Le tueur en série et les morts du lac empoisonné

Takis Tsafos et Alexia Angelopoulou, dpa/uri

11.5.2019 - 10:00

Plusieurs victimes du tueur ont été retrouvées dans le lac Kokkini Limni.
dpa

Pendant trois ans, un tueur en série a pu sévir sans être remarqué à Chypre. Le sang-froid du criminel et l’inaction des autorités choquent la population. Cinq victimes ont été découvertes jusqu’à présent – et les recherches se poursuivent.

Le lac Kokkini Limni brille d’un rouge empoisonné au beau milieu d’une ancienne mine de cuivre près de la capitale chypriote, Nicosie. L’eau du lac, très acide, est contaminée par des produits chimiques: les plongeurs ne peuvent y travailler qu’avec un équipement spécial et la visibilité sous l’eau n’est que de 30 centimètres. Et pourtant, les hommes ne cessent de sillonner les eaux toxiques. Ils sont à la recherche d’autres victimes d’un tueur en série.

La semaine passée, les plongeurs ont repêché dans le «lac rouge» le corps d’un enfant qui y avait été coulé à l’intérieur d’une valise. Il s’agit de la cinquième victime retrouvée d’un homme qui a jusqu’à présent commis sept meurtres – et dont l’insensibilité fait froid dans le dos.

«Trouvez les corps et je vous dirai qui ils sont», aurait déclaré aux enquêteurs le suspect présumé, âgé de 35 ans. C’est ce que rapportent les journaux chypriotes, qui supposent également que la liste pourrait ne pas s’arrêter aux sept meurtres que l’homme a avoués jusqu’à présent. Le soldat de la Garde nationale chypriote aurait en effet déclaré à la police: «J’en ai tué d’autres, allez les chercher.»

Des victimes originaires d’Asie et de Roumanie

L’homme aurait commis des meurtres depuis 2016 sans être découvert – ce qui, selon toute apparence, est également dû à l’inaction des autorités chypriotes. Les victimes sont cinq travailleuses domestiques originaires d’Asie et de Roumanie, auxquelles s’ajoutent les filles de deux d’entre elles, âgées de six et huit ans. Les autorités sont la cible de critiques pour avoir ignoré les premiers signalements de disparitions dans la mesure où elles auraient considéré les femmes en question comme des «individus de seconde zone».

Louis Koutroukidis, président de l’Association chypriote des travailleuses domestiques, en est en tout cas convaincu. Les agents auraient répudié ces femmes qui souhaitaient signaler la disparition de leur collègue. «Ils m’ont également renvoyé chez moi lorsque j’ai réclamé des recherches pour une des femmes et sa petite fille», a déclaré Louis Koutroukidis dans une interview télévisée.

Les officiers lui auraient répondu que la femme s’était probablement enfuie. «Mais leur passeport était à la maison et rien n’avait été retiré de leur compte», s’est indigné l’homme de 70 ans. Les femmes, devenues victimes par la suite, auraient pu rester en vie si la police avait réagi immédiatement aux premiers signalements.

Le surnom du tueur est connu depuis longtemps

D’après Koutroukidis, le surnom du tueur, «Orestes», est connu depuis longtemps: c’est sous celui-ci que le tueur présumé a contacté ses dernières victimes sur Internet. Mais ce n’est que lorsque des touristes ont découvert le corps d’une femme en décomposition avancée dans le puits d’une mine abandonnée le 14 avril que les autorités sont entrées en action. Elles ont rapidement trouvé des preuves de discussions en ligne entre «Orestes» et sa victime – et identifié le capitaine de la Garde nationale chypriote, âgé de 35 ans, qui a ensuite avoué les meurtres.

De nouvelles victimes sont encore à craindre. Au cours de l’enquête et des révélations, une jeune étrangère s’est présentée et a déclaré avoir été violée par le capitaine, qui aurait filmé l’acte. En Grèce aussi, l’inquiétude est de mise: l’officier avait achevé sa formation et participé à divers séminaires au sein de l’armée locale.

Un homme effroyablement normal

Un autre fait effraie la population: comment se fait-il qu’un tueur en série ait pu faire carrière dans l’armée, où sa santé mentale doit notamment être examinée et où il est sous la surveillance de ses supérieurs? Mais cet homme de 35 ans est effroyablement normal. Une vidéo le montre dans la peau d’un photographe amateur qui donne une interview sur le thème de la retouche d’images lors d’une exposition, alors que les premiers meurtres ont déjà eu lieu. L’homme était marié et serait le père de deux enfants selon les médias.

«Nous devons changer notre attitude envers les minorités», demande Louis Koutroukidis. Le ministre chypriote de la Justice a déjà présenté sa démission compte tenu de l’ampleur de l’affaire et de la faute commise par la police, tandis que le chef de la police a été démis de ses fonctions. Des travailleuses domestiques manifestent avec des pancartes indiquant: «Nous sommes aussi des êtres humains!». Cette série de meurtres sans précédent à Chypre est encore loin d’être élucidée. Et elle est encore loin d’être surmontée.

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