Interview

Steven Soderbergh: «une telle pandémie était inévitable»

de Marlène von Arx, Los Angeles

14.1.2021

Rares sont les longs-métrages consacrés à une pandémie qui se rapprochent autant de la réalité du coronavirus que «Contagion» de Steven Soderbergh, sorti en 2011. Le réalisateur a donc dirigé le groupe de travail qui a élaboré les conditions de reprise des productions cinématographiques et télévisuelles. Comment se portera Hollywood en 2021?

M. Soderbergh, le cinéma a-t-il toujours un avenir?

Oui, assurément, parce que pour tout studio de cinéma qui veut être encore en activité dans cinq ans, le cinéma est une priorité absolue. En 2019, c’était un marché de 11,5 milliards de dollars, plus de 40 milliards ont été générés à l’échelle internationale. L’idée selon laquelle les studios ne veulent plus de leurs films dans les cinémas est ridicule.

Mais les cinémas sont fermés depuis un certain temps et Warner Bros. souhaite proposer simultanément tous ses films en streaming à partir de l’année prochaine. Cela a-t-il bel et bien des conséquences à long terme ou voyez-vous les choses différemment?

Les conséquences que les studios tirent actuellement sont nécessaires mais non souhaitées et sont liées à la réalité économique des douze prochains mois. L’énergie que nous gaspillons actuellement à débattre du «streaming à la place du cinéma» serait mieux dépensée ailleurs – notamment dans un programme de soutien en faveur des cinémas. Pour qu’ils soient toujours là quand les gens seront prêts à retourner au cinéma. Autrement, tout le monde devrait se calmer un peu maintenant.

«Contagion», avec notamment Jude Law, aborde une pandémie pour laquelle un remède est désespérément recherché.
Warner Bros.

Vous avez pratiquement anticipé la pandémie de coronavirus avec le thriller «Contagion» en 2011. Avez-vous été surpris lorsque votre film est soudainement devenu réalité?

Tous les experts qui nous ont conseillé pour le film nous ont dit à l’époque qu’une telle pandémie était inévitable. Ils n’ont cessé de répéter que la question n’était pas de savoir si cela allait arriver, mais quand. La pandémie de coronavirus n’a donc pas vraiment été une surprise pour moi. Mais le scénariste Scott Burns et moi n’aurions pas pu imaginer à quel point la société se serait déchirée autour des mesures de protection. Le fait que le théoricien conspirationniste incarné par Jude Law occupe une place de personnage principal dans la réalité a dépassé les limites de notre imagination.

A titre personnel, étiez-vous donc bien préparé en mars lorsque les mesures de confinement sont arrivées?

Oui, parce que j’ai discuté dès janvier avec des amis épidémiologistes. Ce qu’ils m’ont dit laissait imaginer une situation très grave. Un confinement semblait inévitable. J’ai donc fait des réserves et je me suis vraiment préparé à rester chez moi.

Dix mois se sont écoulés depuis lors. Quel est votre état d’esprit aujourd’hui?

Le pire à Los Angeles, c’est que les choses ne se sont jamais vraiment améliorées. Je pense que le stress psychologique qui en découle atteint les gens. Nous ne savons toujours pas quand les choses iront mieux. Comme je l’ai dit, j’ai été vraiment surpris de voir à quel point la question de la méthode à employer pour s’attaquer à un problème aussi mortel a divisé le pays.

Vous avez dirigé le groupe de travail qui a élaboré le concept de travail pour reprendre les tournages à Hollywood dans un contexte de pandémie de coronavirus. Peut-on vraiment envoyer les gens au travail la conscience tranquille?

Je pense qu’il est tout à fait possible de travailler en toute sécurité. Ce que nous avons développé peut être appliqué à d’autres industries où un contact physique étroit est inévitable. Le taux de tests positifs dans le cadre des productions cinématographiques est bien inférieur à 1%. Donc ça marche.

Que se passera-t-il lorsque les vaccins seront accessibles?

Ce sera intéressant à voir. Ici aussi, nous ne devrions peut-être pas tant discuter de la manière dont nous distribuons les vaccins, mais plutôt nous efforcer de convaincre les gens de la valeur de la vaccination. Si une grande partie de la population ne veut pas se faire vacciner, nous aurons un problème. Rien ne reviendra à la normale. L’industrie du divertissement doit soutenir la campagne de sensibilisation.

Pensez-vous également cela sur le plan du contenu?

Oui, je crois au pouvoir des histoires et au fait que grâce à elles, nous apprenons et nous évoluons. Nous racontons des histoires depuis que nous sommes capables de communiquer – nous ne survivrions pas sans elles. Les films le font depuis longtemps et nous verrons maintenant au XXIe siècle si une autre forme d’expression les dépassera. Mais le message doit être diffusé. Je suis ravi de contribuer à une telle campagne. Je ne peux pas en être le capitaine en ce moment parce que je suis assez occupé.

Vous êtes en effet le «capitaine» du film «Let Them All Talk», qui a été tourné principalement sur le Queen Mary 2 et qui aborde le thème des vieilles amitiés. Comment était-ce de traverser l’Atlantique avec Meryl Streep, Candice Bergen et Dianne Wiest sur un paquebot de luxe?

La traversée a été étonnamment calme. Nous avons essayé de planifier le tournage autant que possible à l’avance. Les autres passagers étaient assez blasés et ne poussaient pas de cris hystériques. Beaucoup se sont également inscrits pour être figurants parce que cela se mêlait un peu à la routine quotidienne.

Vous êtes également très occupé à planifier la cérémonie des Oscars de cette année, qui se tiendra en avril. Que peut-on attendre du show dans les circonstances que nous connaissons cette année?

Je ne vais pas dévoiler les secrets de la cérémonie des Oscars…

Bien sûr, mais il faut reconnaître que vous êtes un choix inhabituel en tant que producteur de cérémonie. Qu’est-ce qui vous a incité à intervenir dans la cérémonie des Oscars de cette année?

Le fait est que chaque année, je fais partie de ceux qui se plaignent du show. Cette année, en raison de la pandémie, le show sera en quelque sorte marqué d’un astérisque à côté de l’année. Cela nous permet d’essayer quelque chose de complètement différent pour une fois. C’est une situation unique, alors nous remuons un peu les choses. C’est aussi ce que veut l’Académie. Nous verrons donc ce qui se passera.

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