapidement pour la prochaine course. J'ai eu 2-3 semaines de répit, mais je suis rapidement passé à autre chose. Je n'ai pas fait la noce pendant une semaine et je ne suis pas encore en train de récupérer (rires) !"

Plus globalement, qu'appréciez-vous sur les pistes d'Alta Badia ou d'Adelboden ? 

"Sur ces pistes, il est vraiment possible 'd'envoyer' et de mettre du gaz. Il y a toutefois aussi un aspect tactique où seuls les meilleurs géantistes du monde peuvent faire un résultat. Le Chuenisbärgli ? Il s'agit d'une piste difficile où il n'y a pas vraiment le temps de se reposer. L'expérience y est très utile."

Vous ne comptez toutefois que deux résultats en géant à Adelboden (11e en 2018 et 23e en 2020). Appréciez-vous quand même cette piste du Chuenisbärgli ?

"Si j'ai si peu de résultats, c'est parce que je n'ai pas fait beaucoup de saisons au top niveau en raison de mes blessures et de certaines baisses de régime. J'ai donc rarement été en position de battre les meilleurs ici à Adelboden. Malgré cela, cette piste me plaît vraiment et je pense qu'il y a moyen que je fasse un bon résultat ce week-end."

Vous pensez donc être capable de battre votre meilleur résultat ?

"J'espère car sinon ça voudrait dire que je ne serai pas dans le Top 10. Mon but est d'être dans les 10, mais ce n'est pas la course du Ski-Club. Il faudra donc mettre les gaz car il y a beaucoup d'athlètes qui voudront réaliser de bons résultats sur cette piste mythique."

Depuis la victoire de Marc Berthod en géant en 2008, aucun géantiste suisse n'est parvenu à monter sur le podium à Adelboden. L'absence de public ce week-end peut-elle vous libérer ? 

"Oui et non. Certains athlètes ont besoin des fans, alors que d'autres préfèrent être tranquilles dans leur coin. On se bat avant tout pour nous-même, pour notre carrière. Je ne pense donc pas que l'absence des spectateurs justifiera un éventuel podium vendredi ou samedi. Si cela devait être le cas, ce sera parce qu'on possède une excellente équipe de géant et grâce à la bonne dynamique et à la grande forme qui règnent actuellement au sein du groupe. Ce n'est pas l'absence des petits drapeaux qu'on voit habituellement à l'arrivée qui va expliquer nos performances (rires) !"

Finalement, deux géants sur la même piste en deux jours, qu'est-ce que cela change concrètement pour les coureurs ?

"Notre sport est un sport d'adaptation. Le fait d'avoir deux courses de suite sur la même piste peut influencer les résultats du deuxième jour pour les athlètes qui ont eu de la peine à s'adapter techniquement ou au niveau de leur matériel. Je préfère n'avoir qu'une course par étape de Coupe du monde car, à mon avis, on ne se rappellera pas du vainqueur du vendredi."

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