Darius Rochebin: «Vous n’êtes pas assis sur une rente»

Aurélia Brégnac / AllTheContent

5.8.2020 - 14:05

Darius Rochebin a présenté son dernier 19h30. Le présentateur-vedette du téléjournal depuis plus de 20 ans quitte la RTS pour rejoindre la chaîne française LCI dès la rentrée.
RTS / Jay Louvion

C'était en mai 2015: Darius Rochebin accordait une interview pour «Bluewin.ch». Il y évoquait son rôle phare au 19h30 de la RTS, ses plus beaux souvenirs, sa vie personnelle... Il quitte aujourd'hui la chaîne suisse pour rejoindre LCI, chaîne d'information continue française. L'occasion de se pencher à nouveau sur cette interview désormais datée. Où se voyait-il «dans 10 ans»?



ARCHIVES. Il s’invite depuis plus de 15 ans à 19 h 30 dans le salon des Romands, leur délivrant les bonnes et les mauvaises nouvelles qui font l’actualité. Darius Rochebin, figure incontournable du petit écran, dispose d’un important capital sympathie qui lui vaut d’être le présentateur préféré du public. Mais quelle personnalité se cache derrière le journaliste?

On a l’impression de vous connaître mais vous dévoilez-vous vraiment sur le plateau? A quoi ressemble votre vie en dehors de la télé?

Je ne suis pas très différent dans la vie. Je suis persuadé que la télé est un média qui montre les gens tels qu’ils sont. La parole, l’accent, l’apparence, les mimiques finissent par exprimer de manière assez transparente qui est derrière l’écran.
J’ai des plaisirs assez simples: j’aime bien lire, prendre le temps de dîner le soir, après le travail. J’aime rire: c’est mon bonheur de la journée! Rire des blagues de mes amis au téléphone, entre deux séances. Je téléphone énormément. Je suis un client assidu du smartphone (rires).

Vous faites, vous aussi, partie de la «génération connectée»?

Oui, ça m’a changé la vie! Je me rappelle, alors que je faisais un reportage en Israël – en 1996, je crois –, avoir découvert pour la première fois l’usage du portable. J’ai tout de suite adoré ça. J’ai aujourd’hui deux portables synchronisés, pour être sûr de ne jamais tomber en panne, et une tablette. Je me balade toujours avec ces trois écrans. C’est très important pour moi. Et très utile dans la profession de journaliste. Cela permet de passer d’un sujet à l’autre et de s’amuser en travaillant.

«Un homme comme Depardieu m’a aussi beaucoup marqué.»

Parmi toutes les personnalités que vous avez rencontrées, quelles sont celles qui vous ont le plus marqué?

Gorbatchev, parce que c’était l’Histoire! Il y a tout de même peu de personnalités que l’on interviewe et dont on est sûr qu’elles resteront incontournables dans les livres d’Histoire. J’ai eu la chance de l’interviewer 6 ou 7 fois; la première fois en tant qu’étudiant, au début de son accession au pouvoir, puis après la chute de l’Union soviétique… Il y a une dimension personnelle qui s’est créée au fil du temps.
Un homme comme Depardieu m’a aussi beaucoup marqué. C’est une personnalité très forte, très originale et poétique, qui rend chaque interview différente. Etre un vrai personnage, ce n’est pas donné à tout le monde! Depardieu fait partie de ces gens qui ont une personnalité tellement forte que même leurs silences sont évocateurs.

Vous êtes papa depuis quelques années. Qu’est-ce que cela a changé dans votre vie?

C’est un enrichissement, bien sûr. Comme toutes les grandes expériences de la vie. Lorsqu’on est journaliste, il faut idéalement avoir toutes sortes d’amis, avoir voyagé partout, avoir ressenti beaucoup d’émotions différentes. Elever un enfant fait partie de ces enrichissements, qui vous changent et vous mettent en contact avec une réalité qui peut, autrement, vous échapper assez vite.

«J’ai perdu beaucoup de temps, plus jeune, en pensant qu’il fallait mieux s’économiser...»

La paternité vous a-t-elle éloigné de votre travail?

Non, parce que je suis un hyperactif. J’aime cette phrase de Primo Levi: «Pour faire les choses, il ne faut pas avoir le temps de les faire.» Plus vous êtes actif et mieux vous faites les choses. Une idée en amène une autre, une rencontre amène une idée de reportage… J’ai perdu beaucoup de temps, plus jeune, en pensant qu’il fallait mieux s’économiser pour être en forme. Sans aller au-delà d’un certain seuil, c’est en réalité aux limites de la fatigue qu’on devient le plus productif, le plus inventif.

«Il y a toujours ceux qui pensent que vous êtes lisse et sans saveur»

Quel est le reproche que le public peut vous faire?

Lorsqu’on présente le journal télévisé, il y a toujours ceux qui pensent que vous êtes lisse et sans saveur. C’est lié à la profession. L’exercice de présentateur est quand même très spécial: la marge d’opinion personnelle que l’on peut apporter est très limitée. Ce qui amène à penser qu’on est lisse…

Sinon, ce qui me touche est une forme d’attachement presque familial, spontané, de la part du public. Les jeunes qui me disent qu’ils ont grandi avec moi ou les enfants qui, eux aussi, me connaissent. C’est une impression quand même assez curieuse de se dire que l’on existe dans le quotidien d’une ou plusieurs générations qui ont grandi avec vous… On fait partie du mobilier. Mais je suis complètement imperméable à la mégalo ou à la prétention. Je ne me confonds jamais avec les grands artistes, sportifs ou créateurs, qui sont connus grâce à UN génie propre. Il y a cette phrase de Roger Gicquel (journaliste et présentateur TV français, ndlr) qui dit: «Si l’on mettait un pot de fleurs chaque soir à 20 h, il finirait par être très connu.» Lorsque vous présentez le journal, vous êtes passeur, observateur… pas directement «acteur» du jeu.

Lorsqu’on est, comme vous, la «star» du téléjournal depuis tant d’années, à quoi rêve-t-on encore?

J’aime beaucoup ce métier parce que c’est très complet. On écrit tous les jours, on fait du terrain… Les interviews sont une forme de terrain, il y a des émotions qui peuvent être très fortes sur le direct en plateau. Le travail d’un présentateur est bon lorsqu’il le fait naturellement, que l’émotion n’est pas forcée ou surjouée en fonction du sujet. Et le naturel n’est pas spontané, il s’acquiert avec le temps, l’habitude et le travail.

Comment vous imaginez-vous dans dix ans?

Franchement, je ne sais pas du tout. Le journal se fait au jour le jour. Vous devez chaque soir faire vos preuves. Vous n’êtes pas assis sur une rente. Vous pouvez tout aussi bien arrêter dans les semaines qui suivent ou continuer pendant des années. Tant que l’envie est là! J’essaie de me remettre en question au quotidien. C’est un métier de service où il faut être bon chaque jour.

Vous répondez rarement aux interviews. Redoutez-vous ce type d’exercice?

C’est évidemment plus difficile d’être dans la position de l’interviewé que d’intervieweur. Et je suis sensible au fait qu’il ne faut pas mélanger les rôles. Etre transparent fait partie du jeu, mais il faut rester dans la limite du raisonnable. On n’est pas des stars.

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