La presse ne doit pas «subvertir» le gouvernement

AFP

22.6.2021 - 09:35

À Hong Kong, les médias ne doivent pas «subvertir» le gouvernement, a mis en garde mardi la cheffe de l'exécutif de la ville, rejetant ainsi la récente réaction des Etats-Unis qui ont appelé les autorités du territoire à «cesser de s'en prendre aux médias».

AFP

22.6.2021 - 09:35

Le centre financier a longtemps été le siège régional de nombreux médias internationaux et la ville ne cesse de glisser vers le bas du classement annuel de l'ONG Reporters sans Frontières sur la liberté de la presse, passant de la 18e place en 2002 à la 80e cette année. 

La semaine dernière, les autorités ont gelé les avoirs du quotidien pro-démocratie Apple Daily, très critique à l'égard de Pékin. Pour cela, elles ont invoqué la drastique loi sur la sécurité nationale imposée par la Chine pour tenter d'étouffer l'opposition de toute dissidence dans l'ancienne colonie britannique.



Cinq responsables du quotidien pro-démocratie ont été arrêtés  et deux d'entre-eux ont été inculpés pour «collusion avec un pays étranger» au nom de cette législation. La police a notamment estimé qu'une série d'articles appelaient des pays étrangers à imposer des sanctions contre Hong Kong et la Chine.

«Critiquer le gouvernement de Hong Kong n'est pas un problème, mais s'il y a une intention d'organiser des actions incitant à la subversion du gouvernement, alors bien sûr, c'est différent», a déclaré Carrie Lam, interrogée sur la perquisition du siège d'Apple Daily et sur la liberté de la presse dans la ville. 

«Les amis des médias devraient être capables de faire la distinction entre les deux», a-t-elle ajouté lors de sa conférence de presse hebdomadaire.

Mini-constitution plus «permissive»

Contrairement à la Chine continentale, où les médias sont majoritairement détenus par l'Etat et font l'objet de censure, à Hong Kong, la liberté d'expression est garantie par sa mini-constitution.

Depuis l'entrée en vigueur il y a bientôt un an de la loi sur la sécurité nationale, beaucoup de médias hongkongais se montrent prudents, notamment soucieux de ne pas l'enfreindre à travers leurs articles. 

Mme Lam a affirmé que les poursuites engagées contre l'Apple Daily ne constituaient pas une attaque contre un «travail journalistique normal» mais que le journal avait tenté, dans des articles, de porter atteinte à la sécurité nationale de la Chine. 

Interrogée sur la manière dont son gouvernement conçoit «un travail journalistique normal», elle s'est bornée à répondre: «je pense que vous êtes mieux placés pour répondre à cette question».

Les Etats-Unis et de nombreuses puissances occidentales ont condamné la perquisition menée le 17 juin contre l'Apple Daily, ainsi que l'arrestation de cinq de ses responsables, estimant que cela portait atteinte à la liberté de la presse. Mme Lam a aussitôt rejeté ces critiques.

«N'essayez pas d'accuser les autorités de Hong Kong d'utiliser la loi sur la sécurité nationale comme un outil pour supprimer les médias, ou pour étouffer la liberté d'expression», a-t-elle déclaré. «Toutes ces accusations portées par le gouvernement américain, je le crains, sont fausses», a-t-elle ajouté.

Démissions enregistrées

Pendant des années, Apple Daily a affiché un soutien indéfectible au mouvement pro-démocratie et n'a pas manqué de critiquer vertement les dirigeants chinois.

Son propriétaire est le magnat de la presse, Jimmy Lai, actuellement en détention, condamné à plusieurs peines de prison pour son implication dans des manifestations pro-démocratie en 2019. Il est également inculpé en vertu de la loi sur la sécurité nationale, des faits passibles de la prison à vie.

Depuis le gel de ses actifs le 17 juin, Apple Daily n'est plus en mesure de payer ses salariés ce qui pourrait le contraindre à rapidement cesser toute activité. La date de parution du dernier numéro devrait être annoncée vendredi. Des démissions ont déjà été enregistrées par le journal. 

Lundi soir, la présentatrice d'une émission en ligne de l'Apple Daily a annoncé qu'elle faisait sa dernière apparition. La rédaction en charge des informations financières ainsi que l'édition anglaise du quotidien ont également annoncé qu'elles ne paraîtront plus.

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