Maïwenn: «Ce n’est pas la bonne période pour dire que la femme est fragile...»

Caroline Libbrecht/AllTheContent

28.5.2018

Maïwenn (Julie Susini)
Xavier Lahache / Gaumont /Canal+/AllTheContent

Maïwenn interprète Julie Susini, dans la série Nox (création originale Canal+). Lorsque Julie Susini disparaît soudain dans les profondeurs de Paris, sa mère part à sa recherche. Débute alors un polar qui explore aussi les tréfonds de l'âme humaine...

Bluewin: comment s’est construite la relation avec Nathalie Baye qui joue votre mère dans la série Nox?

Maïwenn: j’ai vécu chez elle pendant six mois (rires). Il y avait des dialogues que je n’avais pas envie de dire, j’ai beaucoup parlé avec Mabrouk (El Mechri, le réalisateur, NDLR) pour tenter de gommer le côté trop explicatif, trop appuyé. Les situations étaient bien, mais les dialogues étaient parfois trop explicites, notamment la scène du début quand ma mère vient vivre chez moi. J’aime les improvisations. Parfois, des dialogues sont bien écrits, mais on y perd en spontanéité. J’applique aussi ma façon à moi de travailler: j’aime quand les acteurs s’écoutent à 200% et, pour cela, il faut gommer ce qui est trop écrit. Je n’aime pas le côté scolaire. Chacun peut dire les choses à sa manière.

Est-ce plus difficile pour un réalisateur de travailler avec vous qui êtes actrice et réalisatrice?

Non, pas du tout! On peut avoir un point de vue sans réaliser des films. A chaque fois qu’un acteur-réalisateur donne son avis, on lui répond qu’il est réalisateur. C’est injuste de juger un acteur sous prétexte qu’il a fait des films et de dire «Il mélange tout. Là, ce n’est pas son film!»

Faire exister ce personnage qui disparaît si rapidement, est-ce une vraie difficulté?

Je ne me suis pas dit ça. On est impliqués, on travaille avec passion. Je tourne peu en tant qu’actrice et, quand je tourne, j’ai envie de m’impliquer à 100%, je laisse faire ma façon d’être. Ma façon d’être, c’est de peu faire appel à ma mémoire et au texte. On avait tous en commun la volonté que la série soit bien, plus que le souci de notre propre personnage. Notre objectif, c’est le résultat final, on veut que Mabrouk ait suffisamment de matière. Il nous laissait très libres. On voulait laisser derrière nous un objet qui nous plaise.

Pendant le tournage, qu’est-ce qui vous a plu le plus?

Ce sont les scènes d’action. Plus il y a d’action, plus j’aime! C’est génial de jouer un flic. Avoir le brassard, jouer un braquage, j’adore.

La parentalité est au coeur de la série. Avez-vous mis un peu de vous-même dans le personnage de Julie Susini?

Ce n’est pas ce que je préfère, surtout que ma mère s’appelle Catherine, comme le personnage joué par Nathalie Baye. Quand je joue un rôle, je ne fais que penser à des situations et des sentiments que j’ai connus ou que je connais. En jouant le personnage de Julie, je me suis appuyée sur l’idée que les parents transmettent leurs frustrations à leurs enfants. C’est quelque chose que je connais, dont j’ai parlé dans mon premier film, etc. Je n’ai pas eu l’impression d’être dans un sujet différent du mien. Cela faisait écho à mon histoire.

Maïwenn (Julie Susini), Malik Zidi (Raphaël Berger)
Xavier Lahache / Gaumont /Canal+/AllTheContent

Comment avez-vous appréhendé le personnage?

C’est une fille très libre qui a décidé de ne pas censurer ses désirs, elle essaie tout. Elle prend sa vie en main, même si elle a fait des choses pas correctes. Elle devient honnête et se fait rattraper par son passé. Elle a été dans le besoin de plaire à sa mère, de ne pas la décevoir. Du coup, elle a occulté ses désirs de couple, d’amour, d’enfants.

Avez-vous eu envie d’en savoir plus sur le monde souterrain décrit dans Nox?

Il se passe des choses incroyables sous terre. Il y a quelques années, ils ont retrouvé un crocodile de plusieurs mètres dans les égoûts. Ce sont sûrement des gens qui ont acheté un petit crocodile et qui l’ont relâché. C’est fou!

Vous tournez peu. Pourquoi avoir accepté de jouer dans cette série?

C’est le scénario! Série ou film, peu importe le format. J’ai envie de faire des choses qui me plaisent. Je n’ai pas envie de jouer pour jouer.

Vous dites que votre part de féminité et de fragilité ressort quand vous êtes actrice. Comment l’expliquez-vous?

Quand je joue, j’ai envie d’être prise en charge, regardée et aimée; ce qui n’est pas le cas quand je suis réalisatrice. Dans ce cas, c’est moi le chef d’orchestre, c’est moi qui rassure, regarde, encourage. Ce n’est pas la bonne période pour dire que la femme est fragile, qu’elle a envie d’être aimée et regardée, mais c’est ce que je ressens, cela me renvoie à ma féminité. Quand je suis actrice, cela me rappelle que je suis une femme!

Qu’attendez-vous d’un réalisateur, quand vous êtes devant la caméra?

J’attends qu’il soit à l’écoute, qu’il s’adapte à nos angoisses et à nos besoins. J’aime le travail d’équipe, j’aime que chacun donne son avis, même si au final c’est le réalisateur qui décide. J’ai de plus en plus de mal à faire comprendre cela quand je suis réalisatrice, car avec la notoriété les gens pensent qu’on n’a plus besoin des avis des uns et des autres, or c’est faux. La notoriété isole, la réputation aussi. Or, on a encore plus besoin des avis extérieurs.

Aimeriez-vous interpréter un personnage récurrent de série?

Oui! J’aime bien l’idée de retrouver une équipe, de faire partie d’une famille, de rentrer dans la vie des gens.

Que préparez-vous, en tant que réalisatrice ou actrice?

Je préfère ne pas répondre car, à chaque fois que je dis ce que je prépare, trois mois plus tard, je change d’avis!

La diffusion de «Nox», série réalisée par Mabrouk el Mechri, débute ce lundi 12 mars, à 21 heures. Canal+ proposera «Nox» pendant trois semaines, à raison de deux épisodes de 52 minutes par semaine.

Nathalie Baye

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