«Guanziroli au tribunal»

Étranglée dans un appartement zurichois: une sous-location fatale

Silvana Guanziroli

11.9.2018

La tragédie a frappé dans cette rue en septembre 2016. Susanne*, une ressortissante française de 28 ans, a trouvé la mort ici.
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Elle se réjouissait d'évoluer professionnellement et de démarrer une nouvelle carrière. En juillet 2016, la Française Susanne* s'était rendue en Suisse, où l'attendait un emploi particulièrement lucratif. Peu après, la jeune femme de 28 ans s'était installée dans l'appartement d'un homme en tant que sous-locataire. Une décision qui lui fut fatale. Cette affaire est portée devant les tribunaux depuis mardi.

Les faits se sont passés il y a près de deux ans, peu avant midi. Ce 20 septembre, comme les jours précédents, une nouvelle dispute avait éclaté dans l'appartement trois pièces du quartier zurichois de Balgrist. Susanne et son colocataire Claudio* (34 ans) n'arrivaient pas à se mettre d'accord sur la façon de gérer leur cohabitation – il était question de l'utilisation des pièces et de la propreté du petit appartement.

La Française de 28 ans avait emménagé dans l'appartement deux mois auparavant. Elle avait trouvé un job intéressant en tant que responsable informatique dans une firme suisse. Si tout se passait bien au travail, elle ne se sentait pas du tout à l'aise dans son nouveau chez-elle. La situation se détériorait de jour en jour, si bien que la Française et le bénéficaire de l'AI en étaient arrivés à enregistrer chacune de leur dispute avec leur téléphone mobile.

Dispute mortelle dans le salon

Comme ce mardi-là. Alors que Susanne filmait la confrontation, Claudio lui a soudainement arraché le téléphone des mains et s'est précipité dans le salon. Elle l'a alors suivi, désireuse de récupérer son bien.

Cependant, il l'a empoignée, l'a tirée vers lui et s'est mis à l'étrangler. Pendant plusieurs minutes, de toutes ses forces et avec une pression constante. Dans la mise en accusation dont dispose «Bluewin», le ministère public zurichois écrit que l'étranglement a interrompu tout flux sanguin artériel et veineux vers et depuis le cerveau. La victime a souffert de plusieurs «hémorragies par congestion au niveau de la conjonctive, de la sclère et du tympan droit».

«Il voulait blesser la défunte dans sa dignité »

Ministère public zurichois en charge des actes de violence

Le ministère public est convaincu que Susanne a lutté pour survivre – mais n'a eu aucune chance. L'accusé n'a relâché la pression que lorsque la victime a perdu connaissance et est tombée inerte sur le sol. Susanne a succombé à une mort cérébrale causée par le manque d'oxygène.

Aujourd'hui, le bénéficiaire de l'AI, Claudio, doit comparaître devant le tribunal de district de Zurich pour «meurtre avec préméditation» et «atteinte à la paix des morts».
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Depuis mardi, le bénéficiaire de l'AI, Claudio, doit répondre de ses actes devant le tribunal de district de Zurich. Les autorités l'ont inculpé de meurtre avec préméditation. Mais pas seulement. Car c'est une fois Susanne morte qu'il a montré sa face la plus sombre.

Claudio a déshabillé sa victime et l'a violée. «Il voulait blesser la défunte dans sa dignité, d'abord pour assouvir ses pulsions, puis pour dissimuler l'acte de violence», écrit le ministère public compétent. Claudio doit donc également répondre d'«atteinte à la paix des morts».

L'auteur des faits est-il responsable de ses actes?

La police a arrêté Claudio le lendemain de la mort de Susanne. Les traces découvertes sur le corps de la victime ainsi que dans l'appartement étaient particulièrement accablantes. De plus, l'homme a rapidement reconnu sa culpabilité. Cependant, avant que les juges puissent décider d'une sanction juste, ils doivent d'abord déterminer si Claudio est responsable de ses actes. Se basant sur des expertises, même le ministère public pense que ce n'est pas le cas. Il a donc demandé l'application d'une mesure d'hospitalisation pour l'inculpé.

Concrètement, cela veut dire que si le tribunal suit le ministère public, Claudio n'ira pas en prison – il sera placé dans un établissement psychiatrique fermé. Dans un tel cas, les autorités doivent vérifier au moins une fois par an si une libération est possible. Ces décisions s'appuient sur une expertise réalisée par un expert indépendant et sur l'avis d'une commission composée de représentants des autorités judiciaires, des autorités d'exécution et du service psychiatrique.

* Les prénoms ont été modifiés par la rédaction

La rédactrice «Bluewin» Silvana Guanziroli est chroniqueuse judiciaire accréditée aux tribunaux zurichois. Dans sa série «Guanziroli au tribunal», elle écrit sur les procès les plus palpitants, se penche sur des affaires criminelles peu ordinaires et s'interroge sur le rôle de la justice en compagnie d'experts. Silvana Guanziroli travaille en tant que journaliste depuis plus de 20 ans et a étudié à l'école de police de la police cantonale de Zurich. silvana.guanziroli@swisscom.com

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