L'automne est de retour Brouillard automnal: ce que vous ne saviez pas

De Gil Bieler

4.10.2019

Même s’il est sur le déclin en Suisse, le brouillard trouble l’humeur de beaucoup de gens. Pourquoi en est-il ainsi et où se trouvent les bastions notoires du brouillard? Voici tout ce qu’il faut savoir sur la grisaille automnale.

La façon de voir le brouillard automnal dépend de celui qui regarde. Certains y observent quelque chose de beau ou de mystique, d’autres n’y voient que du gris déprimant. Chacun son opinion.

En revanche, la visibilité dans le brouillard est une donnée clairement établie. En effet, on ne parle de brouillard qu’à partir d’une certaine densité. Selon la définition donnée par MétéoSuisse, la visibilité pour une personne se trouvant dans le brouillard est de moins d’un kilomètre.

Le brouillard et le stratus sont tous deux constitués de minuscules gouttelettes d’eau flottant dans l’air, mais se forment à une hauteur différente. Le brouillard se forme à la surface de la terre, alors que le stratus plane au-dessus de nos têtes, ce qui permet toujours de voir à plus d’un kilomètre au sol. MétéoSuisse parle de stratus jusqu’à une altitude d’environ 2000 mètres et de nébulosité pour tout ce se trouve au-dessus de cette limite. En effet, les nuages ne sont ni plus ni moins que du brouillard.

Le brouillard est sur le déclin

Bien que l’on enregistre moins souvent du brouillard que de l’ensoleillement par exemple, l’Office fédéral de météorologie et de climatologie MétéoSuisse conserve toujours des stations de mesure isolées. Comme à l’aéroport de Zurich, où une bonne visibilité a en fin de compte toute son importance pour la sécurité des vols.

Les données montrent que si l’on comptait encore parfois plus de 80 jours de brouillard par an à Kloten dans les années 1970, le chiffre oscille entre 50 et 60 jours depuis 2010. Et selon une étude de MétéoSuisse, cette évolution reflète la tendance générale: alors que de 1971 à 1990, 30 jours de brouillard au sol ont été enregistrés en moyenne de septembre à novembre, ce chiffre est tombé à 25 jours de 1995 à 2014.

Les climatologues ne peuvent que spéculer sur les raisons de cette évolution. Thomas Schlegel, climatologue à MétéoSuisse, explique à «Bluewin» que les conditions météorologiques favorisant la formation de brouillard ont par exemple décliné au cours des dernières décennies. Mais cela pourrait aussi être une coïncidence, concède-t-il.

Le changement climatique est également considéré comme une autre explication possible: «Tant que le sol est trop chaud, il est plus difficile pour le brouillard de se former», a déclaré autrefois à «Schweiz am Sonntag» Werner Eugster, chercheur à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zürich). L’activité de construction croissante sur le Plateau suisse pourrait également jouer un rôle. En effet, les arbres et les plantes rejettent constamment de l’humidité dans l’environnement. Si la végétation est réduite, l’air devient également plus sec, ce qui rend difficile la formation de brouillard. En outre, l’assèchement croissant des sols rend l’air plus sec.

Où trouve-t-on le plus de brouillard?

Le brouillard se fait donc plus rare, c’est un fait. Les lecteurs du Plateau suisse peuvent avoir des doutes à ce sujet – à raison. Les données de MétéoSuisse montrent également que le cliché du Plateau suisse dans le brouillard se vérifie. Le graphique ci-dessous résume les mois au cours desquels du brouillard a été observé à diverses stations de mesure.

Les stations de mesure Wynau (canton de Berne) et de Buchs-Aarau arrivent en tête avec une bonne régularité. On voit clairement que le brouillard se forme surtout en automne et en hiver. Les observations couvrent les années 1981 à 2000.

Comme le montre le graphique, le brouillard se forme surtout en automne et en hiver – et sur le Plateau suisse.
Comme le montre le graphique, le brouillard se forme surtout en automne et en hiver – et sur le Plateau suisse.
MétéoSuisse

MétéoSuisse localise les bastions notoires du brouillard en Suisse dans les régions suivantes:

- le long de l’Aar, vers l’est à partir de Bienne, avec le Wasserschloss argovien comme point chaud
- la vallée de la Reuss, en aval de Lucerne
- les vallées de la Wigger, de la Suhre et de la Wyna, la région autour des lacs de Hallwil et de Baldegg, le Freiamt
- les vallées de la Limmat et de la Glatt
- la région du lac de Constance et le long de la Thur

Le Plateau suisse, une «baignoire»

Le climatologue Thomas Schlegel sait bien pourquoi le Plateau suisse est aussi souvent touché par le brouillard: interrogé à ce sujet, il explique que comme l’air froid est plus lourd que l’air chaud, il s’accumule dans les parties les plus basses d’une région. «Le Plateau suisse est coincé entre les Alpes et le Jura, comme une baignoire qui se remplit d’air froid, ce qui en fait l’endroit idéal pour la formation de brouillard», affirme l'expert.

Le problème est que l’air froid peut absorber moins d’humidité que l’air chaud – et que le rayonnement nocturne rend l’air dans la «baignoire» toujours plus frais et plus humide. Une fois l’air «saturé», l’excès d’humidité est visible sous forme de nuages de brouillard.

En outre, les grandes étendues d’eau telles que les lacs et les rivières favorisent la formation de buée, en particulier au début de la saison du brouillard en automne, explique Thomas Schlegel. Depuis l’eau encore relativement chaude, une grande quantité de vapeur d’eau s’évapore dans l’air froid au-dessus, ce qui accélère la saturation de l’air. Si l’eau se refroidit davantage, l’évaporation se produit de nouveau et les étendues d’eau influent une nouvelle fois sur la formation de brouillard.

Il est ainsi conseillé à ceux qui voient également de la beauté dans le brouillard de séjourner plus souvent au bord de l’eau. Et de calculer si la visibilité au-dessus de l’eau est de plus ou moins d’un kilomètre.

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